[Flashback] Enrhumé, Mozart a passé un mois à Lille avec sa famille

Dans Flashback, Lille
Scroll par là

On vous parle ici d’un temps où un rhume était une affaire sérieuse. En 1765, Wolfgang Amadeus Mozart et sa famille, alors en tournée européenne, ont passé un mois à Lille. Ils ne devaient qu’y passer en allant à Gand, mais Wolfie, neuf ans, a pris froid.

Remettons les choses dans leur contexte. En 1756 nait Wolfgang Amadeus Mozart à Salzbourg. Son père, Léopold, est musicien, compositeur et pédagogue (prof de violon, quoi). Il est le dernier d’une fratrie de sept, mais seul lui et sa soeur Maria Anna (Nannerl pour les intimes), de deux ans son aînée, survivent à ces temps d’absence de règles en matière sanitaire. Dès ses trois ans, son père voit clair dans son jeu : le petit est clairement surdoué haut potentiel, il a l’oreille absolue et la mémoire absolue. Comprenez qu’il peut reproduire à la perfection n’importe quelle mélodie, quelle que soit sa difficulté, après l’avoir entendue une seule fois.

A trois ans, normalement, on apprend doucement à vivre sans couche culotte. Lui met des fessées à des musicien.ne.s professionnel.le.s. Il apprend le clavecin et le violon, et compose ses premières œuvres à six ans. Voilà, le petit met des complexes à tous les musicos d’Autriche. Léopold, son père, comprend qu’il y a un truc à faire avec ce petit prodige. D’autant que sa soeur Nannerl se défend aussi. En 1763, Wolfie a sept ans, Nannerl neuf, et son paternel décide de les emmener, avec leur mère Maria Anna, dans une tournée européenne en mode super star.

L’hôtel Bellevue garde des traces du passage du prodige.

Les yeux fermés

Bon, en vrai, le tour est totalement improvisé, les Mozart se déplacent en calèche de capitale en capitale sans prévenir de leur arrivée, sans décider d’un itinéraire, et sans réserver quoi que ce soit avant. N’empêche qu’ils sont accueillis partout à bras ouverts. Il n’est pas vraiment commun de voir un gamin jouer des compositions complexes les yeux bandés, la tète en arrière… Wolfie joue devant des rois, des empereurs, une tripotée de nobles de toutes nationalités… Les concerts donnés permettent de financer le voyage.

Après la Rhénanie, les Pays-Bas autrichiens, Louvain, Bruxelles et Paris, Léopold décide d’emmener sa petite famille à Londres. On est le 10 avril 1764, et les quatre Mozart embarquent pour une traversée mouvementée. Léopold rapporte dans ses écrits que ses deux enfants souffrent d’un sacré mal de mer. On ne sait pas si c’est la traversée qui les traumatise au point de remettre au plus loin possible le voyage retour, mais ils restent plus d’un an à Londres. Ils font la route inverse en juillet 1765.

Dr Merlin à la rescousse

Là, ils passent quelques jours à Calais, puis vont à Dunkerque. Le chevalier de Mézières, maréchal de camp, lui conseille se rendre à Lille. Ils y débarque le 5 août. “Nous y avons découvert une ville bien construite, très peuplée, avec un commerce assez important, et nous avons vu, à l’occasion du passage du duc de Choiseul, le 5e régiment faire ses exercices et de belles manœuvres“, raconte Léopold dans sa Correspondance familiale. Lille aurait dû être une courte étape avant d’aller à Gand pour donner quelques concerts, mais voilà, Wolfie tombe malade. Difficile de trouver des détails sur son “rhume” qui le cloue tout de même au lit pendant un bon moment. Il se fait soigner par le Dr Merlin, pour la petite histoire.

Les Mozart sont “logés chez M.Cousin, à l’hôtel de Bourbon, à la Grand-Place la Nouvelle-Aventure“, précise encore Léopold. Comprenez que la famille occupe une chambre dans ce qui est aujourd’hui l’hôtel Bellevue, sur la Grand-Place de Lille (et non à Wazemmes, du coup). Mozart fils cloué au pieu, les parents et sa soeur en profitent pour faire un peu de tourisme. Ils visitent la ville, vont à la guinguette de la Nouvelle-Aventure (dont on vous raconte la folle histoire ici), squattent aussi un autre haut lieu de la chouille de l’époque, un bar cabaret appelé La Redoute (tiens donc), sur les bord de Deûle côté esplanade, où des musiciens de passage viennent s’ambiancer à coup de clavecin endiablé.

Léopold aussi

Les Mozart en profitent aussi pour rencontrer les confrères lillois : le hautboïste Delcambre, le violoniste Pierre-Noël Voyez, et le violoncelliste Bordery ont tous l’honneur de partager des moments avec l’illustre famille autrichienne. Wolfie se remet, mais comme tout bon enfant, il a refilé son rhume à l’un de ses parents. En l’occurence, c’est Léopold qui va à son tour se mettre au plumard quelques jours, et à son fils de faire du tourisme. Tout ça dure un mois.

Le 4 septembre 1765, tout le monde est remis de ses émotions, et il est temps de retourner au travail. La parenthèse lilloise de la famille Mozart se ferme : elle se remet en route pour Gand, la destination de départ. La tournée européenne de Mozart s’achèvera l’année suivante en 1766. Il aura visité vingt-cinq capitales en un peu plus de trois ans. La suite de son histoire, on la connaît.

Pour les besoins de cet article, on s’est appuyés sur plusieurs sources :

  • Article “Le jour ou… Mozart s’enrhume à Lille” de Jean-Marc Petit paru dans le hors série Le jour où… 33 histoires étonnantes du Nord et de Nordistes aux éditions La Voix.
  • Un autre article de La Voix du Nord : Comment une angine avait conduit le jeune Mozart à vivre un mois à Lille
  • La Revue du Nord n°442 – Une tournée de musiciens au XVIIIe siècle. La famille Mozart en Europe du Nord-Ouest (1763-1766)
  • Un petit peu de Wikipédia pour les grandes dates de la vie de Wolfie
  • Un grand merci à l’hôtel Bellevue qui a bien voulu nous montrer les deux affiches racontant cette aventure