[Flashback] Le temps où l’art-déco a déferlé comme une vague sur Roubaix

Dans Flashback, Lille

Photo © Ville de Roubaix

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Quand on vous dit Roubaix, vous pensez peut-être au textile, à l’Alma ou encore au street-art. Ce que vous ignorez peut-être, c’est que Roubaix a un riche passé. Comme la ville a décidé de consacrer sa saison culturelle à l’Art-Déco, on s’est dit qu’on pouvait peut-être faire un petit point sur une belle époque.

Tout commence un jour de 1912. Jean-Baptiste Lebas, qui était un humain avant de devenir un parc lillois aux grilles rouges, est donc élu édile de la ville. Lui, ce qui l’importe, c’est la santé des Roubaisiens. Vous ne voyez peut-être pas le rapport avec l’art-déco, mais laissez nous deux secondes. À cette époque, la taille de la population n’a jamais été aussi forte (et ne le sera plus jamais) : 121 000 personnes habitent la ville (contre 96 000 environ aujourd’hui). Avant la Première Guerre mondiale, l’eau courante et l’électricité sont des luxes que peu peuvent se permettre. Et comme la majeure partie de la ville est ouvrière, on aime autant vous dire que le J.-B. s’attaque à un gros morceau. Pour vous donner un ordre d’idée, 80% des enfants roubaisiens présentent à cette époque des signes de tuberculose.

Art-déco mainstream

Jean-Baptiste Lebas est donc qualifié d’hygiéniste (à ne pas confondre avec eugéniste). Son idée, c’est de faire en sorte que les enfants se lavent régulièrement la couenne. Parce que c’est bien connu, l’hygiène éloigne les maladies. Il achète pour le compte de la ville 20 ha au sud, vers Croix et Hem. Il y construit l’École de Plein Air. Un endroit formidable : il y a des douches, un cinéma, une “salle de culture physique”, un stade de foot… Et comme c’est méga mainstream à l’époque, l’architecte Jacques Gréber donne un style art déco à cette école. L’histoire d’amour entre l’art-déco et Roubaix démarre comme ça, juste avant la Première Guerre mondiale.

Parlons-en, tiens. Le conflit n’attaque pas trop les immeubles roubaisiens. La ville est pillée, mais pas détruite. Pour autant, l’entre-deux guerres est une période très faste pour les industriels nordistes. Tout va bien (jusqu’en 1929, ça va de soi) pour les spécialistes du textile et de la construction. La ville héberge bon nombre de notables, qui se font construire des maisons individuelles. Et comme on vous le disait, l’art-déco, c’est la mode de l’époque. Du coup, encore aujourd’hui, on compte encore 200 maisons de maître de style art-déco dans la ville.

Eau chaude pour tous

Mais n’allez pas croire que le style est réservé aux nantis. Une politique en faveur de l’habitat bon marché voit la construction, sur 20 000m2 au sud de la ville de 197 maisons et 584 appartements. Ils visent à lutter contre la misère en créant des logements dernier cri. La modernité réside dans l’eau courante, chaude et froide, dans tous les logements. Et on vous le donne en mille, le style de ces immeubles, c’est l’art-déco.

Et sinon, on peut aussi vous parler des équipements publics construits à ce moment-là : la piscine (chef d’oeuvre devenu le musée qu’on connait tous), la bourse du travail, le foyer des mutilés, les quatre bâtiments des postes et télécommunications, l’église Notre-Dame de Lourdes… Aucune originalité : tous sont de style art-déco. Et on ne vous parle même pas des bâtiments des entreprises et usines de la ville.

Voilà, c’était une histoire express de l’art déco à Roubaix. Ce qui est chouette, c’est que la Seconde Guerre mondiale n’a pas tout détruit. Si vous levez le nez en vous promenant, vous verrez bon nombre de bâtiments art-déco. Et si vous voulez aller encore plus loin, Roubaix consacre sa saison culturelle à l’art-déco en organisant des visites guidées thématiques de la ville jusqu’en juin. On vous laisse vous renseigner sur le site de la ville.

Et pour écrire cet article, on s’est appuyé sur un excellent focus “Architecture Art Déco Roubaix” rédigé par le service Culture – Ville d’art et d’histoire de Roubaix, et sur wikipédia, un peu.