Après Roubaix, les trottinettes en libre-service pourraient-elles aussi arriver à Lille ?

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Depuis septembre dernier, Roubaix est la première ville de la métropole lilloise à expérimenter les trottinettes et vélos électriques en libre-service de l’opérateur Tier. Le but pour ce dernier : essaimer dans d’autres villes du coin dont Lille, forcément. Sauf qu’en 2019, la capitale des Flandres a fait voter une délibération pour cadrer drastiquement l’arrivée de ces services de free-floating. Trois ans plus tard, où est-on ?

La première expérience de Lille en matière de transports en libre-service (free-floating) a été, disons, un brin traumatisante. C’était fin 2017 et les Lillois.es s’en rappellent encore : quelques 400 vélos vert-pomme de l’entreprise Gobee Bike débarquaient en ville avec la promesse d’un transport facile avec des bécanes géolocalisables via une app’ et sans bornes. Sauf que quelques semaines avaient suffit à en voir un paquet au fond de la Deûle quand d’autres vélos étaient abandonnés sans roues ou sans selle dans la rue.

Début janvier 2018, l’expérience était déjà finie et Gobee Bike repartait aussi vite qu’il était venu. Sauf que la mairie de Lille n’a, à l’époque, pas vraiment apprécié n’avoir aucun contrôle sur la situation. Car légalement, la société a pu s’implanter à Lille sans la prévenir.

Cadre électrique

Et alors que la tendance des trottinettes en libre-service commençait à fleurir dans d’autres villes françaises et européennes, le conseil municipal lillois a voulu prendre les devants cette fois-ci. Comment ? En instaurant “un cadre” et parer à toute éventuelle implantation “sauvage” d’une nouvelle société de mobilité en free-floating. Voilà comment est votée en 2019 une délibération qui oblige ces sociétés à respecter un certain nombre de règles, à déclarer leurs véhicules mais aussi à payer une redevance à la ville de 11€ par véhicule et par an. Forcément, ça calme.

Au moins, le message aux opérateurs est passé : on ne débarque pas à Lille comme des cow-boys“, appuie Jacques Richir, adjoint à la mobilité et à l’espace public. Ce dernier confie que, même après cette délibération, différentes sociétés sont régulièrement venues toquer à la porte de la mairie pour la démarcher. “Ce qui est normal, on est une ville jeune et urbaine.” Mais aucune n’a donc encore réussi à s’implanter. “On n’est pas contre ce nouveau mode déplacement mais il va nous falloir de sacrées garanties et un dossier très solide“, ajoute l’adjoint au maire.

L’expérience roubaisienne

L’expérience roubaisienne pourrait-t-elle changer la donne à Lille ? “Bien-sûr on regarde ce qui se passe en ce moment à Roubaix, note Jacques Richir. On regarde aussi dans les autres grandes villes de France, on se tient au courant sur la question.” L’adjoint admet qu’en quelques années, les évolutions sur les trottinettes électriques (qui peuvent être bridées par exemple) lui font penser qu’il y a du mieux. Pareil au niveau du comportement de ceux et celles qui utilisent ce mode déplacement. De là à se montrer enthousiaste à l’arrivée d’un tel service à Lille, il semble y avoir encore un assez grand pas que l’adjoint ne semble pas pressé de franchir.

C’est très bien que Roubaix expérimente. Mais l’espace public lillois est différent du roubaisien“, argue l’élu. Il avance le fait que “60% des déplacements à Lille se font à pied“, que l’espace public lillois est déjà bien saturé, qu’il faudrait des milliers de trottinettes pour mailler le territoire lillois et que la priorité pour la ville, en ce moment, c’est plutôt le vélo. “Il y a clairement eu un boom de la pratique du vélo et on a déjà 118 bornes de V’Lille, plus quatre nouvelles en 2022 : on préfère se focaliser sur ce mode de déplacement en travaillant sur les franchissements à risque en deux-roues, par exemple.”

Mais une nouvelle fois, l’élu ne ferme pas entièrement la porte aux trottinettes électriques en libre-service : “Pourquoi pas à terme avec un dossier solide sur lequel on sera très regardants“.

Du côté de l’opérateur

Sauf que voilà : même si l’expérimentation roubaisienne avec Tier affiche de bons résultats d’ici septembre 2022, il faudra bien que l’opérateur essaime dans d’autres villes de la métropole pour entrer dans ses frais. Lors du bilan du premier trimestre, Tier annonçait avoir investi 1,5 million d’euros pour cette expérimentation sur un an. Le but est donc d’aller convaincre les autres villes autour et Lille, bien entendu.

On n’est pas entrés directement en contact avec la ville de Lille mais avec la Métropole Européenne de Lille (MEL) qui a en charge les mobilités, indique François-Xavier Giraud, manager Tier à Bruxelles et Roubaix. On se montre très transparent sur ce qui se passe en ce moment à Roubaix. C’est le meilleur moyen de convaincre les villes autour comme Croix, Hem mais aussi Tourcoing et Villeneuve-d’Ascq. Ce qui serait déjà bien pour nous, niveau stabilité financière.” (Pour en savoir plus sur l’avis des villes voisines de Roubaix, on vous conseille cet article de La Voix du Nord.)

Lille entre aussi dans l’équation et même si elle se montre encore réticente, le responsable roubaisien de Tier préfère se concentrer sur son maillage à l’est de la métropole pour l’instant. “Si on arrive à avoir un bon maillage de côté là, on se dit que les Lillois·es demanderont à avoir accès à ce même service“, conclut François-Xavier Giraud.

Pour résumer : des trottinettes à Roubaix et peut-être ailleurs dans la métropole mais pas forcément tout de suite à Lille.