Chez Djouheur, le café de Fives qui met le féminin à l’honneur

Dans Chill, Culturons-nous, Lille
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Il suffit parfois d’avoir simplement quelque part où l’on se sent à sa place, un lieu pour s’exprimer et échanger, pour se sentir mieux. C’est ce que certaines ont trouvé Chez Djouheur, à Fives. Un “lieu d’accueil pour femmes de toutes origines sociales et culturelles”, comme le décrit sa fondatrice, Ratiba Mokri.

A quelques pas de la station de métro Fives, sur la rue Pierre Legrand, se trouve Chez Djouheur, avec sa façade blanche et ses fenêtres bleues. S’il est entre 10 et 19 heures en semaine, les portes seront ouvertes et n’hésitez pas à y passer une tête : vous pourrez faire la connaissance des habituées de l’endroit, attablées autour de la grande table en bois avec un café.

Dorianne, retraitée du quartier, sera sûrement en train de crocheter une nouvelle pièce pour la collection Chez Djouheur. C’est sa contribution pour cet endroit qu’elle visite tous les jours. “Ce que je fais, c’est pour le soutien de Djouheur”, dit-elle avec fierté. Fathma sera aussi sûrement là. “Je viens ici tous les jours, je suis au chômage. “ Tunisienne, en France depuis 10 ans, cette ingénieure dans l’imagerie médicale est aussi coach sportive diplômée. Je ne connaissais personne, ici j’ai trouvé du divertissement et de la paix intérieure.

Djouheur, ça veut dire “perle”, en kabyle. Un nom choisi par la fondatrice du lieu, Ratiba Mokri, parce que “toutes les femmes sont des perles. Après un travail de deux ans avec Fabienne Lorin, un auto-entrepreneuse qui gère toute la partie fonds public et privé du projet, Chez Djouheur ouvre ses portes en septembre 2018. Les femmes de toutes origines sociales ou culturelles se sentent chez elles ici. J’en avais marre de voir l’espace public occupé par les hommes dans le quartier.” Une impression partagée par d’autres habituées du lieu. “Je n’entre jamais dans les cafés. C’est plein d’hommes, et j’ai l’impression que c’est mal vu”, confie Fathma.

Lieu culturel…mais pas que.

Artiste, comédienne et clown, Ratiba a fondé la Compagnie Ratibus en arrivant sur Fives il y a une dizaine d’année, une asso’ dont la principale activité est l’action culturelle dans des écoles et centres sociaux. Ce café en fait partie. Des événements artistiques ou culturels y sont organisés, tous en rapport avec les femmes. Ateliers d’écriture, de lecture, de dessin, de danse, mais aussi des conférences données par des avocates, ou des concerts par des artistes… Le but ? Donner un moyen d’échanger aux participantes, mais aussi aux participants, qui sont les bienvenus lors de ces moments de rencontre. Pendant le confinement, Fathma a même organisé des ateliers fitness sur Internet pour maintenir le lien. 

Mais ce n’est pas tout ce qu’offre ce lieu. Les habitantes du quartier peuvent venir discuter, demander conseil ou s’installer dans le coin lecture.

Faire vivre ce lieu d’exception

Pour les femmes qui veulent s’investir, et participer aux ateliers, il y a une adhésion à l’année de 15 €”, précise Ratiba. Les places aux ateliers sont vendues à un prix libre ou participatif (avec un minimum à compléter au choix, mais pas gratuit). Mais l’argent n’est pas un frein. Il est possible de venir visiter sans adhésion, ou de faire appel aux membres pour une cotisation solidaire. Plusieurs subventions soutiennent le café, provenant des services culture et droit des femmes de la ville. Un crowdfunding est venu compléter tout ça. Cela a permis d’embaucher plusieurs jeunes en services civiques, qui aident à maintenir une permanence plus régulière.

Un défilé en septembre

Maintenant, Dorianne fabrique chaque jour de nouvelles pièces vendues au bénéfice de l’endroit. Elle crée les modèles sous les conseils de Sarah, une jeune femme fréquentant aussi le lieu. Des pièces sont réalisées par Alpha, un jeune guinéen couturier qui ajoute du wax aux tricots. Un défilé de la collection est prévu pour fêter les deux ans du lieu en septembre 2020.

Dorianne et Sarah

 Le projet parle en dehors des frontières de Fives. Deux artistes femmes sont marraines du lieux, la comédienne Corinne Masiero et la chanteuse Sapho. La fondatrice a même reçu l’appel d’un groupe d’habitantes d’Aubervilliers pour demander conseil. Elles voudraient fonder leur propre lieu d’accueil.

Vous pouvez retrouver Chez Djouheur au 83 rue Pierre-Legrand à Fives et leur Instagram. Tous les événements sont sur leur Facebook.