[Flashback] La Déesse de Lille, visage vénère, postérieur tourné vers l’ennemi

Dans Flashback, Lille
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Elle fait partie des grands symboles de la ville, et si vous n’êtes jamais passés devant, c’est que vous n’êtes jamais venus à Lille. La Déesse est l’allégorie de Lille depuis le XIXe siècle. Et comme c’est la journée des droits des femmes, on avait envie de vous raconter son histoire.

Vous avez vu comme elle a l’air vénère, cette déesse ? C’est tout à fait volontaire. Pour comprendre son air pas engageant du tout, il faut remonter à l’époque tumultueuse de la Révolution Française. On ne sait pas à quel point vous avez suivi au primaire, mais la guerre était autant civile que contre une puissance extérieure. On est en 1792. Louis XVI a sa tête sur les épaules pour encore quelques mois, même s’il sait que ça chauffe pour lui. Les Sans-Culottes en ont gros, et le pays est un foutoir, on vous raconte pas.

Ce qui inquiète très légèrement les puissances européennes, et surtout leurs dirigeants, c’est que si le roi de France tombe, ce sont tous les peuples du continent qui vont se retourner contre leurs monarques. Léopold II, empereur du Saint-Empire, somme les révolutionnaires de redonner à Louis XVI tout son pouvoir. Du coup, les révolutionnaires lui déclarent la guerre.

A Lille, ça sent un peu le roussi, comme à chaque guerre avec ses voisins : la ville est en première ligne. Le 29 septembre, 13 000 soldats impériaux commandés par Albert de Saxe débarquent dans les faubourgs de Lille (Fives et Hellemmes), qui organise son siège. Pendant dix jours, la ville tient bon. Le maire de l’époque, François-André Bonte, refuse catégoriquement de lâcher le morceau et de capituler malgré les 30 000 boulets et 6 000 bombes balancées par l’ennemi.

Le sang-froid des Lillois et surtout le fait que les Autrichiens arrivent rapidement à court de munitions met fin au siège, le 5 octobre 1792. Voilà, ça c’est pour l’acte I.

Sainte Barbe et une grenade

En 1842, la ville de Lille décide de lancer un concours pour la construction d’un monument rendant hommage à la résistance des habitants lors du siège de 1792. L’architecte Charles Benvignat propose d’abord un colonne surmontée d’une grenade et de la Sainte Barbe sur son socle. Projet jugé très légèrement agressif, il revoit sa copie et son second croquis, une femme tenant un boute-feu (qui sert à allumer la mèche des canons), est retenu.

La construction de ce monument est confié au sculpteur douaisien Théophile Bra. Le monsieur est alors très inspiré :

« Lille ! Lille ! C’est une femme dont le front doit porter l’empreinte du courage calme et obstiné des Flamands… Je ferai parler sa main gauche qui désignera d’un doigt impérieux notre réponse héroïque inscrite à ses pieds. Ce n’est pas tout : au premier boulet qui partira de la tranchée, il faudra une réponse plus éloquente encore. Ah ! La voici ! Cette autre main armée d’un boutefeu se tiendra toute prête à répliquer à l’insolence autrichienne. Oui, oui, c’est bien cela, je vois ma statue de Lille, je la vois. »

Marie-Josephe

Il se lance alors dans la création de cette allégorie du courage lillois. Pour ça, il a besoin d’un modèle, qui ne sera autre que Marie-Josephe, la femme du maire de l’époque, Louis Bigo-Danel. La statue a le front grand et le regard sévère, comme pour dire qu’elle ne rigole pas avec la défense de sa ville. Elle a les hanches larges de la fécondité, le cou et les bras musclés pour signaler que la ville est robuste et noble.

Vous avez remarqué qu’elle pointait un truc de la main gauche ? Elle montre l’inscription au bas de la colonne, qui n’est autre que la déclaration de François-André Bonte, maire en 1792 :Nous venons de renouveler notre serment d’être fidèle à la Nation, de maintenir la Liberté et l’Égalité ou de mourir à notre poste. Nous ne sommes pas des parjures.

Initialement, la déesse devait être place Rihour, là où était autrefois l’hôtel de ville. Mais la ville décide assez rapidement de la déménager sur la Grand-Place, ce qui fait marrer tout le monde : la déesse ne fait plus face aux Autrichiens, qui s’étaient installés à Fives, mais leur montre donc son illustre postérieur.

La colonne a été inaugurée le 8 octobre 1845. Pour la petite histoire, vous voulez ses mensurations ? La statue fait trois mètres de haut pour une bonne tonne. L’ensemble mesure 12,51 mètres. Et pour ce qui est de la fontaine qui l’entoure aujourd’hui, elle n’était pas là à l’origine. Elle a été construite en 1990.

Voilà, vous savez tout. Sinon, pour les besoins de cet article, on s’est appuyés sur différentes sources.
Sur le livre d’Alain Lottin, “Lille, d’Isla à Lille-Métropole” (Ed La Voix du Nord 2003), pour commencer, puis sur les archives de La Voix du Nord. Enfin, on admet qu’il y a un peu de Wikipédia