Comprendre l’affaire du Grand Stade en quatre points

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Le pré­sident de la com­mu­nau­té urbaine de Lille Damien Cas­te­lain a été pla­cé en garde à vue lun­di soir pour l’affaire du Grand Stade. Un élu aus­si haut pla­cé en gard’av, ça n’arrive pas tous les jours. Retour sur une vieille his­toire à base de trip à Buda­pest, de grand prix de F1, de cor­rup­tion et de favo­ri­tisme pré­su­més.

 

  1. 2008, la com­mu­nau­té urbaine refile à Eif­fage la construc­tion du Grand Stade
    A l’époque, c’est Pierre Mau­roy et Mar­tine Aubry qui dealent le contrat avec la socié­té de construc­tion. Mais Damien Cas­te­lain, maire de la petite com­mune toute mignonne de Péronne-en-Mélan­tois, est à ce moment aus­si vice-pré­sident à la l’écologie urbaine de la com­mu­nau­té et a donc son mot à dire dans l’affaire. Le chan­tier se met en route, et hop, quelques années plus tard, on a un grand stade à Villeneuve‑d’Ascq, et un maire de petite com­mune deve­nu entre-temps pré­sident de la Métro­pole urbaine de Lille (MEL).
  2. L’appel d’offre aurait été un brin magouillé
    C’est ce pour­quoi le pré­sident de la MEL a été pla­cé en garde à vue ce lun­di. Il s’avère qu’il aurait accep­té en 2010 un voyage tous frais payés (on dit d’agrément dans le jar­gon) à Buda­pest pour assis­ter au grand prix de F1 avec son pote Hen­ri Ségard, alors maire de Comines, et leurs épouses. Et qui‑c’est-qui aurait offert ce petit trip posey aux élus ? Eif­fage, évi­dem­ment. C’est là que ça pose un léger pro­blème aux juges. Tout sim­ple­ment parce qu’en 2008, lorsqu’il est ques­tion de déci­der qui va construire le stade, Cas­te­lain et Ségard sont les pre­miers défen­seurs d’Eiffage.  Un mili­tant anti-cor­rup­tion qui se fait tou­jours un plai­sir de dévoi­ler les magouilles des poli­tiques nor­distes, Éric Darques, com­mence à sen­tir baleine sous gra­vier et pré­vient la jus­tice.
  3. Entre 2011 et 2016, tout plein de gens sont mis en exa­men
    Ca veut dire que l’enquête est lan­cée. Il est ques­tion pour les juges de savoir si la socié­té Eif­fage aurait été favo­ri­sée au pro­fit d’autres construc­teurs. Deux fonc­tion­naires de la MEL sont mis en exa­men pour faux en écri­ture publique, l’ex-présidente à la com­mis­sion Grand Stade Michelle Demes­sine est pla­cée sous le sta­tut de témoin assis­té, des per­qui­si­tions au siège de la MEL, chez Damien Cas­te­lain et Hen­ri Ségard ont lieu… En novembre 2016, c’est car­ré­ment la MEL qui est mise en exa­men (oui, c’est pos­sible). Bref, ça sent le rous­si.
  4. Lun­di, Damien Cas­te­lain est pla­cé en garde à vue
    Ce n’est quand même pas rien, et ça signi­fie sur­tout que l’affaire est grave. Pour mettre quelqu’un au trou 48 heures (durée légale d’une garde à vue), il faut que le les faits qui lui sont repro­chés soient pas­sibles de plus d’un an de pri­son. Et il n’y a pas que le pré­sident de la MEL qui est concer­né par l’enquête. Hen­ri Ségard, Jean-Luc Ver­gin et Alain Létard (des anciens d’Eiffage) ont aus­si été enten­dus par la police judi­ciaire.

Ce mer­cre­di, Damien Cas­te­lain est sor­ti du palais de jus­tice avec une mise en exa­men sur le dos pour délits de favo­ri­tisme et cor­rup­tion. Il est pla­cé sous contrôle judi­ciaire et a inter­dic­tion de ren­trer en contact avec les autres acteurs de l’af­faire.