[Flashback] Il y a 50 piges naissait… Villeneuve-d’Ascq

Dans Flashback, La Fac, Lille

@ Patrick JAMES /La Voix du Nord

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On n’a pas oublié de zéro. La voisine de Lille a bien fêté ses 50 ans d’existence il y a quelques jours. On va donc en profiter pour faire un retour dans les sixties et vous raconter comment est née cette ville que tout le monde connaît aujourd’hui pour ses campus étudiants, V2, le LaM, le Stade Pierre-Mauroy ou encore La Rose des Vents.

Commençons notre flashback au milieu des années 60. Disons-le, la campagne ne fait alors plus du tout rêver la jeunesse qui aspire à poursuivre ses études supérieures. Et elles sont où les universités ? A la ville. Dans le Nord, Lille est donc un eldorado et les différentes facultés, installées dans le centre-ville, commencent à avoir du mal à accueillir tout ce beau monde avide de connaissances. Les étudiants sont clairement à l’étroit et le recteur de l’académie de l’époque, l’iconique Guy Debeyre, décide de construire un nouveau campus scientifique et la faculté des lettres et de sciences humaines à Annappes, une petite commune de la campagne lilloise.

Annappes ? Oui, c’est là que vous étudiez encore aujourd’hui si vous allez en cours à Cité Scientifique ou au campus de Pont-de-Bois (ancien nom d’un quartier d’Annappes d’ailleurs).

A la conquête de l’Est

En parallèle, à Paris, le gouvernement de Charles de Gaulle prend une grande décision : il veut créer neuf nouvelles villes pour arrêter cette asphyxie des centres de ses grandes villes comme Paris, Lyon, Marseille et Lille où ça devient vraiment galère pour se loger et circuler (déjà à l’époque). Il faut désengorger tout ça et donc construire et décentraliser.

Chez nous, on décide très vite que c’est à Lille-Est que cette ville nouvelle va naître. Ça aura le mérite de relier les nouveaux campus à la vie citadine. Parce que la Cité scientifique est quand même entourée de champs, de terres marécageuses, un peu perdue au milieu de nulle part donc. On l’appelle même à l’époque “l’université des betteraves”.

Créer une ville nouvelle sur un terrain vierge, c’est assez facile. Sauf que là, à Lille-Est, il existe déjà une foule de petites communes : Annappes, Flers-lez-Lille, Ascq, Hellemmes, Lezennes, Lesquin, Forest-sur-Marque… Et si tout le monde est d’accord sur le fait qu’il faut désengorger Lille, il y a moins l’unanimité sur la manière de faire.

Capture Youtube ©Ina

Villeneuve-en-Flandre

Un établissement public est donc désigné et chargé de réfléchir à ce réaménagement qui va forcément impliquer des expropriations et des fusions de communes. Très vite, la “nouvelle ville” est réduite à trois villes, toutes voisines : Ascq, Flers-lez-Lille et Annappes. Le 1er février 1970, les maires de Flers et Ascq et le premier adjoint d’Annappes signent un protocole d’accord pour entériner la fusion et décident de trois points essentiels :

  • la nouvelle ville s’appellera Villeneuve-en-Flandre
  • le siège de la nouvelle mairie se tiendra à Annappes
  • il n’y aura pas de nouvelles élections : Jean Desmarets, maire de Flers-lez-Lille depuis plus de 20 ans déjà, sera le premier maire de Villeneuve-en-Flandre.

Quelques jours après l’annonce de cet accord, tout s’accélère : le maire d’Annappes, Jean Lecoutre, qui n’a apparemment pas été convié à toutes ces belles discussions, démissionne tandis qu’à Ascq, plusieurs habitants écrivent au maire et au préfet pour demander la conservation du nom de leur ville. Pas par pur chauvinisme mais par souci de mémoire : en avril 1944, en pleine Seconde Guerre mondiale, des troupes de la Waffen SS ont commis un massacre dans la ville, violentant la population et fusillant 86 Ascqois.

Faire disparaître le nom de la ville est vécu comme une suppression de ce pan tragique de son histoire. Il est donc décidé, en mémoire du massacre, d’appeler la nouvelle ville Villeneuve-d’Ascq. Elle est officiellement créée le 25 février avec pour devise “Tres in uno”. Trois en un.

Les chantiers vont alors se multiplier durant toute une décennie avec une grande phase de construction (coucou le nouveau quartier de Triolo) et le 31 décembre 1983, Villeneuve-d’Ascq est considérée comme “achevée”. Elle compte alors 62 000 habitants, a vu 11 800 logements sortir de terre et 12 500 emplois y ont été créés.

Et forcément, la Cité scientifique n’a plus jamais été appelée “l’université des betteraves”.

Pour écrire cet article, on s’est basé sur les archives d’une ancienne expo de la ville de Villeneuve-d’Ascq intitulée : “À la conquête de l’est : Villeneuve-d’Ascq, 1969 – 1984 – Construction de la ville nouvelle du Nord.”