[Flashback] Léon Trulin, l’espion belge tué dans les fossés de la Citadelle de Lille

Dans Culturons-nous
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On ne sait pas si vous avez suivi, mais cette semaine a marqué la fin de quatre ans de commémorations de la Grande Guerre. Dans une volonté de toujours coller au plus près de l’actu, on a eu envie de vous raconter l’histoire de Léon Trulin, jeune résistant belge fusillé dans les fosses de la Citadelle de Lille il y a plus ou moins cent-trois ans. 

Alors on est là, tranquille, dans notre petit confort, à se faire des noeuds à la tête pour savoir quelle série regarder en priorité, ou dans quel bar aller boire un godet le soir. Il y a un siècle, être jeune à Lille était légèrement plus flippant. Déjà parce que c’était la guerre, ensuite parce que la ville était une zone contrôlée par les Allemands, et enfin parce que Netflix n’existait pas encore. Prenez Léon Trulin, par exemple.

Le mec est belge. Il nait à Ath, en Belgique en 1897. Il n’a rien demandé à personne, vous pensez bien. Sa famille n’est pas particulièrement aisée : son père est plombier-zingueur, sa mère est ouvrière en fourrures. Tout va à peu près bien jusqu’à la mort du paternel en 1902 où la situation se dégrade.

Sa mère décide de prendre ses huit enfants sous le bras et de s’installer de l’autre côté de la frontière, à La Madeleine. La misère guette quand même les néo-lillois. Léon décide de filer un coup de main : il lâche l’école à 13 ans pour devenir apprenti dans une entreprise de fourrures, comme Môman. Mais Léon n’a pas de chance : un accident du travail le met au repos forcé pendant huit mois. Il en profite pour se faire une petite culture littéraire pas banale pour un ouvrier à l’époque. Une fois remis, il trouve un taff dans une usine de métallisation. Voilà, la famille vivote comme ça jusqu’en 1914. Spoiler  : un archiduc se fait dézinguer à Sarajevo et la guerre éclate.

Léon ne kiffe pas l’occupation

Lille tourne rapidement sous le joug allemand, genre en octobre. L’armée allemande s’installe pépère. Le commandement squatte la préfecture, et la Kommandantur fait comme chez elle au Crédit du Nord. Léon est pas hyper ravi de ce qui arrive à sa ville d’adoption, comme d’autres (on vous a déjà raconté l’histoire tragique de Louise de Bettignies, morte d’une pneumonie en prison en Allemagne). Il a alors 17 ans, et préfère résister plutôt qu’aller au lycée. Il décide de se rendre en Angleterre, ce qui prend un certain temps. Le tunnel sous la Manche ne sera construit que quatre-vingts ans plus tard. Il arrive donc en juin 1915. A la base, il voulait rejoindre l’armée belge, mais elle l’a recalé direct parce qu’il avait l’air pâlot (true story).

Il accepte des opérations de renseignements, moins risquées que le combat régulier. Enfin, c’est ce qu’on lui a dit. Avec des potes de lycée qui ont fait tout comme lui, il se rend plusieurs fois dans le Nord de la France pour fouiner côté allemand et tout rapporter aux forces alliées. Code name du réseau créé pour l’occasion : Noël Lurtin (un anagramme, vous l’aurez bien sûr remarqué, de son nom). Il se rend à Ath, à Bruxelles, aux Pays-Bas…Ça lui fait voir du pays et il en profite pour partager tout ce qu’il observe avec Londres.

Mais bien sûr, ça n’a qu’un temps. Dans la nuit du 3 au 4 octobre 1915, il se fait choper par les Allemands avec un ami, Raymond Derain. Ils avaient l’air suspect, à découper des barbelés dans la nuit noire. Il passe d’abord huit jours (qui ont dû lui sembler interminables) dans une prison à Anvers avant d’être transféré à Lille.

Procès plié en deux secondes

C’est là que le tribunal militaire allemand, installé rue Nationale, l’attend de pied ferme. On peut qualifier son procès d’éclair sans faillir à l’histoire. Du vite fait, mais pas spécialement du bien fait. En même temps, vous pensez bien que quand on est résistant en temps de guerre, les magistrats n’hésitent pas des masses à dégainer une peine capitale en deux minutes. Voilà, Léon Trulin est donc condamné à mort. Le patron des Allemands de Lille, le général Von Heinrich, confirme la sentence, comme si c’était nécessaire. Léon a alors 18 ans, et c’est le seul du réseau à se faire condamner au décès. Ses complices jugés par le même tribunal prennent des travaux forcés à perpet’ ou 15 ans de zonzon. Un seul, Marcel Denèque, est acquitté. Très certainement parce que c’est lui a dénoncé tous ses potes. #CoucouTrahison

Voilà donc Léon qu’on réveille le 8 novembre 1915 pour la dernière fois. A l’époque, l’exécution était en mode peloton. Il est emmené à la Citadelle, dans ses fossés pour être exact, et les soldats allemands le tuent de 12 balles. Histoire d’être sûr qu’il perde bien la vie. Voilà, charmant. Vous y penserez la prochaine fois que vous irez courir à la Citadelle. #DeRien

Sources : Wikipédia, La Voix du Nord, la Ville d’AthJustes, un réseau: Le Nord sous la botte nazie, Lille, d’Isla à Lille-Métropole d’Alain Lottin et encore Wikipédia, mais juste pour savoir quand exactement le Tunnel sous la Manche a été inauguré.