[Flashback] Anne Delavaux, A.K.A. Antoine d’Athis, la Mulan du Nord

Dans Culturons-nous, Lille
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Pas besoin d’aller chercher du côté de la Grande Muraille de Chine pour trouver une femme badass qui n’a pas eu peur d’aller se battre “comme un homme“. Notre Mulan ch’tie, c’est Anne Delavaux. Cette Lommoise a pris les armes sous les traits d’un soldat pendant onze ans au XVIIe. Et on vous raconte tout ça, à la mode de chez Vozer, bien entendu.

On vous l’annonce tout de suite : on n’était pas préparés à découvrir une telle histoire à deux pas de chez nous. Pour nous, Anne Delavaux, c’était la géante de Lomme et le nom d’une rue lilloise. Point. Alors qu’en réalité, elle est bien plus que ça : c’est une amazone, une soldate courageuse, une lieutenante hors-pair, et même une religieuse dévouée.

Please rewind. Anne est née en décembre 1625 dans une famille de paysans Lommois. Ce n’est pas forcément une super époque dans le coin : Lille et les villes alentours appartiennent alors aux Pays-Bas du Sud – et sont donc espagnoles – et ça guerroie pas mal dans le coin.

En 1635 éclate la fameuse guerre franco-espagnole. Un conflit purement militaire qui n’a pour principal enjeu que de (re)prendre des territoires à l’ennemi. Quand les Français débarquent à Lille, clairement, ils ne sont pas dans un mood “peace and love” : ils pillent, tuent, violent, détruisent les récoltes et incendient les maisons.

Maldito Francés

Anne, ses parents et ses quatre frères et sœurs font comme la majorité des paysans du coin et fuient le massacre en se cachant dans les bois. Ils vont finir par carrément vivre dans la forêt toute l’année, hiver compris bien entendu. De quoi bien éveiller un sentiment de révolte et d’injustice dans l’esprit de l’adolescente.

Surtout qu’on continue de venir lui rapporter les massacres commis par les Français. En 1641, Anne a 16 ans et en a juste ras l’écuelle de ces barbares. Avec sa pote Berthe, elles décident de prendre le problème à bras le corps et de s’enrôler dans l’armée espagnole pour bouter l’ennemi hors de leurs champs.

Bon, on ne va pas vous apprendre qu’en ce temps là, les femmes et l’armée, ce n’est pas vraiment un combo qui fonctionne. Déjà parce que c’était tout bonnement interdit mais qu’en plus les deux copines auraient risqué de se faire déshonorer illico presto. N’ayant plus d’honneur, elles auraient pu être données en pâture aux “envies” des soldats espagnols. Aller taper du français pour se retrouver sous les sales mains d’un balourd espagnol, non merci.

Seule solution : se faire passer pour des hommes. Anne et Berthe se bandent la poitrine, portent des pantalons bouffants et se présentent sous de faux noms : Antoine d’Athis, sieur de la Bonne l’Espérance, et Pierre, dit La Jeunesse (+1 pour la créativité).

Sus à l’ennemi

Et… ça marche ! Voila les deux paysannes enrôlées dans le régiment du prince de Ligne. Menin, Armentières, Courtrai, Comines, Houplines… Anne combat vaillamment pendant plusieurs années dans toute la région et bien évidemment à Lille. Elle y est nommée lieutenant du Duc de Lorraine et est mise à la tête d’un corps de volontaires. Avec ses gars, elle arrive a voler 30 chevaux sous le nez des Frenchies. Elle récidive et fait encore mieux à La Bassée lors d’un raid où ses hommes et elle raflent carrément 30 bœufs et 1 000 moutons.

Elle participera aussi à la célèbre bataille de Lens en août 1648… où son camp accuse une très lourde défaite. Mais la guerre n’est finalement jamais vraiment finie avec l’Espagne. Lorsqu’éclate la Fronde en France, elle repart de plus belle au combat. Celle qui n’était qu’une paysanne lommoise il y a encore quelques années est désormais lieutenant et commandant de la première compagnie colonelle du régiment (oui, ça en jette). On dit même qu’à cette époque, elle aurait tué un major en duel parce que le bougre l’aurait insultée.

Elle continue de mettre la misère aux Français, et notamment à celui qui est comme qui dirait le premier ministre de l’époque : Mazarin. Anne fait partie des troupes qui encerclent et forcent le château du cardinal, obligé de détaler comme un lapin.

Pot aux roses

Bon, on n’est quand même pas dans un Walt Disney où tout le monde rentre pépère chez soi en mode happy end. A la fin de la Fronde, deux malheurs arrivent coup sur coup. Tout d’abord, Berthe perd la tête. Littéralement. Un boulet de canon vient la lui arracher lors d’un combat. Lorsqu’Anne apprend la nouvelle, elle s’empresse d’aller enterrer son amie de toujours sous son nom d’homme pour éviter qu’on ne découvre le vrai sexe de Berthe. Ensuite, le 2 juillet 1652, Anne est à Paris et combat toujours. Lors d’un affrontement au faubourg Saint-Antoine, elle est touchée de deux coups de pistolet et d’un coup de fusil à l’épaule.

Il en faut quand même plus pour faire rendre l’âme à Anne. Mais les Français la font tout de même prisonnière. Et là va se jouer un petit jeu d’allers-retours dans les geôles pour elle. On l’échange, on la capture, on la rééchange, on la recapture… Au bout d’un moment, les Français finissent par découvrir le pot aux roses : lors d’une embuscade en Lorraine, ils la brutalisent et découvre son vrai sexe. Antoine est Anne. Anne est une femme. Antoine est donc une femme.

Et bien dites-vous que les Français ne l’ont pas mal pris, bien au contraire : ils lui offrent même de garder le secret, à condition qu’elle combatte désormais pour eux. Autant vous dire qu’Anne refuse l’offre fissa et va rendre les armes direct de retour à Lomme. Et c’est là qu’elle décide de… rentrer dans les ordres.

Ave Anna

L’abbaye de Marquette, connue pour accueillir les filles de bonnes familles, l’accepte. Mais juste un temps. Parce que la Mère Supérieure a vraiment du mal avec le langage d’Anne, mélange de patois paysan et de rude dialecte de soldat. Ses oreilles saignent tellement, à la Mère Supérieure, que cette dernière va l’envoyer prier ailleurs, à l’abbaye de la Biloke de Gand.

La nonne Anne vit plus que bien ce transfert. Dans cette nouvelle abbaye, elle passe son temps à soigner des soldats blessés, ses anciens compagnons en somme. C’est là qu’elle rendra finalement son dernier souffle, le 20 juillet 1671. Elle avait 46 ans.

Aujourd’hui, tout le monde s’accorde sur la bravoure et le courage sans faille d’Anne Delavaux. Mais aussi sa bonté d’âme. Prendre les armes était pour elle un geste patriotique mais aussi une façon d’aller protéger ceux qui ne pouvaient pas les prendre eux-mêmes, ces fameuses armes.

Depuis 1960, elle a rejoint la grande famille des géants du Nord. Avec son armure, bien évidemment.

Pour sourcer tout ça, on s’est basé sur “Femmes dans l’histoire des Hauts de France” de Christine Duthoit et sur l’interview de la géante par La Voix du Nord. On en a aussi beaucoup appris grâce à une Bulle sur les pavés et leur super visite sur les femmes badass de Lille.