“On fait de l’aide humanitaire” : la précarité étudiante a franchi un nouveau seuil dans la métropole lilloise

Dans La Fac, Lille
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On vous en par­lait déjà il y a quelques semaines : le confi­ne­ment a creu­sé encore un peu plus la pré­ca­ri­té chez les étu­diants. Aujourd’­hui la situa­tion a chan­gé, en lar­ge­ment pire. A tel point de que l’U­ni­ver­si­té et le CROUS dis­tri­buent des aides ali­men­taires d’ur­gence à 2000 étu­diants. Les doyens des facul­tés ont écrit à la ministre de l’En­sei­gne­ment supé­rieur pour récla­mer des mesures fortes.

L’élé­ment qui nous a aler­tés, raconte la vice-pré­si­dente à l’u­ni­ver­si­té soli­daire Emma­nuelle Jour­dan-Char­tier, c’est quand les direc­teurs d’hé­ber­ge­ment, qui sont fonc­tion­naires, pas mili­tants, m’ont fait remon­ter une liste de 2000 noms.” On refor­mule pour être clair : dans les rési­dences uni­ver­si­taires de la métro­pole lil­loise, actuel­le­ment, 2000 étu­diants n’ont plus le bud­get pour s’a­che­ter à man­ger.

Ce sont ces étu­diants qui n’ont pas eu l’oc­ca­sion de fuir leur petit loge­ment, par­fois insa­lubre, pour aller vivre le confi­ne­ment chez leurs parents, qui ont per­du leur emploi à cause de la crise, et qui ne sont pas en capa­ci­té d’a­voir le moindre reve­nu en dehors des aides.

Vagues successives

Au début, en pre­mière vague, il y a eu ceux qu’on connais­sait, qui étaient dans une pré­ca­ri­té struc­tu­relle, pour­suit Emma­nuelle Jour­dan-Char­tier. Et en deuxième vague sont arri­vés ceux qu’on ne connais­sait pas parce qu’ils se sont tou­jours débrouillés autre­ment, en tra­vaillant ou avec leurs parents. Et ça ne s’ar­rête pas, ce sont des vagues suc­ces­sives d’é­tu­diants dans le besoin, et ça s’é­lar­git au fur et à mesure. C’est très inquié­tant.” Le fonds d’aide déjà abon­dé de 500 000 euros il y a quelques semaines va être à nou­veau ren­floué. “Il ser­vi­ra à l’aide ali­men­taire et à finan­cer des ordi­na­teurs de prêt.

Une conven­tion lie l’U­ni­ver­si­té, le CROUS, le Secours Popu­laire et la Croix Rouge pour l’aide ali­men­taire. Les 2000 béné­fi­ciaires récu­pèrent des colis ali­men­taires les jeu­dis et same­dis sur les dif­fé­rents cam­pus. “On voit arri­ver le mois de juillet, et on est tous très inquiets.” C’est que les bourses s’ar­rê­te­ront de tom­ber, lais­sant les étu­diants sans aucun reve­nu. Pour les doyens de l’U­ni­ver­si­té, c’est trop.

Lettre ouverte à la ministre

Les 24 res­pon­sables de facul­tés, écoles et ins­ti­tuts de l’U­ni­ver­si­té viennent de signer une lettre ouverte adres­sée à la ministre de l’En­sei­gne­ment supé­rieur Fré­dé­rique Vidal. Ils y dénoncent les condi­tions de vie désas­treuses des rési­dents de Galois, Bache­lard et Camus (humi­di­té, cafards, punaises de lit, sani­taires HS…), relatent les angoisses des étu­diants de ne pas savoir payer le loyer… et ter­minent par trois demandes :

  • l’exo­né­ra­tion des loyers pour les mois de mars, avril et mai
  • la réou­ver­ture des Res­tos U pour de la vente à empor­ter
  • le ver­se­ment des bourses aux mois de juillet et août

La pré­si­dence est en accord total avec les doyens, assure Emma­nuelle Jour­dan-Char­tier. On est exac­te­ment sur la même ligne.” Est-ce que leurs demandes suf­fi­ront à endi­guer la crise ? “Je ne sais pas si ce sera suf­fi­sant, mais c’est abso­lu­ment indis­pen­sable. Et ça nous per­met­trait de faire de l’aide sociale et non plus de l’aide huma­ni­taire. Parce que c’est bien ce qu’on fait : de l’aide huma­ni­taire.

La réponse de la ministre est atten­due avec impa­tience. Des asso­cia­tions étu­diantes comme Agir pour les étu­diants ou l’U­NEF ont émis les mêmes demandes.

Le temps presse pour ces étu­diants entrés en mode sur­vie. D’au­tant que fin juin, l’U­ni­ver­si­té est sup­po­sée fer­mer ses portes. “On ne va pas les aban­don­ner, assure Emma­nuelle Jour­dan-Char­tier. On ne va pas les lais­ser mou­rir de faim.” La VP a un mes­sage à leur faire pas­ser : “Qu’ils nous appellent. Per­sonne ne doit hési­ter à nous appe­ler, à en par­ler à un prof, au CROUS, à un ami qui peut l’ai­der. Je suis admi­ra­tive de leur cou­rage. Ils conti­nuent à être étu­diants, à tra­vailler. Dans des condi­tions aus­si dif­fi­ciles, je dis cha­peau.

Si vous êtes en dif­fi­cul­té, vous avez tout un tas de che­mins pos­sibles :

  • Une hot­line de 14 à 18 heures : 03 20 96 52 30
  • Une adresse mail : solidarite@univ-lille.fr
  • Des assis­tantes sociales : service.social@crous-lille.fr
  • Une centre de san­té : marie-leone.cramblin@univ-lille.fr