Pour les gens qui s’installent à Lille, il est des pratiques un brin déroutantes qu’il faut un certain temps pour comprendre. La transition se fait généralement sans douleur, même si des moments de solitude peuvent survenir soudainement. Revue de détail (non exhaustive).

On ne commande pas un demi, on demande ce qu’il y a en pression

Premier moment de solitude. “Bonjour, je vais vous prendre un demi.” Les yeux du serveur s’écarquillent. Déjà, il est un peu vexé. La norme, ici, c’est la pinte. Le demi, c’est pour les jours sans. “Oui mais de quoi?” On demande alors la liste des bières pression. Le serveur roule des yeux. Heureusement, il a appris par cœur la carte (souvent infinie) et vous débite des noms de bière que vous découvrez pour la première fois. Bon, heureusement, vous avez affaire à un Lillois, qui est donc sympa et vous aide à faire votre choix. Petit conseil pour ceux qui voudraient faire les malins : la Karmeliet passe toute seule dans le gosier mais est traîtresse. On mange avant d’en boire. Et il y a tout plein de bars à Lille qui proposent autre chose que de la Leffe.

On parle un brin différemment

Certains parlent ch’ti pour rire, d’autres parce qu’ils parlent ch’ti et c’est tout (deuxième moment de solitude). Dans tout les cas, on apprend et intègre rapidement des expressions telles que “Mouque tin nez” (Mouche ton nez), on remplace facilement “merde” par “brin” (c’est aussi agréable à dire), on dit “s’il vous plait” en tendant son argent au moment de payer, on prononce le t de “vingt”, et on utilise le verbe savoir au lieu de pouvoir (“Tu saurais me passer la bière?”).

On dit grand-place

Non, ce n’est pas la place du Général-de-Gaulle, c’est la grand-place. D’ailleurs, dans le Nord, toutes les places centrales s’appellent grand-place. C’est quand même plus simple à retenir et tout le monde sait où elle se trouve.

Toutes les raisons sont bonnes pour faire la fête

Sans rire, il faut vraiment être un ermite pour s’ennuyer un samedi soir, ici. Entre Solférino, le Vieux Lille, la gare Saint-Sauveur, les salles de concert à la programmation fleuve, l’interminable liste de restaurants, les bars aux terrasses ouvertes toute l’année, les Lillois ont l’embarras du choix, et ne se privent pas pour en profiter. On parle de la braderie? Des carnavals?

Les passants disent merci à la voiture qui les laisse traverser à un passage clouté

Tous ! Pas une exception. Même ceux qui courent, pressés par le temps, arrivent à trouver le réflexe de sourire et de faire un geste de la main au conducteur qui a juste respecté le code de la route. Du coup, pour les nouveaux arrivants, il faut prendre le pli. Et il vient naturellement, c’est juré.

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