Joffrey Miroux, avec Enlace Records, cultive les musiques éclectiques

Dans Lille, Music in my ears, Night Night
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Lille, ville sans identité musicale ? Pas vraiment. Il y a, dans le coin, une belle scène techno et electro. Elle se fait discrète, ne s’affiche pas en 4 par 3, mais elle est bien là, tous les weekends, tous les mois, dans des lieux qui n’ont plus rien à prouver. Ce monde, Joffrey Miroux A.K.A. Joek, a grandement contribué à le façonner. Notamment en créant son label, Enlace Records, qui pousse des artistes du cru sur le devant de la scène. 

Il a, dans la région, à peu près tout vécu. Les free parties, la vie en camion avec le soundsystem embarqué, les afters au poste… Joffrey Miroux, A.K.A. Joek, arpente le monde lillois de l’electro et de la techno comme si c’était chez lui. Et il faut bien dire que c’est quand même un peu le cas.

Il écoutait et organisait des raves dans le coin qu’on jouait encore à la marelle en école primaire. Il faut dire qu’il a commencé tôt. À 16 ans, il décide de vivre dans un camion et de vivre d’air et de techno. C’est là, pendant cinq ans, qu’il se forge cette culture de la musique et de la fête alternatives, qu’il se sent libre de faire ce qu’il veut, aime.

Les free parties qu’il a organisées par dizaine à cette époque étaient toutes une aventure. “On faisait du repérage le lundi et le mardi entre Lille et Paris, raconte-t-il. On trouvait un champ, un bunker, un hangar désaffecté. On défonçait la porte et voilà.” Des flyers imprimés en une journée, une distribution dans les milieux qui vont bien, un artiste invité, et c’était parti.

Ce ne serait plus possible aujourd’hui. Il n’y avait pas vraiment de loi. Les gendarmes étaient obligés d’attendre l’accord du préfet pour couper la musique. Mais ce n’était jamais avant 9 ou 10 heures le dimanche. Ça nous laissait le temps de passer une bonne nuit. Et on faisait l’after au poste !” Aujourd’hui, une rave sauvage serait avortée bien plus rapidement, la législation a été durcie. “Et les gens n’osent plus. Nous on faisait 24 heures de garde à vue. Aujourd’hui, on peut vraiment aller en prison.

Mais la musique à Lille n’est pas morte avec les free parties. Joffrey finit par se sédentariser, arpente le monde de la nuit en tant que photographe et a envie d’aller plus loin. En 2014, il crée son label, Enlace Records. “Je voulais aider les jeunes qui se lancent.” Il signe dès la première année 14 artistes, le concept est très bien reçu dans le coin.

Aujourd’hui, il suit, produit, manage et aide huit artistes, comme Octave Parengo, Aquariel ou encore Goldhammer, qu’il book aussi dans les salles de la région ou d’ailleurs, notamment au Magazine Club.

Quand on demande à Joffrey son avis sur la vie nocturne lilloise, il ne désespère pas. “Si on aime toutes les musiques, on peut sortir tous les week-ends sans problème. À Lille, on n’est vraiment pas démunis, il y a un gros melting pot.” Les collectifs seront contents de le lire.