La Condition Publique fait son come back avec deux expos sur les enjeux de notre société

Dans Culturons-nous

Cette oeuvre imposante représente les objets inutiles qu'on accumule.

Scroll par là

Elle nous avait manqué. La Condition Publique, haut lieu de la culture à Roubaix, est enfin de retour. Alors ok, on n’ira pas s’y déhancher lors du Name cette année, mais côté expo y a de quoi trouver son bonheur. On vous en propose même deux pour la modique somme de 5€ : Ibant Obscuri et Nouvelles Cartographies. Suivez le guide !

Ibant Obscuri, c’est le fruit du travail du Groupe A, une coopérative culturelle nordiste. Une dizaine d’artistes donnent leur propre vision sur la période actuelle de pandémie et les crises qui en découlent. En gros, le monde est en train de s’effondrer et a atteint un point de non retour. Un peu pessimiste vu comme ça. On vous rassure, les oeuvres sont plutôt ironiques et font sourire. En tant que spectateur, on ne peut que se remettre en question.

Quand on commence la visite, nos yeux sont forcément attirés par l’œuvre la plus imposante et la plus colorée. Une succession de structures lumineuses faites avec des matériaux de consommation de masse en plastique. C’est signé Grégory Grincourt. Le Calaisien reprend l’idée de l’objet design, industriel, très esthétique qu’on peut acheter chez Ikéa. Il dénonce en fait notre manie d’acheter des objets polluants qui nous sont absolument inutiles.

Un peu plus loin, on en prend encore plein les mirettes, et aussi plein les tympans.Visiblement préoccupé par l’accumulation d’objets polluants, le même artiste est l’auteur de quatre sculptures sonores représentant des masques africains. Sauf qu’elles ne sont pas faites à base de bois, mais avec des carcasses de voitures. Un clin d’oeil aux locaux qui utilisent parfois des pièces de voitures pour fabriquer leur maison.

Ces masques africains ont été fabriqués à partir de pièces de voiture.

Moins volumineux mais tout aussi impressionnant de part la finesse de son trait. Le travail de Baptiste César est un juste milieu entre cru et humour. Atteint du Covid, il a hyper mal vécu sa période de confinement. Et on le comprend un peu… Se retrouver dans un 15 m2 parisien sans matériel de création, ça doit rendre fou. Pris d’une frénésie créative, il a réalisé des autoportraits avec sa représentation de la maladie. Toutes ses créations sont une sorte de journal intime de confinement.

Baptiste César a eu le Covid et a laissé exprimé sa fibre artistique pendant son confinement.

Il a aussi fait une série de rhums arrangés. Sur les étiquettes : des animaux susceptibles de transmettre des maladies à l’Homme. Genre la chauve-souris ou le pangolin. On vous avait prévenu, c’est très second degré. Les breuvages sont encore en macération. L’attente de pouvoir ouvrir la bouteille s’apparente à notre impatience de retrouver notre vie sociale quand les bars sont fermés.

Une série de rhums de confinement.

En sortant, on va dans le bâtiment d’en face, direction la verrière où se trouve l’expo des Nouvelles Cartographies. C’est le résultat d’un think tank mené par le Labo148, le projet média de la CP qui rassemble des jeunes de 15 à 30 ans, en partenariat avec l’ESJ Lille. Pendant le confinement, ils ont raconté le monde, pas toujours rose, en étant accompagnés par des journalistes. Ils se sont questionnés et ont échangé sur les frontières, les origines, la migration.

Le spectateur suit un petit parcours à travers des maisons bleues, ponctué de petites animations visuelles ou sonores, des poèmes, des interviews… Les formats varient au fur et à mesure de la visite, ce qui rend le tout très ludique. Autour de l’expo, on a droit à une pluie de clichés artistiques et journalistiques. Un mur est par exemple consacré à des photos de migrants vivant dans la jungle de Calais.

Un photoreportage sur la jungle de Calais.

Une des maisons qu’on a kiffé, c’est celle consacrée aux ex-voto d’Amérique du Sud. Les illus sont vraiment canons. Elles représentent des offrandes servant à remercier un dieu pour la réalisation d’un voeu.

La maison des ex-voto.

Bref, on vous recommande de venir voir tout ça de plus près. Ce sera l’occas’ de constater à quel point la Condition Publique s’est refait une beauté après ces longs travaux, qui seront totalement terminés fin octobre.

La deuxième expo est gratos. La première coûte 5 €, 2 € pour les moins de 26 ans et demandeurs d’emploi. L’entrée se fait au 14 place Faidherbe et vous pouvez vous y rendre en tram ou métro grâce à l’arrêt Eurotéléport. C’est open du mercredi au dimanche de 13 à 19 heures. On n’oublie pas son masque, on nettoie ses papoutes avec le gel à disposition et on suit bien le sens de circulation.