[Flashback] Il y a 100 ans, Louise de Bettignies, la James Bond girl du Nord, mourait en Allemagne

Dans Culturons-nous, Flashback, Lille
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Cer­tains la sur­nomment volon­tiers la “Jeanne d’Arc du Nord” mais chez Vozer on aurait plu­tôt ten­dance à la com­pa­rer à un com­bo Mary Poppins/Lara Croft/James Bond. On ne vous parle pas d’une nou­velle héroïne Mar­vel mais bien de Louise de Bet­ti­gnies, cette femme résis­tante du Nord morte il y a 100 ans jour pour jour dans une pri­son alle­mande. On vous raconte sa vie. A la Sauce Vozer, cela va sans dire. 

Nous sommes en 1880, à Saint-Amand-les-Eaux, pas très loin de Valen­ciennes. C’est en plein été, le 15 juillet, que Louise pousse son pre­mier cri. La petite ch’­tie est le 7e enfant d’Hen­ri-Maxi­mi­lien de Bet­ti­gnies et de Julienne-Marie Mabille de Pon­che­ville qui en feront deux autres après elle.

A voir les patro­nymes, on pour­rait pen­ser que la famille de Louise est car­ré­ment aisée. Sauf que tout comme l’ha­bit ne fait pas le moine, le nom ne fait pas la for­tune (si, si, on vous jure). Les parents de Lou­lou qui sont dans la faïence connaissent quelques dif­fi­cul­tés finan­cières pen­dant son enfance.

Ras­su­rez-vous, rien de bien méchant. Pas de quoi en tout cas empê­cher notre Louise d’al­ler étu­dier à Valen­ciennes chez les sœurs comme le sou­haite sa famille très catho­lique.

Erasmus +

En 1895, toute la petite famille débarque à Lille pour y emmé­na­ger. Trois ans après, Louise a 18 ans et a, comme tous les jeunes, des envies de par­tir en Eras­mus (#FailleS­pa­tio­Tem­po­relle). Elle tra­verse donc la Manche (en bateau, pas en Euros­tar, faut pas abu­ser) et arrive chez les Bri­tish pour étu­dier. Elle enchaîne les grandes écoles tout en s’im­pré­gnant de la condi­tion fémi­nine des Anglaises qui est plus en avance que celles des Fran­çaises.

En 1903, she’s back in France. Mal­heu­reu­se­ment, c’est pour enter­rer son père. Elle fini­ra ses études en lettres à Lille 3 l’U­ni­ver­si­té de Lille avec une maî­trise par­faite de l’an­glais (of course) et de bonnes bases en alle­mand et en ita­lien (genre niveau B2).

Fina­le­ment, en 1906, elle devient non pas tra­duc­trice mais pré­cep­trice auprès de grandes familles euro­péennes. Une sorte de Mary Pop­pins avec cours à domi­cile en bonus. Milan, Vienne, la Bavière… Louise devient une globe-trot­teuse de l’é­du­ca­tion. Peu avant 1914, on lui pro­pose même de deve­nir la pré­cep­trice des enfants de Fran­çois-Fer­di­nand, aka l’ar­chi­duc héri­tier autri­chien.

Louise peut peser dans le game des profs mais elle refuse : accep­ter ce job, c’est aus­si renon­cer à la natio­na­li­té fran­çaise. Et ça, ça ne passe pas pour la Lil­loise patriote qui pré­fère reve­nir au ber­cail et s’ins­tal­ler dans la mai­son d’un de ses fran­gins à Wis­sant. Alors qu’elle pro­fite de ses vacances d’é­té sur la côte d’O­pale, la Pre­mière Guerre mon­diale éclate.

My name is Dubois, Alice Dubois

Fin août, on aper­çoit déjà des patrouilles alle­mandes près de Lille. C’est un peu la panique mais Louise revient quand même dans la capi­tale des Flandres et loge en coloc’ avec sa sœur Ger­maine. Octobre arrive et le siège de Lille com­mence. Clai­re­ment, les Lil­lois résistent comme ils peuvent avec leur petit canon mais c’est com­pli­qué.

De son côté, Louise ne reste pas dans son canap’ sous son plaid en atten­dant que ça passe. Non, elle sort sous les bom­bar­de­ments pour assu­rer le ravi­taillent des sol­dats fran­çais… qui n’ar­rivent pas à stop­per les Alle­mands.

Lille passe offi­ciel­le­ment à l’heure alle­mande. Genre vrai­ment. Lille est main­te­nant sur le fuseau horaire de Ber­lin et non plus de Paname. La ville est occu­pée et la vie devient de plus en plus dure pour les habi­tants. Louise n’hé­site pas long­temps et intègre très vite la résis­tance. Grâce à son C.V. bien char­gé en langues étran­gères, elle est repé­rée par les Anglais qui la forment à l’art sub­til de l’es­pion­nage à Douvres. De retour, à Lille, elle ne s’ap­pelle plus Louise de Bet­ti­gnies mais Alice Dubois. Et elle va car­ré­ment mon­ter un réseau d’es­pion­nage avec sa pote Léo­nie Van­houtte depuis son appart’. Nom de code du réseau ? Ramble.

Elle va ren­sei­gner les alliés sur les dépla­ce­ments de troupes alle­mandes mais sur­tout sur les arri­vées et départs de trains dans la métro­pole lil­loise. Une fois tous les ren­sei­gne­ments récol­tés, Louise Alice tra­verse les lignes enne­mies pour aller jus­qu’aux Pays-Bas, neutres. Pour­quoi ? Parce que c’est là que se trou­vait l’an­tenne des ser­vices secrets bri­tan­niques. Son petit-fils raconte même qu’elle cachait des mes­sages codés écrits au jus de citron sous son jupon alors qu’elle tra­ver­sait, style de rien, les lignes enne­mies. Badass, oui c’est le mot.

Fin de Tournai

Alice est quand même à la tête d’un réseau de 40 per­sonnes, enchaîne les allers-retours aux Pays-Bas et per­met de sau­ver un bon nombre de vies humaines. Elle aurait même aler­té les Alliés sur une pos­sible attaque des Alle­mands à Ver­dun en 1916… Sauf que Louise ne pour­ra jamais balan­cer le “Je vous l’a­vais bien dit” aux auto­ri­tés. Le 20 octobre 1915, tout s’ar­rête, sur­tout elle. Alors qu’elle doit prendre un train, elle est arrê­tée au café du Canon d’or à Froyennes, près de Tour­nai.

Empri­son­née puis jugée, elle est condam­née à mort en mars 1916 en Bel­gique. Mais comme les Alle­mands ne veulent pas faire le même coup que les Anglais à Jeanne d’Arc et faire de la jeune femme une mar­tyre, ils com­muent sa peine en tra­vaux for­cés. Après Mary Pop­pins, Lara Croft et James Bond, là voi­là en mode Jean Val­jean près de Cologne.

Pas de cailloux à cas­ser là-bas mais des armes à fabri­quer pour l’ar­mée alle­mande. Alors là, pas ques­tion pour Louise. Aider l’en­ne­mi à tuer ses patriotes, et puis quoi encore ? Elle se rebelle et finit au cachot. C’est là-bas qu’elle mour­ra, à 38 ans, le 27 sep­tembre 1918. Tou­jours libre d’es­prit à défaut de l’être du corps.

Cent ans après la mort de Louise de Bet­ti­gnies, plu­sieurs céré­mo­nies sont pré­vues à Lille et ailleurs dans la région. Un timbre à son effi­gie doit sor­tir et sa mai­son natale de Saint-Amand doit deve­nir un centre consa­cré à l’émancipation des femmes d’i­ci 2020.

Sources : AFP et Wiki­pe­dia (d’où quelques emplois du condi­tion­nel)