Qui est Marina, la Lilloise à l’origine de #JeSuisCute ?

Dans Lille
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Il n’a fal­lu que trois heures same­di der­nier à Mari­na pour que son hash­tag #JeSuis­Cute et ses sel­fies dénu­dés, deviennent viraux sur Twit­ter. Se reven­di­quant du mou­ve­ment body posi­tive et adhé­rant au slo­gan “my body, my choice”, la jeune Lil­loise de trente ans explique avoir trou­vé dans la pho­to­gra­phie, un moyen d’ac­cep­ter son corps en proie à un han­di­cap.

Tout part d’un sel­fie légè­re­ment dénu­dé qu’une inter­naute de 18 ans poste sur le réseau social le week-end der­nier avec en seul com­men­taire “Je suis cute”. En quelques heures, la jeune fille croule sous les insultes, les menaces de viol, les com­men­taires obs­cènes et sexistes. “Des inter­nautes ont même envoyé la pho­to à ses parents et ils ont retrou­vé sa petite sœur sur Ins­ta­gram, raconte Mari­na, elle a été obli­gée de fer­mer son compte pen­dant quelques jours, his­toire que ça se tasse.”

Devant ce défer­le­ment de haine, l’é­du­ca­trice spé­cia­li­sée et modèle depuis une dizaine d’an­nées décide de prendre les choses en main en twee­tant à son tour avec le hash­tag #JeSuis­Cute, quelques sel­fies dénu­dés, pour dénon­cer “har­cè­le­ment, sexua­li­sa­tion et objec­ti­va­tion du corps des femmes”, explique-t-elle. Et ça tout en mon­trant l’ef­fet posi­tif sur soi-même que pro­cure une bonne séance pho­to.

Elle-même en proie au har­cè­le­ment suite à la dif­fu­sion de ses pho­tos, Mari­na raconte pour­tant com­ment la pho­to­gra­phie lui a sau­vé la vie.

Je suis atteinte de spon­dy­lar­thrite*, et plus jeune, j’a­vais des troubles ali­men­taires. Je voyais mon corps défor­mé, tou­jours plus gros que ce qu’il était en réa­li­té. J’ai pu me récon­ci­lier avec mon corps grâce à deux ans de pho­to-thé­ra­pie. Quand je voyais mes pho­tos, je ne voyais ni mes troubles ali­men­taires, ni mon han­di­cap. Je me voyais juste belle et nor­male.”

Dans une démarche body posi­tive, la jeune modèle n’hé­site pas à poser de temps en temps, sans cacher ses cica­trices dues à son han­di­cap. “C’est une manière pour moi de sou­te­nir les per­sonnes comme moi, han­di­ca­pées et invi­si­bi­li­sées”, explique-t-elle.

Même dans son tra­vail d’é­du­ca­trice spé­cia­li­sée dans un foyer pour han­di­ca­pés situé dans la métro­pole lil­loise, la pho­to occupe une place impor­tante. Avec ses rési­dents et en par­te­na­riat avec des pros, Mari­na crée un ate­lier pho­to. “On vou­lait qu’ils se sentent beaux et ordi­naires. Et ça a mar­ché, ils se lâchent et ça leur fait du bien, raconte-t-elle. Une de mes rési­dentes ne pou­vait pas se voir en pein­ture, sur­tout quand elle était sur son fau­teuil rou­lant. Ça a été un chal­lenge de faire un por­trait d’elle. Et quand elle a vu le résul­tat, elle s’est ren­due compte qu’elle était belle.

Pour Mari­na, le mes­sage est clair : la pho­to et l’es­time de soi, c’est lié. Et per­sonne ne pour­ra lui empê­cher d’ac­cep­ter son corps à tra­vers la len­tille d’un objec­tif.

 

*La spon­dy­lar­thrite, c’est une inflam­ma­tion chro­nique des arti­cu­la­tions qui pro­voque dou­leurs, enrai­dis­se­ment voire séquelles fonc­tion­nelles. Plus d’in­fos ici