[Flashback] Entre Beethov’ et P’tit Quinquin, le cœur du carillon de Lille balance

Dans Culturons-nous, Flashback, Lille
Scroll par là

Le carillon de la Chambre de Com­merce et d’in­dus­trie du grand Lille joue tan­tôt le Ptit Quin­quin, tan­tôt l’ode à la joie. Autant dire que la play­list actuelle passe du coq local à l’âne mon­dia­li­sé. Ins­tal­lez-vous confor­ta­ble­ment, on vous raconte la petite his­toire de notre carillon.

Le bef­froi de la CCI, du haut de ses soixante-seize mètres, n’a pas tou­jours son­né les heures. Ce n’est que depuis 1984 que les 26 cloches de son carillon résonnent dans le centre de Lille. L’art cam­pa­naire, qui a donc rap­port aux cloches ou à leur fabri­ca­tion, est typique du nord de l’Eu­rope. La majo­ri­té des carillons fran­çais se trouve dans le nord. On en compte dix-sept par chez nous. À Lille, seul celui de la CCI est audible.

Petite histoire de la CCI

La pre­mière pierre de la CCI est posée par son pré­sident de l’é­poque, le 15 avril 1910. Fun Fact : située dans les fon­da­tions du bef­froi, elle contient un tube de plomb scel­lé dans la maçon­ne­rie qui ren­ferme un exem­plaire de l’acte offi­ciel, deux jetons d’argent de la chambre de com­merce et dif­fé­rentes pièces de mon­naie de l’é­poque. On vous décon­seille d’al­ler déter­rer ce petit tré­sor, mais vous pour­rez tou­jours caler ça au détour de votre pro­chain date.

Bref, la construc­tion démarre. Elle suit les plans de l’ar­chi­tecte Louis Cor­don­nier. En matière d’ar­chi­tec­ture néo-fla­mande, ce mec était une poin­ture à l’é­poque. Est-ce qu’il était le plus mal chaus­sé, ça, l’his­toire ne le dit pas. Quoi qu’il en soit, le bâti­ment est ache­vé en 1914 puis inau­gu­ré en 1921 (en 1914, pen­dant la Pre­mière guerre mon­diale, on avait d’autres chats à fouet­ter). Il est deve­nu le point culmi­nant de Lille, jus­qu’à ce que le bef­froi de l’hô­tel de ville le détrône en 1932. Mais tou­jours pas la moindre clo­chette en vue.

Pour­tant, il y a de la place pour un carillon dans ce beau bef­froi. La CCI y est très favo­rable. Des pas­sion­nés prêts à l’ins­tal­ler aus­si, ils fondent même une asso­cia­tion le 16 mai 1979, “Les amis du carillon de Lille”. Quelques semaines plus tôt, le 2 avril 1979, la CCI l’of­fi­cia­lise et la Voix Du Nord l’an­nonce dans ses colonnes : “Les Lil­lois enten­dront bien­tôt son­ner les cloches”.

Les cloches arrivent !

Le 11 août 1979, la Voix du Nord donne des nou­velles. Les pre­mières cloches sont finan­cées et en cours de fabri­ca­tion. Le pro­jet ini­tial compte 54 cloches allant de sept à neuf cents kilos, pour un carillon de 5,5 tonnes au total.

La cam­pagne de finan­ce­ment bat son plein. “La jeune chambre éco­no­mique métro­pole-nord (qu’on appelle aujourd’­hui la CCI) a conçu et réa­li­sé quelque 1 300 affiches de pro­mo­tion du carillon. Elle par­ti­cipe aux efforts de pro­mo­tion. (…) La jeune chambre a sous­crit elle-même à l’a­chat d’une cloche”. C’est que les cloches, en dehors de Pâques, elles débarquent pas gra­tos.

À pro­pos des cloches, sachez que ces dames sont tout à fait res­pec­tables. Bénies par l’É­glise, elles portent cha­cune les noms de leur par­rain. Avec, par­fois en prime, un petit mes­sage du style “Je sonne joie et paix” ou encore “Je sonne pour vous don­ner l’es­poir et la joie”. Et ouais, elles font pas juste Ding-Dong comme ça, l’air de rien. Elles vous encou­ragent à affron­ter chaque jour les épreuves de la vie. C’est beau.

Le 21 avril 1984, c’est le week-end de Pâques, 26 cloches sont livrées. Un mois plus tard, une fois bien ins­tal­lées, ça y est : le carillon de la CCI fait tin­ter ses cloches pour la pre­mière fois au cœur de Lille. Le Ptit Quin­quin aux heures, Petit Jean reve­nant de Lille aux quarts, L’ha­bit d’min vieux grand-père aux demies et Elle s’ap­pelle Fran­çoise aux trois quarts. Une pro­gram­ma­tion 100% locale, signée par les poètes lil­lois Alexandre Des­rous­seaux et Lépold Simons.

Si vous avez bien sui­vi, il ne vous aura pas échap­pé que le pro­jet pré­voyait 52 cloches. Or, on en compte tou­jours aujourd’­hui seule­ment 26. C’est que les finan­ce­ments sont venus à man­quer. Las, Les amis du carillon et la CCI ont donc choi­si de se satis­faire de ce qu’ils avaient obte­nu, après cinq ans de démar­chage et quelques 200 000 francs récol­tés (près de 60 000 euros, pour ceux qui avaient encore un bavoir avant 2001).

Le carillon vit avec son temps

Les ritour­nelles chaque quart d’heure, ça devait être plai­sant au début. Mais ça a fini par las­ser un peu les habi­tants et com­mer­çants du quar­tier. Alors le rythme a été revu à la baisse. Depuis 2001, le carillon ne nous sonne qu’entre midi et qua­torze heures la semaine et de dix-huit à vingt heures le week-end. Seul Le Ptit Quin­quin et L’Ha­bit d’min grand-père, res­pec­ti­ve­ment aux heures fixes et aux demi-heures sur­vi­vaient encore.

Puis vint l’an 2005 de notre ère. Cette année là, les fran­çais se pro­noncent par réfé­ren­dum sur l’a­dop­tion du trai­té de Consti­tu­tion euro­péenne. Pour la CCI, le par­ti pris est évident. Elle demande à Ber­nard Michel le carillon­neur d’in­té­grer l’hymne euro­péen, le final de la 9ème sym­pho­nie de Bee­tho­ven, à la pro­gram­ma­tion musi­cale. Depuis lors, le bef­froi sonne tan­tôt euro­péen, tan­tôt ch’­ti.

Plu­tôt Bee­thov’ ou Ptit Quin­quin ? On vous laisse vous faire un avis.

Cet article s’ap­puie sur dif­fé­rents articles de la Voix du Nord publiés entre 1979 et 2014, le n° 118 de Lille Mag et le compte ren­du “pro­jet cultu­rel de la ville de Lille” éta­bli en 1999 par Ber­nard Doug­min, vice-pré­sident des amis du carillon de Lille. Ces sources sont qua­si­ment toutes dis­po­nibles auprès de l’as­so­cia­tion Renais­sance du Lille Ancien.