[Flashback] La battle entre Lydéric et Phinaert à l’origine de la fondation de Lille

Dans Flashback, Lille
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Rome a Rémus et Romu­lus comme fon­da­teurs. Lille a Lydé­ric et Phi­naert. Eux ne sont pas des fran­gins qui s’en­tre­tuent mais (atten­tion spoi­ler) l’un a quand même tué l’autre à la fin. Ça y’est, on a titillé votre curio­si­té ? La légende de la fon­da­tion de Lille aurait pu faire un épi­sode de Game of Thrones, et on vous le prouve en vous la racon­tant à la sauce Vozer : 

Oyez ! Oyez ! Bien­ve­nue en l’an de grâce 620 dans notre bonne vieille France. La légende de la fon­da­tion de Lille com­mence à… Dijon. On vous explique : à cette époque, Sal­vaert est un prince bour­gui­gnon de Dijon qui a des petits sou­cis chez lui. Pro­blème d’argent ? d’au­to­ri­té ? de reli­gion ? On n’en sait pas grand chose. Ce dont on est cer­tain, c’est que ce ne sont pas des pro­blèmes conju­gaux puisque Sal­vaert décide de par­tir se réfu­gier en Angle­terre en embar­quant sa femme Ermen­gaert enceinte.

Sur leur route, ils passent par le pays de Bucq (ou Buc selon l’en­vie) au Nord. C’est un petit coin assez cham­pêtre mais qui appar­tient à un sei­gneur local pas très com­mode qui répond au doux nom de Phi­neart.

Bucq-sur-Deûle

Phi­naert, c’est donc le boss des lieux qui a une répu­ta­tion d’homme cruel et dont le repaire se situe au châ­teau de Bucq sur les bords de la Deûle. Un châ­teau sur une motte féo­dale près de la Deûle ? Oui, nous sommes bien à l’en­droit pré­cis où se trouve la cathé­drale de la Treille aujourd’­hui.

Reve­nons-en à nos Bour­gui­gnons qui arrivent de Dijon. Leur GPS de l’é­poque leur dit que le che­min le plus court pour arri­ver en Angle­terre avant le tea time, c’est par le Bois de Sans-Mer­cy. Ce nom n’est pas don­né comme ça pour la rigo­lade : les lieux sont connus pour être sinistres et être le théâtre d’une foule d’a­gres­sions com­mises par le sei­gneur Phi­naert.

Mais bon, avec une femme enceinte dans l’es­corte, mieux vaut ne pas traî­ner et tout le monde entre dans le bois en tra­çant sa route. Sauf que Phi­naert a encore une fois pré­vu une embus­cade dans son endroit favo­ri et ses bri­gands attaquent nos Bour­gui­gnons de pas­sage.

 

 

Le passage sanglant

Là, on passe en mode Game of Thrones : c’est un mas­sacre. Aucune pitié pour Sal­vaert et ses hommes, seule Ermen­gaert par­vient par miracle à s’ex­traire de la bagarre. Cachée par un (ou des) arbre(s), elle échappe au regard des hommes de Phi­naert et toutes ces émo­tions fortes aidant, elle met au monde son enfant toute seule : it’s a boy !

 

 

Mais pas le temps de s’ex­ta­sier sur les petits pieds pote­lés de son nour­ris­son, Ermen­gaert le sait, elle ne doit pas traî­ner dans les parages puisque les bri­gands sont désor­mais à sa recherche et fouillent tous les bos­quets.

Même avec son côté won­der­wo­man, la jeune maman sait qu’elle n’a pas de grandes chances de leur échap­per. Elle aban­donne et cache alors son bébé avant de se rendre elle-même aux hommes de Phi­naert.

Erman­gaert est empri­son­née par le sei­gneur local pen­dant que son enfant attend tran­quillou dans le bois de Sans-Mer­cy. Il est fina­le­ment recueilli par Lydé­ric, un ermite du coin, qui lui donne son nom et chope une biche pour faire téter du lait au petit.

Twenty years later…

Nous sommes main­te­nant en 640, Lydé­ric Junior a bien gran­di (de vingt ans envi­ron si nos cal­culs sont bons). Son père adop­tif l’a éle­vé comme il faut et l’a même envoyé en Angle­terre pour par­faire son édu­ca­tion de gent­le­men. Lydé­ric Jr est donc un che­va­lier on ne peut plus habile, ce qui va bien lui ser­vir une fois que l’er­mite lui a dévoi­lé l’his­toire de sa nais­sance et de ses parents.

 

 

Là, les ori­gines dijon­naises du jeune homme reviennent et la mou­tarde lui monte au nez. Il saute sur son che­val pour aller défier le meur­trier de son père et le geô­lier de sa mère. Sauf qu’à l’é­poque, si on veut faire les choses bien et deman­der un duel judi­ciaire (on vous l’a­vait dit que ça res­sem­blait à GOT toute cette his­toire), il faut que le roi de France soit au cou­rant et donne son accord.

Le monarque écoute atten­ti­ve­ment l’his­toire de Lydé­ric Jr et accepte sa pro­po­si­tion de duel : le ren­dez-vous est fixé sur le Pont-de-Fins à Lille (il se situait juste ) le 15 juin 640 en pré­sence du roi. Lydé­ric et Phi­naert se livrent un com­bat sans mer­ci mais comme il y a une jus­tice dans ce monde de légendes, c’est Lydé­ric qui l’emporte et Phi­naert qui tré­passe.

 

 

Ermen­gaert est logi­que­ment libé­rée après 20 ans de cap­ti­vi­té. Le fils a ven­gé son père et prend la place de l’as­sas­sin en deve­nant le nou­veau sei­gneur de Bucq. Pour ajou­ter un peu au pres­tige, le roi de France le nomme Grand Fores­tier et lui confie l’ad­mi­nis­tra­tion de toute la Flandre.

En bon sei­gneur et pre­mier comte de Flandre, Lydé­ric fera pros­pé­rer son fief et de nom­breux habi­tants vien­dront s’ins­tal­ler autour de son châ­teau à côté de la Deûle. Et voi­là com­ment une ville naît. En tout cas, c’est comme ça que la légende de la fon­da­tion de Lille est née.

A noter qu’on doit cette his­toire légen­daire non pas à des fouilles his­to­riques mais à deux Bru­geois, Antoine de Rovere et Jacques Van Mal­en qui la rédi­gèrent en 1481.