“Étreintes”, le court métrage d’animation (sensuel) réalisé par une jeune cinéaste hémoise

Dans Ch'est bieau, Culturons-nous, Lille
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Jus­tine Vuyl­ste­cker est une jeune cinéaste d’à peine 24 ans qui revient du fes­ti­val inter­na­tio­nal d’An­ne­cy. Et ce n’é­tait pas pour enfi­ler des perles face au lac ou en tant que spec­ta­trice : son court métrage, “Étreintes”, était sélec­tion­né dans la sélec­tion offi­cielle. Rien que ça. 

On vous parle ici d’un talent 100% local puisque Jus­tine n’a jamais vrai­ment quit­té la métro­pole lil­loise : née à Vil­le­neuve-d’Ascq, elle habite depuis tou­jours à Hem et a fait ses études à l’E­saat de Rou­baix. Une fois son diplôme des métiers d’arts (DMA) spé­cia­li­té ani­ma­tion en poche, celle qui n’a encore que 20 ans ne suit pas ses potes de classes dans les écoles. “Moi je vou­lais réa­li­ser, mettre tout de suite les mains dans la matière”, explique-t-elle.

Ah oui, parce qu’on ne vous a pas dit : l’a­ni­ma­tion chez Jus­tine, ça ne se fait pas en mode 3D avec tout un maté­riel high-tech à la Pixar. Chez elle, on est plu­tôt sur les tech­niques ances­trales mais remises au goût du jour : les ombres et la lumière, le miné­ral et le végé­tal. Loin de vou­loir la dres­ser, la jeune cinéaste pré­fère se lais­ser sur­prendre par la réac­tion de la matière qu’elle tra­vaille.

Son pre­mier court-métrage pour France télé­vi­sion, réa­li­sé à sa sor­tie d’é­cole en 2015, en est le par­fait exemple : dans Paris, elle rend hom­mage à Robert Des­nos par une ani­ma­tion crée à par­tir de papier, de sable et de végé­taux.

 

Reve­nons à nos mou­tons et à Etreintes, qui, lui, a été réa­li­sé grâce à un écran à épingles. Vous ne connais­sez pas ? Nor­mal, il n’en existe plus que deux sur Terre et l’un d’entre eux se trouve au Centre Natio­nal du Ciné­ma et de l’i­mage ani­mée (CNC), chez nous en France. Juste après sa res­tau­ra­tion, 

Jus­tine jouant avec les épingles et leur ombre. @CNC

Jus­tine a pu aller se for­mer quelques jours sur cet outil qui res­semble plus à ins­tru­ment de musique tant la rela­tion avec le créa­teur est impor­tante.

Sur le fameux écran créé par sculp­teur russe Alexandre Alexeïeff et sa com­pagne Claire Par­ker en 1932 (anec­dote cultu­relle géniale à sor­tir en repas de famille domi­ni­cal), des mil­liers d’é­pingles avec les­quelles il faut jouer pour que leur ombre des­sine l’i­mage vou­lue. Seule avec l’é­cran, Jus­tine a pas­sé des mois à prendre des mil­liers de pho­tos de ce qu’elle créait avec cette matière impal­pable qu’est l’ombre.

Après un an d’é­cri­ture, plus de six mois de tour­nage et un mois de post-prod à Mont­réal, “Étreintes” voit le jour en novembre der­nier. Un film lui aus­si impal­pable doux, sen­suel, ambi­gu et tiraillé entre fan­tasme et réa­li­té.

Rete­nu dans la sélec­tion du fes­ti­val inter­na­tio­nal du film d’a­ni­ma­tion d’An­ne­cy, il devrait par­tir faire la tour­née de plu­sieurs autres fes­ti­vals régio­naux, natio­naux et inter­na­tio­naux.

Debout à la fenêtre ouverte, une femme laisse son regard se perdre dans les nuages noirs qui obs­cur­cissent l’horizon. Immo­bile, elle lutte contre la remon­tée des sou­ve­nirs. Dans les nuages, un corps-à-corps pas­sion­né se des­sine.

Pour l’ap­pré­cier en tota­li­té, il fau­dra être patient mais les ciné­philes auront peut-être la chance de le voir avant l’une de leurs séances au Majes­tic ou d’autres cinés du coin.

Quant à Jus­tine, elle va se mettre dès la ren­trée à l’é­cri­ture de son pro­chain court-métrage. Il y aura du papier, de l’a­mour, du corps mais cette fois-ci du point de vue du mas­cu­lin.