[Flashback] Quand un couvent lillois s’est transformé en maison des horreurs

Dans Culturons-nous, La rue, Lille
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Une petite histoire qui fout les chocottes pour Halloween, y’a que ça de vrai. Pas besoin d’aller chercher bien loin, Lille regorge de mystères en tout genre. Aujourd’hui, on vous raconte l’histoire du couvent des Brigittines, situé à deux pas de du centre-ville, où se sont mêlés sorcellerie, exorcisme et démons. Et comme toujours, c’est à la sauce Vozer pour ajouter encore un peu plus de piquant. 

Commençons par nous excuser auprès de ceux qui habitent actuellement rue des Brigittines ou pas très loin. Voilà. Maintenant que le disclaimer est fait, on passe en mode chair de poule. Mouahahaha.

Bienvenue en l’an 1604 à Lille, dans ce qu’on appelait alors, le quartier Saint-Sauveur. Il n’y avait pas de gare ou de Bistro St So à l’époque mais un couvent qui venait tout juste d’ouvrir. 

Sa fondatrice, Anne Dubois, est une religieuse lilloise membre de l’ordre de Saint-Sauveur, qu’on appelle encore ordre de Sainte-Brigitte. Un ordre catho monastique venu de Suède qui regroupait essentiellement des femmes qu’on appelait logiquement des Brigittines (rien à voir avec la Première Dame actuelle donc). 

Du coup, Anne est une Brigittine qui ouvre son couvent en mode auto-entrepreneuse alors qu’elle a 30 ans avec le soutien de Nicolas de Montmorency, le comte d’Estaires. A sa fondation, en 1604, c’est plutôt un micro-couvent puisqu’il ne compte que quatre religieuses – dont Anne – mais il commence à grandir tranquillement. Sauf qu’en 1608, des choses un peu louches commencent à se passer au sein du couvent lillois…

Les Brigittines entendent tout à coup des bruits sourds la nuit. Puis des voix plaintives, des cris stridents qui semblent en plus se mouvoir dans les couloirs du couvent. Autant vous dire que les religieuses ont toutes la tête sous les couvertures dans leur lit et ne veulent plus dormir seules dans leur piaule.

Surtout que ça continue à monter crescendo cette histoire : certaines commencent à avoir des visions à base de bonnes sœurs décapitées ou de fantômes d’hommes aux gestes obscènes. D’autres passent carrément en mode convulsions et se roulent par terre en hurlant. Ambiance. 

Forcément, dans Lille, à force d’entendre crier all night long, la rumeur commence à courir qu’il se passe des choses pas trop trop trop catho dans ce couvent. Anne, qui est maintenant la Mère Supérieure de tout ce petit monde, se dit que pour régler le problème, il n’y a qu’une solution : la manifestation le jeûne et encore plus de prières. 

Spoiler : ça ne fonctionne pas. Les choses empirent même avec le temps (on n’a pas dit que c’était à cause des prières hein). Des Brigittines continuent à avoir des visions, des convulsions et tutti quanti. Mais ça part vraiment en cacahuète à la Pentecôte de 1612 où les religieuses, totalement hystériques, s’en prennent directement à la Mère Supérieure et la piétinent pendant l’office avant d’aller danser sur l’autel comme si c’était le bar d’une boîte de nuit de la rue Massena.

Et quand on constate que des Brigittines meurent de maladies qu’on ne comprend pas vraiment, là, Nico de Montmorency, (celui qui a aidé Anne à fonder le couvent, rappelez-vous) se dit que tout ça est allé beaucoup trop loin. Sa solution à lui ? Faire venir deux exorcistes pour régler le problème une bonne fois pour toutes. 

Les deux bonhommes ne vont pas faire que des incantations : ils vont aussi faire passer un interrogatoire aux religieuses. Sous la pression, l’une d’entre elles va craquer. Elle s’appelle Marie de Sains et a la réput’ d’être une bonne petite Brigittine bien sous tous rapports. Autrement dit : méga pieuse. Mais là, elle balance tout : elle a conclu un pacte avec le Diable et se dit princesse des Magiciennes, Khaleesi de Lille, Mère des démons ch’tis.

Grosso modo, chaque nuit, avec trois potes religieuses, elle faisait le mur pour aller dans des orgies totalement débridées où elle explique qu’il y avait des humains mais aussi des démons. Bon… ça à l’air chaud mais ça n’explique pas du tout comment les autres Brigittines en sont venues à devenir folles les unes après les autres.

Pour le coup, on active le mode Poudlard : Marie raconte que sa gouvernante était une magicienne et qu’elle l’a initiée à cet art. La petite Marie s’est révélée tellement douée en la matière que Satan en personne, l’aurait nommée Hermione Granger Princesse des magiciennes.

Elle a pris un bon melon, notre Marie, mais n’empêche qu’on ne peut pas lui retirer un certain don pour les potions. C’est grâce à ses concoctions, qu’elle faisait ingurgiter à ses copines à leur insu, qu’elle arrivait à les inciter à participer aux orgies. Mais les mixtures à base de cendres d’animaux, de chair humaine et autres ingrédients ragoûtants avaient des effets secondaires comme les fameuses visions et parfois, la mort.

L’affaire est quand même bien tordue. Marie en rajoute une couche en expliquant qu’elle aime aussi torturer et égorger de petits enfants. Vous vous doutez bien que l’histoire s’ébruite et arrive jusqu’aux oreilles du Pape. On est en 1614 et clairement, à l’époque, on ne rigole pas du tout avec les apprenties sorcières. Sauf que le Pape y croit moyen à l’histoire de Marie. Bilan, il l’a fait juste exorciser un bon coup et lors du procès, on ne la condamne pas à mort mais à la prison.

Elle y mourra vers 1630 et le couvent des Brigittines de Lille n’a plus jamais fait parler de lui jusqu’à sa disparition en 1795. En 2018, il reste un passage qui donne sur une cour, nommé rue des Brigittines. Si vous passez devant ce soir au clair de Lune et que vous entendez un bruit bizarre, pensez à nous.

Pour vous raconter cette histoire, on s’est fortement basé sur la page Wiki consacrée à la rue lilloise. Le reste, ce sont des brides d’infos chopées à droite, à gauche, le tout mixé à notre sauce. N’en faites donc pas un exposé historique même si cette histoire est basée sur des faits réels.