A Roubaix, le ReStore contraint de fermer ses portes

Dans C'est green, Lille
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La ressourcerie qui avait ouvert rue de l’Alma à Roubaix il y a trois ans a dû, samedi dernier, fermer ses portes après un dernier grand destockage de vélos. Son bail n’a pas été renouvelé, tout comme le marché d’exploitation donné par la MEL.

Ça fait mal au cœur, raconte Sandy Gylbert, coordinateur du ReStore. On appelle de tous nos vœux à ce que la MEL revoie sa position.” Le magasin de revalorisation de meubles, livres et objets divers promis à la décharge a dû fermer ses portes samedi soir de manière plutôt précipitée. Branche de TriSelec, la Métropole européenne de Lille en est actionnaire majoritaire. On vous refait l’historique parce que c’est un dossier à chapitres.

  • Acte 1 – L’immeuble mis en vente
    Le bâtiment dans lequel le ReStore habite appartient à la Métropole Européenne de Lille. Et cette même MEL décide, en fin d’année dernirèe, de mettre en vente l’immeuble pour plus de 6 millions d’euros. Pour le ReStore, l’idée à l’époque est de déménager, donc. Pas de fermer.
  • Acte 2 – Le bail pas renouvelé
    La semaine dernière, la directrice de TriSelec a reçu une notification de fin de bail au 22 juillet“, raconte Sandy Gylbert. Le ReStore doit donc partir d’ici le mois de juillet. Ça, c’est pour la partie locative du dossier. Mais ce qui bloque vraiment, c’est le marché d’exploitation.
  • Acte 3 – Le Restore perd le marché
    Le ReStore avait jusqu’à présent un marché d’exploitation pour récupérer ce qui est récupérable dans les déchetteries de la MEL, lui donner un coup de propre et le revendre dans sa boutique de la rue de l’Alma. “On a revalorisé 500 tonnes depuis l’ouverture. C’est une petite goutte dans l’océan, mais c’est une belle goutte“, commente Sandy Gylbert. Car le ReStore est tenu par des employés en réinsertion professionnelle, et les objets vendus le sont à des prix défiant toute concurrence (des canapés à 70 euros, on ne voit pas ça partout) pour permettre à tous de s’y sentir à l’aise. On tape en plein dans l’économie sociale, solidaire et circulaire. Le problème, c’est que l’appel d’offre pour ce marché a été déclaré “infructueux” en février. “Et la MEL est actionnaire de TriSelec, donc du ReStore. Elle n’avait même pas besoin de faire un appel d’offre pour ce marché. C’est une situation abracadabrantesque.
  • Acte 4 – Les élus s’en mêlent, une pétition tourne
    Le maire de Roubaix, Guillaume Delbar, a écrit une lettre au président de la MEL, Damien Castelain, lui demandant de prolonger le marché de six mois. “Ça aurait permis de donner une suite, peut-être d’engager un futur marché“, commente Damien Delage, responsable bureau d’études en charge de l’activité ressourcerie chez TriSelec. Parce qu’un marché “infructueux” n’est pas forcément un marché enterré. TriSelec aurait pu répondre à nouveau à un appel d’offre. En parallèle, une pétition a été lancée sur Change.org pour empêcher la fermeture. Ce jeudi, plus de 1000 personnes l’avaient signée.
  • Dernier acte – Le ReStore a fermé
    On a donc posé la question à la MEL, pour savoir ce qu’il s’est passé de son côté. Dans la réponse envoyée par mail ce jeudi, pas d’explication concernant les raisons du rejet de l’offre de TriSelec en février : “En février dernier, la Commission d’appel d’offres de la MEL a été amenée à déclarer sans suite un des lots du marché relatif à la valorisation des objets et matériaux par réemploi, rejetant une offre de la SPL Triselec en application du droit des marchés publics. La MEL regrette que ce lot n’ait pu être attribué à cette occasion, alors que cela a été le cas pour les deux autres qui étaient présentés le même jour.” Voilà.

    La réponse fait en revanche mention d’une proposition de la MEL de prolonger le marché de trois mois. “Ça aurait voulu dire un mois et demi dans nos locaux, puis un déménagement pour un autre local puisque notre bail prenait fin en juillet, commente Damien Delage. Ça n’avait pas beaucoup de sens.” Samedi dernier, les clients ont pu profiter de la boutique une dernière fois. Les salariés en insertion ont été mutés sur d’autres missions au sein de TriSelec, et le chauffeur en CDI a également été reclassé. Et ensuite ? Rien. “On n’a aucun détail, aucune explication. On ne sait pas du tout pourquoi on a perdu le marché“, déplore Sandy Gylbert.