[Flashback] Quand Lille n’avait pas un mais deux clubs de foot de haut niveau

Dans Flashback, Lille, Sueur
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Le derby du Nord LOSC-RC Lens revient (enfin). Mais il fût un temps où il y avait carrément un derby lillo-lillois. On va vous faire revivre l’époque où la ville n’avait pas un mais deux clubs de haut niveau qui ne se faisaient pas de cadeau : l’Olympique Lillois et le SC Fives. 

Il faut revenir un bon siècle en arrière : car chez nous, on tâte du ballon rond dès 1902 à l’Olympique Lillois, un club omnisport fondé par les grosses fortunes de la ville (comme les industriels). On y joue au foot mais aussi au hockey sur gazon, au rugby, au basket ou au tennis entre gens qui ont de quoi se payer ces loisirs. Et qui en ont le temps.

Mais très vite, jouer au foot devient le sport à la mode dans toute la région et les dirigeants de l’OL se concentrent sur lui en priorité. Surtout que les joueurs lillois sont loin d’être mauvais : dès l’année suivante, l’OL atteint la finale de la Coupe Manier, l’une des premières compèt’ de foot nationale. Bon, on se fait totalement laminer 7-0 face au Club Français parisien en revanche. En fait, pour vous la faire courte, pendant cette période, le club enchaîne les bons palmarès mais peine à rafler les titres et les premières places.

Match de l’OL en 1912.

Pendant ce temps là à Fives…

Tout ça se passe du côté du stade de l’avenue de Dunkerque (qu’on appellera plus tard stade Victor-Boucquey puis Henri-Jooris), au nord-ouest de la ville, aux Bois-Blancs. A l’opposé, à Fives, un autre club de foot amateur a aussi émergé vers 1901 : l’Eclair de feu Fivois.

Ses mécènes sont des filateurs du quartier, la Compagnie lilloise des moteurs mais aussi, et surtout, Albert Virnot. On a jamais vu ce négociant de Mons-en-Baroeul toucher un ballon de sa vie mais il a été celui qui a offert le terrain sur lequel le club, devenu en 1910 le Sporting Club Fivois, construira son stade de 25 000 places.

Le Stade Virnot dans les années 30.
@Archives La Voix du Nord

Un stade bien plus grand que celui de l’OL et en grande partie financé par un gros prêt auprès des supporters fivois. Oui, financé par les supporters eux-mêmes, qui bossent en majorité dans l’industrie.

Car à Fives, il n’y a pas autant de moyens que dans l’autre club, celui des “bourgeois”. Ce sera d’ailleurs l’un des piliers de la rivalité entre les deux formations lilloises : l’une est dite pour les riches, l’autre pour les ouvriers.

Le SC Fivois en 1922.

Mais les confrontations sur le terrain ne vont pas arriver tout de suite car la FFF n’existe tout simplement pas encore (elle arrive en 1919). Et nos deux clubs lillois vont avoir la bonne idée de rejoindre chacun une fédération différente à leurs débuts. La Fédération cycliste et athlétique de France (FCAF) pour Fives et l’Union des sociétés françaises des sports athlétiques (USFSA) pour l’Olympique. Pas la même fédé’ donc pas de possibilité de derby. Et même après la Première Guerre mondiale, quand ils rejoignent tous les deux la Ligue du Nord de Football, ils ne jouent pas forcément dans les mêmes divisions.

Le premier derby lillois n’arrive que pendant la saison 1921-1922.

Image d’un derby lillois de 1933.

Pro ou pas pro ?

En 1929, la rivalité va passer à un niveau supérieur. On est en pleine période de professionnalisation du football en France. Sauf qu’Henri Jooris, le président de l’OL à l’époque, voit ça d’un très mauvais œil. Il faut dire que le monsieur est aussi vice-président de la fameuse Ligue du Nord et a peur que l’ouverture au national ne vienne ternir la belle réputation qu’elle est en train de se faire petit à petit.

Dans la fameuse Ligue du Nord, on retrouve toutes les grandes équipes du coin dont le RC Roubaix, l’Excelsior AC Roubaix ou encore l’US Tourcoing. Pour préserver le prestige de sa ligue, Jooris va donc refuser de faire entrer l’OL dans le professionnalisme.

Henri Jooris.

Pour le SC Fives, c’est juste une méga aubaine : Louis Henno, son président, saute sur l’occas’ et professionnalise son club. Résultat : de très bons joueurs de l’OL vont débarquer à Fives dont l’international André Cheuva. Du côté de l’Olympique, on tire forcément la tronche face à ce très mauvais calcul de Jooris. Il faut vite reprendre le train en marche et les dirigeants vont alors faire une demande de statut professionnel auprès de la FFF dans l’urgence. Ils sont hors délais mais bon, on leur octroie quand même…

OL + SCF = LOSC

Voilà, Lille a officiellement deux clubs pros qui vont s’affronter douze fois en championnat (avec au final un avantage pour les Fivois) et une fois en coupe de France. Côté palmarès, en revanche, c’est l’Olympique Lillois qui peut se vanter d’avoir raflé trois titres nationaux.

Mais tout ça, ce sera de l’histoire ancienne dès la fin de la Seconde Guerre mondiale puisqu’en septembre 44, les deux clubs fusionnent pour devenir le LOSC, subtil mélange des deux noms.

L’équipe mythique du LOSC lors de la saison 45-46.
@Archives La Voix du Nord

Alors bien évidemment, ça ne s’est pas fait en un jour. Disons plutôt en un an. Et le SC Fives était le plus réticent face à cette histoire de fusion. Les tractations ont été rudes même si la survie du club était en jeu. Ce mariage arrangé avait pour but de mutualiser joueurs et moyens au sortir de la guerre qui avaient fait des ravages jusque dans la trésorerie des clubs.

On fait tellement bien les choses pour ne froisser personne que même les matchs joués à domicile par le nouveau club vont alterner entre les stades des deux anciens clubs.

Aujourd’hui, on ne vit plus de derby lillois. En revanche on a bien hâte de revivre le derby du Nord depuis la montée du RC Lens en ligue 1 cette année. Rendez-vous ce dimanche pour ça.

Pour vous raconter cette histoire, on s’est appuyé sur différentes sources, à savoir :
– un article de 2014 de La Voix du Nord :
Albert Virnot, un illustre inconnu qui changea la face du football lillois
– les pages Wiki de l’Olympique Lillois et du SC Fivois