[Flashback] Augustin Laurent, des mines de charbon au beffroi de Lille

Dans Flashback, Lille, Politique

@Archives VDN

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Le second tour des municipales, c’est ce dimanche. Au lieu de vous parler du/de la futur.e maire de Lille, ici on va vous raconter la vie des anciens. Ceux qui ont laissé une trace dans la vie lilloise, voire nationale. On vous parle aujourd’hui d’Augustin Laurent, ce maire iconique de Lille pendant 18 ans. 

Ce n’est pas à Lille mais à Wahagnies, petite commune au sud de Lille, à la frontière avec le Pas-de-Calais, que naît le jeune Augustin le 9 septembre 1896. Il ne porte pas tout de suite le nom de Laurent. Parce qu’à sa naissance, son père n’est pas là. Ne lui jetez pas la pierre, ce n’est vraiment sa faute, il est au service militaire et il faudra attendre son retour pour qu’il le reconnaisse. Et donc lui donne son nom de famille.

Du fond au front

Augustin est un garçon intelligent et il est plutôt bon élève à l’école élémentaire. Mais la famille Laurent est tout sauf riche et on y est mineur de père en fils. Faire des études ne permet pas de remplir la marmite. Du coup, Augustin fait plein de petits boulots et à 14 ans, il arrête l’école et descend donc lui aussi à la mine. Il y a une autre tradition familiale :  l’engagement politique socialiste. Et Augustin n’y échappe pas à celle-là non plus.

Dès 1912, à 16 ans à peine, il rejoint la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO) de Wahagnies comme l’a fait son père Arthur. Deux ans après, il quitte le fond de la mine mais c’est pour mieux atterrir au fond des tranchées. Augustin s’est lui même engagé dès ses 18 ans. Il a beau être pacifiste dans l’âme, il ne peut supporter de rester sans rien faire face à la peur qu’on le chasse de sa terre natale, le Nord. Il est intégré au 3e régiment des zouaves et son baptême du feu à lieu en août 1915 sur l’Yser. Il ne quittera le front que quarante-six mois plus tard.

Election(s)

Une fois la Grande Guerre finie, le socialisme reprend toute sa place dans la vie d’Augustin qui est rentré au bercail. Il devient très vite secrétaire de la section socialiste de Wahagnies et aide grandement son père à devenir maire de la commune en 1919. Il bosse en mairie à ses côtés et les Laurent vont peser dans le game de la politique locale pendant des générations : après son père, c’est son frère Marceau qui y deviendra maire puis son neveu André.

Si Augustin n’est pas devenu lui même maire de Wahagnies, c’est tout simplement parce qu’il a été repéré par des dirigeants du parti socialiste. Ces derniers voient son potentiel et en 1927, à la demande de Jean-Baptiste Lebas et de Roger Salengro, il devient secrétaire administratif de la Fédération du Nord. Forcément, ça veut dire quitter Wahagnies pour se rapprocher de Lille. Voilà comment il va arriver à Fretin, en 1929.

Augustin Laurent à la trentaine @DR

Deux ans plus tard, il vit son premier succès électoral pour lui-même et devient conseiller général du canton de Pont-à-Marcq. Augustin fait doucement mais sûrement son trou dans la politique nordiste. Et après le suicide de Roger Salengro, il prend aussi du galon au sein du parti socialiste. Ah et il devient aussi député à la même période. #slasher

King Resistant in the North

Et puis la guerre. Encore. Cette fois-ci, pas de tranchées mais de la clandestinité : il répond très vite à l’appel de Jean-Baptiste Lebas et devient résistant dès 1940 embarquant avec lui son fils. Très vite, il va cofonder un journal clandestin L’Homme Libre puis un second en 1943.

Il va surtout bosser dans la transmission d’infos et d’ordres entre la zone dite “libre” et le Nord, occupé et même considéré comme zone interdite pendant l’Occupation. Il multiplie les aller-retours entres les zones mais aussi en Belgique. En 1942, il prend carrément la tête du réseau “La France au combat”.

En 44, ça commence à sentir bon la Libération. Il fait alors profil bas et reste à Lille, grimé avec une grosse barbe en changeant constamment de domicile. C’est lui, avec les FFI derrière, qui reprend possession de l’hôtel de la préfecture à Lille au nom de la République Française.

Lille – Paris – Lille

Forcément, c’est en héros qu’il est maintenant considéré. De Gaulle le prend direct comme ministre des Postes et Télécommunications dans son gouvernement provisoire. On vous passe un peu les péripéties de la politique nationale. Dites-vous juste que comme tout mec du Nord qui quitte Lille pour Paris … et bien il revient forcément un jour. Augustin Laurent revient en 1953 en tant que simple conseiller municipal. Enfin, il est toujours conseiller général du Nord en parallèle. Le cumul des mandats, ce n’est pas ce qui manque à l’époque (mais on vous en reparle après (#teasing).

Deux ans plus tard, boum, ça y’est, il est élu maire de Lille ! Alors oui, normalement, on devient maire avant de devenir conseiller général, député ou ministre. Mais Augustin Laurent n’aime pas faire les choses comme les autres. On dit de lui, par exemple, qu’il n’était pas très fan du cumul des mandats cinquante ans avant que la fameuse loi débarque. Bon, ça ne l’a pas empêché d’être surnommé “Pape de la SFIO” tout en assurant son rôle de président du conseil général du Nord pendant 22 ans, celui de maire lillois pendant 18 ans et (non ce n’est pas fini) de devenir le premier président de communauté urbaine de Lille pendant quatre ans. Voilà, ça c’est du CV. Et du cumul.

Place aux jeunes

Mais surtout, dites-vous qu’on l’a rarement “démis” de toutes ces fonctions. Il est toujours parti de lui-même en faisant bien attention de passer le flambeau à l’un de ses dauphins. En clair, il n’a jamais eu peur des “petits jeunes” qui auraient voulu lui piquer sa place. Au contraire, il se faisait un devoir de former la jeunesse politique de son parti et de leur laisser la place, “refusant d’attendre que ses forces s’endorment sous le beffroi” explique-t-il par exemple en 1973 quand il quitte son siège de maire de Lille.

Il n’a bien évidemment pas été un maire parfait et il a ses détracteurs. Aujourd’hui, on retient de lui ses grandes transformations des anciens quartiers réputés “insalubres” (coucou Saint-Sauveur) mais aussi la construction de logements, de cantines scolaires, du palais de justice et du rectorat. Il reste quand même conseiller municipal jusqu’en 77.

Il meurt à Wasquehal le 1er octobre 1990, à l’âge de 94 ans. Résistant, deux fois ministre, député conseiller général et communautaire, secrétaire de parti et maire pendant quasi 20 ans. Difficile d’imaginer un tel destin pour un fils de mineur né dans une bourgade du Nord à la fin du XIXe siècle.

Pour vous raconter tout ça, on s’est appuyé sur différentes sources, à savoir :
– un article de 2014 de La Voix du Nord : Augustin Laurent, le maire hostile au cumul des mandats
sa biographie sur le Maitron
– la page Wiki d’Augustin Laurent et de Wahagnies