Antiviraux, essais cliniques et évolution de l’épidémie : le CHU de Lille fait le point sur ce qu’on sait (ou pas) du coronavirus

Dans Lille, Santé !
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A chaque conf’ de presse du CHU de Lille et selon les inter­ve­nants pré­sents, on essaye d’en savoir plus sur l’é­vo­lu­tion de l’é­pi­dé­mie et sur la recherche d’un vac­cin ou d’un trai­te­ment. Cette semaine, Julien Pois­sy, chef du ser­vice réani­ma­tion, a pris le temps de remettre tout ça à plat pour expli­quer ce que le monde médi­cal avait appris sur le Covid-19… mais aus­si tout ce qui res­tait encore incon­nu.

Beau­coup se sont sen­ti pous­ser des ailes de spé­cia­listes en Covid-19 ces der­nières semaines en France et ailleurs dans le monde. Déjà, rap­pe­lons que si spé­cia­listes il y a, ils ont tous six mois d’ex­pé­rience maxi­mum sur le sujet. “Prendre du recul et admettre qu’on ne sait pas tout et encore moins ce qu’il va se pas­ser”, voi­là le cre­do que pré­fère employer le CHU de Lille.

Comprendre la maladie

Avoir du recul, c’est aus­si mieux com­prendre ce qu’est un coro­na­vi­rus. “Le Covid-19 est une mala­die virale et pour l’ins­tant, il existe peu d’an­ti­vi­raux pour ces mala­dies, expli­cite le Dr.Julien Pois­sy, chef du ser­vice réani­ma­tion du CHU de Lille. Les seuls qu’on connait et qui fonc­tionnent un tant soit peu, c’est pour le VIH par exemple”.

Les anti­vi­raux ce sont des molé­cules qui vont stop­per ou ralen­tir l’in­fec­tion du virus. C’est actuel­le­ment le moyen le plus effi­cace de lut­ter contre un virus en atten­dant un vac­cin. C’est donc sur eux que se foca­lisent bon nombre d’es­sais cli­niques, comme Dis­co­ve­ry, depuis l’ap­pa­ri­tion du nou­veau coro­na­vi­rus. Vous avez for­cé­ment déjà enten­du le nom de cer­tains des com­po­sants de ces poten­tiels anti­vi­raux : l’hy­droxy­chlo­ro­quine, le rem­de­si­vir ou encore le lopi­na­vir.

Pour le moment, aucun d’entre eux n’a eu de résul­tats assez pro­bants pour en faire l’an­ti­vi­ral phare pour contrer l’é­pi­dé­mie actuelle. L’es­sai euro­péen Dis­co­ve­ry a bien du mal à sor­tir des conclu­sions (cer­tains mettent d’ailleurs en cause le manque de coopé­ra­tion euro­péenne) et les autres dis­po­si­tifs inter­na­tio­naux semblent au même point.

Pour Julien Pois­sy, “lan­cer un essai cli­nique, c’est déjà une réponse à la crise. Mais la conso­li­da­tion des résul­tats, elle, prend du temps et ça ne peut pas être autre­ment. On espé­rait que les ana­lyses inter­mé­diaires pour­raient nous don­ner un signal vers l’un des anti­vi­raux can­di­dats, mais ça n’a pas été le cas. Il faut accep­ter qu’il faille du temps pour avoir des résul­tats plus pro­bants… s’il y en a.

Que le temps de la recherche ne soit pas syn­chro­ni­sé avec celui de l’é­pi­dé­mie, “c’est nor­mal” conclut Fré­dé­ric Boi­ron, direc­teur du CHU de Lille.

Mieux traiter les symptômes

Tout ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’a­van­cées sur la com­pré­hen­sion de l’in­fec­tion. “On a beau­coup pro­gres­sé sur le trai­te­ment des symp­tômes, annonce Julien Pois­sy. On a com­pris beau­coup de choses dans la phy­sio­pa­tho­lo­gie (le com­por­te­ment du virus dans l’or­ga­nisme) de la mala­die et on arrive mieux à sup­pléer les organes qui se retrouvent défaillants (comme les pou­mons) quand le patient est infec­té.”

Le méde­cin réani­ma­teur annonce éga­le­ment que la piste des immu­no-modu­la­teurs (qui sti­mulent ou freinent les réac­tions du sys­tème immu­ni­taire pour limi­ter l’in­flam­ma­tion) est tou­jours sui­vie. “Mais il est encore dif­fi­cile de savoir lequel est le meilleur et, sur­tout, à quel patient on peut en don­ner et à quel moment.

Quel avenir pour l’épidémie ?

Va-t-on devoir vivre éter­nel­le­ment avec ce nou­veau coro­na­vi­rus ou va-t-il dis­pa­raître aus­si vite qu’il est appa­ru ? “Per­sonne ne le sait, mar­tèle Julien Pois­sy. A un moment, il faut accep­ter de dire qu’on ne sait pas. On réflé­chit par ana­lo­gie, et on fait par­fois des erreurs d’ap­pré­cia­tion d’ailleurs. Mais chaque épi­dé­mie peut avoir des com­por­te­ments dif­fé­rents sachant que ça dépend en plus de l’é­vo­lu­tion du virus.

Il y a deux mois déjà, plu­sieurs sce­na­rii avaient été envi­sa­gés sur l’a­ve­nir de l’é­pi­dé­mie :

  • l’é­pi­dé­mie s’é­teint d’elle-même : bon, pour le moment, ce n’est pas d’ac­tua­li­té. Même si c’est encore pos­sible.
  • l’é­pi­dé­mie devient mon­diale : c’est exac­te­ment ce qu’il s’est pro­duit et la meilleure façon d’y répondre dans ce cas là, c’est de cou­per sa trans­mis­sion d’hu­main à humain, avec le confi­ne­ment de la popu­la­tion par exemple. C’est d’ailleurs ce qui avait été mis en place en 2003 lors de l’é­pi­dé­mie de SRAS.
  • le virus s’ins­talle au sein de la popu­la­tion : le coro­na­vi­rus pour­rait conti­nuer de cir­cu­ler indé­fi­ni­ment, de manière plus ou moins épi­dé­mique. “C’est ce qui se passe avec le MERS-CoV en Ara­bie-Saou­dite”, pré­cise Julien Pois­sy. Ce coro­na­vi­rus appa­ru au Moyen-Orient en 2012 a de nou­veau émer­gé en 2015 par exemple. On peut même émettre l’hy­po­thèse que cer­tains autres coro­na­vi­rus avec qui on coha­bite aujourd’­hui, comme le rhume, ont pu suivre ce même che­min avec une viru­lence qui n’a fait que bais­ser avec le temps.

Mais encore une fois, per­sonne ne peut savoir aujourd’­hui quelle voie emprun­te­ra (ou conti­nue­ra d’emprunter) l’é­pi­dé­mie que nous vivons actuel­le­ment. Le déve­lop­pe­ment d’un vac­cin (qui prend a minima 18 mois on le rap­pelle) reste le meilleur moyen de voir la pan­dé­mie se résor­ber.