Nebuleuz, la street-artist roubaisienne qui colle son militantisme et son humour à même les murs

Dans Ch'est bieau, Dans la rue, Lille
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Du quartier du Pile de Roubaix à la Grand-Place de Lille, les collages de Nebuleuz donnent à réfléchir, à rire et à contempler. Cette trentenaire essaime ses convictions et son amour du second degré à travers le street-art, “en amatrice” comme elle le revendique. On l’a rencontrée pour découvrir qui se cachait derrière ces collages qu’on croise tous les jours sur notre chemin.

Petites bottines noires, cheveux relevés, ongles vernis et jolies boucles dorées aux oreilles. Quand on rejoint Nebuleuz juste à côté d’un de ses collages ce matin de novembre, elle a tout d’une véritable working girl. Normal, elle a juste une heure à nous accorder avant de repartir bosser. Dans un bureau.

Personne ne peut imaginer en la croisant dans la rue que cette Roubaisienne de 35 ans troque son costume de ville pour enfiler son jogging le soir venu. Pas pour se vautrer dans le canap’ mais pour aller certains soirs coller avec d’autres potes des dessins, de la vieille vaisselle ou encore des mini-vulves en plâtre. “Ça fait longtemps que je crée pour moi pour le plaisir, commence-t-elle. Mon crédo, c’est l’upcycling parce que je suis foncièrement écolo, et le second degré pour faire passer des messages.”

Elle nous montre par exemple ces vieilles assiettes qu’elle a collées dans le centre de Lille avec des phrases pleines de stéréotypes qu’elle démonte avec humour. Parfois, les messages sont simplement poétiques, d’autres fois beaucoup plus politiques. Et quand ce ne sont pas les mots, c’est l’image qu’elle colle qui incarne son message. “Ces femmes voilées bodybuildées par exemple, c’est une manière pour moi de déconstruire les idées reçues.”

Mon premier souvenir de street-art, ça devait être quand j’avais 15 ans : je me balade et je vois sur un mur blanc de Roubaix quelqu’un qui y a inscrit ‘Mur blanc = peuple muet’. Ça m’a énormément marqué.”

Près de vingt ans après, c’est toujours le cas et c’est d’ailleurs ce qui a motivé sa première déambulation de collages dans son quartier pendant la période de couvre-feu. “Le Covid, ça m’a remis dans la créativité direct. Mais j’avais un tel besoin de rencontrer des gens et de me réapproprier ces rues qu’on ne pouvait plus arpenter. Le street-art m’a permis de faire les deux.

Equité et rencontres

Elle peint, elle créé. Et puis un dimanche où elle s’ennuie particulièrement, elle tombe sur de vieux moules en silicone en forme de cœur et de vulve, vestiges d’un ancien EVJF. Elle y verse du plâtre, peint ce qui en ressort et la voila qui enfile son plus beau jogging pour arpenter son quartier. “Le premier graff de n’importe lequel d’entre nous, ne cherchez pas : c’est un pénis. Et comme je suis pour l’équité, j’ai décidé qu’à chaque fois que j’en croisais un désormais, je collerai une petite ‘schnek’ à côté“, sourit malicieusement la jeune femme.

Elle continue de coller avec des copines, inscrit des “(se) battre” dans ses cœurs rouges sang. “Et puis il y a Insta et toutes les super rencontres que tu peux y faire.” Très vite, elle entretient pas mal de conversations virtuelles avec d’autres artistes amateurs et amatrices en street-art. Quand elle se lance dans une grande oeuvre au Couvent de Roubaix cet été, elle les appelle à la rescousse et ils viennent tout de suite. “C’était génial ! Intense, dur. Mais vraiment génial.”

Maintenant, c’est avec eux qu’elle part coller de nuit dans la métropole. “Certains sont des darons qui ramènent leur fille de 10 ans, c’est trop bien. On a une vraie part d’audace dans notre démarche et aucun.e d’entre nous n’a envie de se faire un nom et de devenir pro. On fait ça comme un hobbie et on se fiche d’être toyés (recouverts) ou abîmés. En revanche, on fait gaffe de ne pas coller n’importe où.

Voilà déjà plus d’une heure qu’on discute avec Nebuleuz. Il faut qu’elle file, son taf l’attend. Vite, on part devant quelques uns de ses collages pour les photos. C’est aussi l’ultime occasion de lui demander : pourquoi Nebuleuz ? “Ah, c’est simple : c’est mon pseudo un peu partout depuis que je suis gamine. J’adore l’infiniment grand et l’astronomie. Et puis j’ai l’impression que ça décrit bien aussi ma façon de créer.” Sans aucune limite.