Binge drinking : quand ce sont vos neurones qui trinquent

Dans Lille, Santé !
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C’est mar­rant comme on peut pas­ser des années à se la col­ler le ven­dre­di et le same­di soir en n’i­ma­gi­nant pas une seconde que ça pour­rait avoir des consé­quences vrai­ment pas glop sur son cer­veau. L’é­quipe de Jean-Louis Nan­dri­no, psy­cho­logue, cher­cheur au SCA­lab et pro­fes­seur à l’u­ni­ver­si­té de Lille, a mené une étude auprès de plus de 300 étu­diants et sur leurs habi­tudes en matière de consom­ma­tion d’al­cool. On en a une bonne à vous racon­ter.

On vous pré­vient tout de suite, on n’est pas là pour faire la morale. On donne juste des faits, pour que tout le monde soit en mesure de prendre ses propres déci­sions en toute connais­sance de cause. Repre­nons.

#Définition

Par­fois, le ven­dre­di soir, vous vous la met­tez. Puis le same­di aus­si. Et vous arrê­tez de boire jus­qu’au pro­chain ven­dre­di (par­fois, ça com­mence aus­si le mer­cre­di). Et ça dure comme ça toute l’an­née. “Le binge drin­king, détaille Jean-Louis Nan­dri­no, c’est le fait d’in­gé­rer une impo­sante quan­ti­té d’al­cool en un temps court… avec l’in­ten­tion de se mettre la tête à l’en­vers. Ce sont ces trois élé­ments ensemble qui sont impor­tants.” Il en ajoute un qua­trième : celui de ne pas par­ve­nir à se sor­tir de ce sys­tème.

Qui est binge-drinker ?

Avant, cette pra­tique qui touche 15% des jeunes de son étude, n’exis­tait pas. Elle a démar­ré dans les années 1990, et son déve­lop­pe­ment s’est même accé­lé­ré depuis 2015. Autre “fun fact” : elle ne concerne vrai­ment que les moins de 25 ans.Après, il y a un chan­ge­ment de com­por­te­ment lié à l’é­vo­lu­tion du sta­tut social”, pré­cise Jean-Louis Nan­dri­no. C’est à dire que ce n’est pas vrai­ment un sport com­pa­tible avec le réveil à 7 heures pour aller bos­ser, voyez-vous.

Le cher­cheur insiste sur le fait qu’on ne devient pas binge-drin­ker quand tout roule dans sa vie.Ce com­por­te­ment vient pal­lier d’autres dif­fi­cul­tés affec­tives. On va aller ren­for­cer d’autres choses qui donnent satis­fac­tion. On cherche à bas­cu­ler dans un espace où l’es­time de soi est meilleure.

Ça fait quoi sur le cerveau ?

L’un des gros pro­blèmes qui en découle, c’est que votre cer­veau, qui conti­nue sa crois­sance jus­qu’à vos 25 ans, en prend un bon coup. “On com­mence à boire de l’al­cool tôt, et le cer­veau est encore en matu­ra­tion. L’al­cool va atta­quer les neu­rones direc­te­ment.” Deux consé­quences fâcheuses : la “mort neu­ro­nale” et la “dimi­nu­tion du volume céré­bral”.

En d’autres termes, “ingé­rer beau­coup d’al­cool au cours de cette période de crois­sance, aura un gros effet sur le déve­lop­pe­ment neu­ro­nal”. Et le binge drin­king a de ça de vicieux que ce n’est pas seule­ment l’al­cool qui attaque le cibou­lot. Votre dimanche pas­sé en PLS, en mode MacDo/comatage devant la tri­lo­gie Retour Vers le Futur, s’ap­pelle un sevrage violent. “Quand vous arrê­tez net de don­ner de l’al­cool à votre cer­veau, il se prend un gros clash.” Là aus­si, vous y per­dez des neu­rones. Glo­ba­le­ment, vous en sen­ti­rez les effets si vous ne savez plus prendre une déci­sion, si vous avez la mémoire qui flanche un peu trop, ou si vous avez la capa­ci­té d’at­ten­tion d’un enfant de quatre ans.

Des jeunes plus vulnérables que d’autres

Et même si la majeure par­tie des binge-drin­keurs se calme pas­sé 25 ans, une petite par­tie de la popu­la­tion va se retrou­ver confron­tée à des com­por­te­ments anor­maux face à l’al­cool par la suite. “Ceux qui ont com­men­cé très tôt, qui ont fait très fort, et très vite sont les plus à risque.” L’autre risque, plus direct et poten­tiel­le­ment plus radi­cal, c’est celui de coma éthy­lique, pré­ci­sons.

On s’en sort, docteur ?

Oui. Bien sûr. “Il faut d’a­bord que les concer­nés aient cette infor­ma­tion.” Apprendre au détour d’un article qu’on a peut-être un com­por­te­ment dan­ge­reux pour soi, ça peut être un début. “S’ils n’ar­rivent plus à dimi­nuer la répé­ti­tion de ce com­por­te­ment, il faut cher­cher de l’aide.” Et vous savez quoi ? Avec le concours de la Sécu­ri­té Sociale, on ne verse pas un cen­time à un méde­cin géné­ra­liste, qui sera le pre­mier d’ac­cord pour vous filer un coup de main. Le pro­blème, c’est qu’il y a une vrai stig­ma­ti­sa­tion de l’al­cool. Si on a un pro­blème avec l’al­cool, on est faible, on ne sait pas se gérer, on est vicieux…” Alors qu’en fait, c’est une mala­die. La bonne nou­velle, vu que c’est une mala­die, c’est que ça se soigne. “Tout dépend du degré de moti­va­tion à chan­ger de com­por­te­ment.

Jean-Louis Nan­dri­no compte bien recon­duire une étude auprès des étu­diants lil­lois sur le binge-drin­king. Elle serait de plus grande ampleur, et peut-être même faite en col­la­bo­ra­tion avec d’autres uni­ver­si­tés fran­çaises et belge. On vous dira quoi quand on sau­ra quoi.