Des vessies jusqu’au tribunal de Lille, itinéraire du glyphosate

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Le glyphosate, c’est le pesticide le plus utilisé en France. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) le considère “potentiellement cancérogène”. Le collectif Campagne Glyphosate milite à travers la France pour une agriculture sans pesticide. Il a permis à cinquante Lillois de constater la présence de glyphosate dans leurs urines. Ils ont porté plainte mercredi.

Tout commence à l’été 2017, en Occitanie, dans le département de l’Ariège. Des membres du collectif des Faucheurs se retrouvent face aux tribunaux, après avoir rendu invendables des bidons contenant du glyphosate impropres à la vente en les badigeonnant de peinture. À leur procès, ils ramènent leurs propres analyses d’urines et proposent même au juge d’en faire une pour lui montrer que “tout le monde est concerné”.

Dominique Masset, militant écologiste, végétarien et “consommateur de produits bio à 95%” nous raconte cette histoire. Peu après ce procès ont débuté les “péripéties du renouvellement” du glyphosate. Pour montrer donc le désaccord d’une partie de la société civile, Dominique Masset et ses camarades faucheurs généralisent le principe des analyses d’urines et lancent officiellement la Campagne Glyphosate en avril 2018.

L’objectif : Faire prendre conscience que nous en sommes tous infectés pour obtenir l’interdiction du glyphosate. Campagne Glyphosate compte sur les analyses scientifiques, suivies dans la grande majorité des cas de plaintes, pour interpeller et déclencher plus de recherches scientifiques et d’actions des décideurs publiques sur le glyphosate.

50 plaintes en terre lilloise

Ce qui nous ramène au tribunal de grande instance (TGI) de Lille, ce mercredi 20 février, vers 14 h 30. Dans le hall d’accueil du TGI, un brouhaha résonne. C’est ce qui se produit quand 33 personnes viennent porter plainte en même temps. Trente-trois personnes soutenues par dix-sept autres qui déposeront leur plainte plus tard ou à distance. Ça nous fait 50 plaintes au total, le compte y est.

Ces plaintes, déposées individuellement, sont identiques. L’effet de masse est voulu. Dominique Plancke, porte-parole d’EELV à Lille et référent régional de la Campagne Glyphosate explique qu’elles “visent toutes les personnes ayant contribué à la mise en vente et en circulation du glyphosate, que ce soit des cadres d’entreprises ou des membres dirigeants d’agences de santé publique françaises ou européennes“. Les incriminations sont les suivantes: “Mise en danger d’autrui, tromperie aggravée et atteintes à l’environnement (…). Le cas échéant, en réunion“. Libre au procureur de compléter la liste. Dominique Masset ironise sur la mention aggravante en réunion“, car par le passé, il a, avec les faucheurs, été accusé dans plusieurs procès de diverses activités “en réunion“. “On s’est dit : pourquoi pas eux ?

Personne n’est exempt

Les plaignants, parlons-en. Ce sont des personnes sensibles à la question des pesticides et aux enjeux de santé publique. Des gens qui mangent donc plutôt bio. Pour beaucoup, des militants d’EELV. Mais Dominique Plancke se réjouit d’avoir rencontré “une quinzaine d’inconnus” intéressés par la démarche.

Tout ce petit monde s’est révélé porteur de glyphosate. Tous ont été surpris. Les plus touchés portent jusqu’à 17 fois la quantité maximale autorisée dans l’eau potable, soit 0,1 nanogramme. On ignore pour l’heure le degré de dangerosité de ces quantités retrouvées dans les organismes. Une réponse claire et indépendante de la communauté scientifique serait apprécié par les militants.

La démarche est coûteuse pour les participants : 135 euros au total, pour payer les analyses et les frais de justice. Des huissiers de justice ont supervisé les prélèvements et Biocheck GMBH, un laboratoire allemand faisant office de “référence sérieuse” selon Dominique Plancke, a effectué les analyses.

La campagne nationale continue

Dominique Masset l’affirme : plus de 700 prélèvements ont déjà été faits depuis le lancement de la campagne, ce qui devrait donner lieu à près de 650 plaintes selon ses estimations. Le glyphosate, “on en boit, on en mange, on en respire et on en touche. Le faucheur espère pouvoir bientôt étayer la lutte par des résultats scientifiques fiables.

En attendant, Campagne Glyphosate est passée à l’acte sur quinze départements. Ce n’est que le début, le mouvement prend de l’ampleur. Il envisage des milliers de plaintes en 2019. Des députés ont envoyé leurs urines en laboratoires pour constater les résultats. Le Collectif a des contacts avec des associations écologistes par delà nos frontières.