[Flashback] La bande à Nulé ou le jour où le carnaval a dit “Faites la bande, pas la guerre !”

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La saison du carnaval est officiellement lancée ! Difficile aujourd’hui d’imaginer le Dunkerquois sans ses bandes et ses bals. Sauf qu’en 1991, la première Guerre du Golfe a eu raison des festivités carnavalesques. Sauf qu’il faut bien plus qu’un conflit mondial pour empêcher les carnavaleux de danser le Rigodon. Aujourd’hui, on vous invite à rentrer dans la bande à Nulé.

Petit contexte géopolitique d’il y a 28 ans : on sort de la Guerre froide mais c’est pour mieux retomber dans la Guerre du Golfe, première du nom. Pour vous la faire courte, Saddam Hussein, “président” de l’Irak à l’époque, lance une offensive vers son voisin le Koweït pendant l’été 1990. Les pays “occidentaux” ne sont clairement pas happy de la nouvelle, surtout les Etats-Unis. Ils se coalisent donc tous pour contrer cette invasion. Le 17 janvier 1991, les States lancent leur opé “Tempête du désert” avec leurs alliés… dont fait partie la France de Mitterrand.

Et qui dit France impliquée dans une guerre, dit plan Vigipirate activé (bah oui, il n’est plus tout jeune celui-là). Tous les rassemblements d’ampleur sont concernés par une potentielle suppression, dans la même veine que ce qui s’est passé pour la Braderie 2016 (#NeverAgain) après les attentats de Paris (#NeverAgain).

Rigodon Report

Le 25 janvier 1991, la décision est tombe : il n’y aura pas de carnaval de Dunkerque le mois prochain. Officiellement, les élus dunkerquois et les assos de carnavaleux n’annulent pas les réjouissances mais parlent de “report”, en attendant que la situation internationale se calme.

On s’est dit qu’il ne serait pas décent de faire la fête alors que nos soldats étaient dans le Golfe. L’Irak est loin de Dunkerque, mais on était en guerre !“, se souvient l’adjointe aux fêtes de l’époque dans un article de La Voix du Nord. Elle précise quand même que ça n’a pas empêché son mari de l’incendier copieusement. Mais tout le monde est d’accord pour dire que personne n’est heureux dans cette affaire à Dunkerque.

Il faut dire que la dernière fois qu’on avait “osé” annuler ou reporter un carnaval, c’était lors de la Seconde Guerre mondiale. Des souvenirs qui ne donnent franchement pas de quoi se consoler, surtout à Dunkerque.

Carnaval 1 – Guerre 0

Bon… On fait quoi du coup ? Le deal, c’est d’attendre que le conflit passe. Sauf que la patience n’est peut-être pas une vertu hyper répandue chez les carnavaleux qui n’arrivent pas à encaisser ce repos report forcé. Voilà février qui arrive, la déprime hivernale avec. Et même pas une petite bande pour se remonter le moral.

Mais le 3 février, de la musique se fait quand même entendre à Saint-Pol-sur-Mer… Non, vraiment, ce n’est pas par manque de respect, mais on ne peut tout simplement plus annuler un carnaval de Dunkerque. D’irréductibles carnavaleux se réunissent, comme happés par l’appel du carnaval. Au départ de la bande, ils sont 30 musiciens et quasi autant de carnavaleux. En les voyants passer devant chez eux, des habitants filent chercher leur attirail pour les rejoindre. Ils finiront la journée à 200.

Autant vous dire que le rendez-vous est déjà pris pour la semaine suivante, à Dunkerque. C’est la naissance des “bandes à Nulé” (+1 pour le jeu de mot génialissime). Celle de Dunkerque of course mais aussi de la Citadelle, de Rosendaël sous la neige, de Malo. Leurs slogans ? “Faites la bande, pas la guerre” ou encore “Guerre du Golfe annulée pour cause de carnaval“.

Le fait que rien ne soit vraiment organisé a donné lieu à des scènes rocambolesques de carnavaleux sur des remorques de camions, des chants inédits mais surtout une ambiance populaire que chacun a su savourer à sa juste valeur. Ce n’est pas qu’un carnaval organisé, c’est mieux. Mais un carnaval spontané (et interdit en soi) a forcément un charme particulier. Est-ce qu’on précise qu’il n’y a eu aucun incident ? Oui.

Pour couronner le tout, l’année 1991, qui était partie pour n’avoir aucun carnaval on vous le rappelle quand même, a fini par s’en faire deux. Parce qu’en fait, la fameuse Guerre du Golfe s’est terminée… fin février. Et comme on avait parlé de report et non d’annulation du carnaval, tout le monde carnavalesque a ressorti boas, perruques, fourrures et tutti quanti pour la bande officielle de Dunkerque le 7 avril. Et puis tant qu’on y est, on a prévu trois jours de bal au Kursaal. Cendrillon en aurait eu des ampoules aux pieds, les carnavaleux auraient pu continuer à danser le Rigodon jusqu’au carnaval de 1992.

Pour sourcer tout ça, on s’est appuyés sur les archives et les articles que la Voix du Nord a consacré au sujet au fil des ans.