Dans le Vieux-Lille, Choroni sert ses bons plats latinos pleins de chaleur

Dans Food Porn, Lille
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En vrai, c’est un resto qui a ouvert en 2019. Mais vous savez ce qu’il s’est passé. Si bien qu’en vrai, Cheo a l’impression de n’avoir ouvert qu’en septembre 2021. Le Vénézuélien, arrivé en France il y a huit ans, a créé un monde à son image : chaleureux, généreux, gourmand, et festif.

De la toile de jute et du bois, pas mal de verdure, des couleurs chaudes et vives : c’est Choroni, ouvert rue Saint-Sébastien, au bout de la rue Saint-André. Derrière le comptoir et en cuisine, José Mendieta, ou plutôt Cheo. “Comme le Che, mais avec un o.” Il porte un sourire constant et des yeux doux, il ne parle que de partage et de bons moments passés ensemble. “Je veux qu’on rentre ici en se disant qu’on entre un peu chez quelqu’un. Vous n’arrivez pas dans un restaurant, vous êtes ici chez moi, à la maison.” Et on est clairement les bienvenu.e.s.

Quand on est venu une première fois pour le rencontrer, Cheo nous a proposé une caïpirinha, le cocktail signature de la maison. Comme il était 18 heures, on a décliné, promettant de revenir une prochaine fois. En attendant, on a discuté de la vie de Cheo. “J’étais infirmier au Venezuela, raconte-il. Et j’ai dû partir pour raisons politiques.

En fait, opposant au régime (qui est une dictature), il voit tous les jours la misère se creuser. Il tient alors une petite entreprise de soins à domicile, où les gens paient ce qu’ils peuvent. “Je pensais qu’à la mort de Chavez, les choses allaient changer. Mais c’était toujours la même chose. Alors j’ai quitté le pays.” Et a tout perdu au passage. “Mes comptes en banque on été gelés. C’est une dictature, et on ne peut pas sortir de l’argent du pays.

Première version

Arrivé en France, il se rappelle qu’un Français qu’il avait rencontré au Venezuela lui avait parlé de Lille. “Je suis monté de Paris, et je m’y suis installé. Il ne m’avait rien dit sur le manque de soleil“, plaisante-il. Cheo travaille alors dans des bars lillois, et dans le même temps, fédère les expatrié.e.s vénézuélien.ne.s dans la lutte contre le pouvoir.

Et puis Cheo aime cuisinier, beaucoup. “Au début, je faisais des plats à emporter depuis chez moi, pour mes ami·e·s.” En 2019, un fond de commerce se libère rue Saint-Sébastien. “Ce n’était vraiment pas cher. Il y avait vraiment beaucoup de travail, mais je me suis dit que j’avais l’énergie pour le faire.” Il se remonte les manches, rassemble les ami·e·s, et ouvre une première version de Choroni fin 2019. “Je n’étais pas tout à fait satisfait de ce que j’avais fait. Ce n’était pas vraiment fini pour moi.

Au lieu de se laisser abattre par les confinements successifs de 2020, il en fait une occasion de fignoler son restaurant. “On a tout fait nous mêmes, avec de la récup’ et beaucoup de travail.” Le résultat ? Un cadre parfaitement accueillant, très chaleureux et joyeux. On s’y sent bien à peine entré. Ça, c’était pour notre première visite. Et on a attendu d’y retourner. Parce que Cheo ne voulait pas qu’on écrive un article sans avoir goûté ses plats. “C’est important de goûter, avait-il insisté. On se concentre vraiment sur le goût.” Alors on est revenu.

Peau de banane et viande savoureuse

Et on a gouté ! Des empanadas vénézuéliennes frites, des empanadas chiliennes cuites au four, végé et carnées, des caïpirinha fameuses, de la Moulins d’Ascq triple et blonde (on est dans le Nord, quand même), des mojitos et des virgin mojitos… et des quesadillas à se damner. Une viande (poulet ou bœuf) démentielle pour les carnistes. De la peau de banane effilochée et cuite comme de la viande totalement décadente pour les végétarien·ne·s (ne passez pas à côté).

Du rhum, du mezcal et de la tequila de premier choix (on précise qu’on était six pour cette soirée, et qu’on était là avec notre pote modération et qu’on a payé l’addition).

Cheo propose des tapas en entrée, et trois plats qui tournent régulièrement. Les vendredis et samedis soirs, le resto se transforme en fiesta une fois les assiettes léchées et débarrassées. Et le dimanche midi, un brunch gargantuesque est organisé. “On s’adapte beaucoup aux demandes“, raconte Cheo.

Souvent, des Colombien·ne·s, des Argentin·e·s ou des Chilien·ne·s lui demandent s’il est possible de faire un plat du pays qui leur manque. Cheo demande la recette et s’exécute. “J’ai fait la soupe de la mère d’une cliente, un jour, s’amuse-t-il. La nourriture doit toucher. S’il n’y a pas ce “huumm” quand ont goûte, s’il n’y a pas cette magie, c’est raté.” Et on confirme que c’était magique.

Choroni habite 42, rue Saint-Sébastien, dans le Vieux-Lille. Le resto a une page Facebook et un compte Insta.