L’enquête des noyés de la Deûle qui avait secoué le monde de la nuit relancée

Dans Fait divers
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Vous étiez peut-être déjà à Lille, en 2011. Si c’est le cas, vous avez très cer­tai­ne­ment débat­tu à bâtons rom­pus avec vos amis pour déter­mi­ner si les cinq hommes repê­chés dans la Deûle cette année étaient tom­bés ou avaient été pous­sés. Des témoi­gnages récents ont relan­cé l’en­quête, trois hommes ont été mis en exa­men. 

Ils étaient ivres, ils sont tom­bés, c’est tout.” “C’est quand même­gros, cinq en si peu de temps, non?” Et vos parents qui vous appe­laient, inquiets : “Ne sors pas dans le quar­tier où ces jeunes hommes sont tom­bés dans la Deûle, ce n’est pas pru­dent.” Dif­fi­cile pour­tant, quand on veut sor­tir à Lille, d’é­vi­ter le Vieux-Lille ou Sol­fé­ri­no…

Entre octobre 2010 et novembre 2011, cinq hommes ren­trant de soi­rée chutent dans la Deûle et meurent noyés. Cha­cun des dos­siers est clas­sé sans suite, les forces de l’ordre concluant à des chutes acci­den­telles ou, pour l’un d’eux, à un sui­cide.

Mais rue Royale et à Sol­fé­ri­no, l’am­biance est ten­due à cette époque, et les rumeurs vont bon train. On pense à des crimes homo­phobes, ou à un serial killer. La thèse offi­cielle (une série d’ac­ci­dents où les vic­times, plus ou moins alcoo­li­sées, ne par­viennent pas à lut­ter contre le cou­rant, le froid, paniquent et s’é­puisent) conduit la mai­rie à ins­tal­ler des “lignes de vie” tout le long du canal : de grosses cordes aux­quelles il est pos­sible de se rac­cro­cher.

Puis plus rien. La série de chutes mor­telles s’in­ter­rompt, et plus per­sonne n’en parle. Jus­qu’à ce qu’un grou­pus­cule d’ul­tra-droite de l’Aisne soit convo­qué au tri­bu­nal en mars der­nier, pour des affaires de vio­lences en réunion. Pen­dant les audi­tions de cer­tains d’entre eux, un homme, Jéré­my Mou­rain, est poin­té du doigt. Le chef ultra violent du White Wolf Klan a vécu à Lille pen­dant cette période. Il cherche alors à deve­nir membre des Jeu­nesses natio­na­listes révo­lu­tion­naires (JNR), groupe dis­sout en 2013. L’en­trée de ce club fer­mé et xéno­phobe néces­site de faire ses preuves.

L’un des membres de son clan témoigne dans le cadre du pro­cès de mars, cité par nos copains de La Voix du Nord : “Mou­rain vou­lait ren­trer dans les JNR. Pour y entrer, il y a un pas­sage à l’acte. C’était un soir à Lille, il se pro­me­nait avec un ami à lui qui était aux JNR. (…) On lui a deman­dé d’agresser un homme. Il lui a por­té des coups ; il était incons­cient, il l’a jeté à l’eau. C’est Mou­rain qui m’a racon­té cette his­toire. Tous les membres des JNR le savaient ; c’est un pas­sage obli­gé.” 

La gen­dar­me­rie a donc rou­vert l’en­quête, six ans après les faits. Ils s’ap­pe­laient John Ani, Tho­mas Ducroo, Jean-Méria­dec Le Tar­nec, Lloyd Andrieu et Her­vé Rybarc­zyk.