[Flashback] En 1896, le premier Paris-Roubaix était déjà qualifié de “diabolique”

Dans Flashback, Lille
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Ce dimanche, c’est Paris-Roubaix. Entendez que des dizaines de coureurs vont affronter 250 kilomètres de route et de pavés pour l’une des courses les plus mythiques qui soient. Et comme on aime bien trouver l’angle qui va bien, on s’est dit qu’il fallait qu’on vous raconter l’origine de la classique. Elle vaut son pesant de cacahuètes, vous allez voir.

On est donc en 1896. Pour vous situer, c’est l’année de naissance d’André Breton, celle de la mort de Paul Verlaine. L’Utah devient le 45e Etat de l’Union Américaine, et en France, l’affaire Dreyfus bat son plein. C’est la IIIe république, et Félix Faure est président. Chouette époque. A Roubaix, deux filateurs, Théodore Vienne et Maurice Perez, sont fous de vélo. L’un est président du Cercle Vélocipédique Roubaisien, l’autre du Sport Vélocipédique Roubaisien. Ils pourraient être concurrents, mais non, ils sont potes.

Et en plus, ils ont du pognon tout autour du bide. C’est la grande époque du textile à Roubaix, et les deux hommes ont le sens du business. En 1895, ils trouvent vraiment dommage que leur ville ne soit pas mieux équipée pour les cyclistes. Et comme ils ont de l’argent, ils décident de se construire un stade vélodrome. Comme ça. Les travaux démarrent donc en avril 1895, s’achèvent en mai, et le nouveau vélodrome est inauguré en juin. Véridique : en trois mois, l’affaire est pliée.

“Un jeu d’enfant”

Ce nouvel équipement attire les pistards d’un peu partout, autant que le public, qui aime bien le vélo. Théo et Maurice n’ont aucune envie de s’arrêter là. A l’époque, il y a deux courses sur route : la Bordeaux-Paris, et la Paris-Brest-Paris. Mais rien dans le nord de la France. Les deux Roubaisiens trouvent ça injuste. Ils écrivent au patron du journal Vélo, référence en la matière, pour lui proposer de prendre en charge l’organisation d’une course qui partirait de Paris et s’achèverait au vélodrome de Roubaix. Dans cette lettre, ils assurent que la course, à côté de la Bordeaux-Paris, serait “un jeu d’enfant pour les participants. Prenez en compte, à ce stade de l’histoire, que le macadam n’existe pas en 1896, et que les routes sont pavées. L’expression “jeu d’enfant” est légèrement exagérée, donc. Pour autant, le patron de Vélo accepte et organise la course.

Victor Breyer, alors rédacteur pour le journal, est envoyé en reconnaissance. Il fait la première partie de la route, Paris-Amiens, en Panhard 6 CV. C’est la première fois qu’il monte dans une voiture à moteur et non à chevaux, et ça le rend tout chose, même s’il trouve que 30km/h, ça va quand même hyper vite.

La Panhard 6 CV, bolide faisant un bon 30km/h. Une flèche pour l’époque.

A Amiens, il continue sa reconnaissance à vélo. Et c’est là qu’il réalise toute la difficulté de la course. Il se prend une drache de l’espace pendant tout le trajet, glisse sur les pavés, prend froid, ne sent plus ses membres. Si bien que lorsqu’il arrive à Roubaix, il est résigné à envoyer un télégramme à Paris pour faire annuler ce “projet diabolique“. Mais il change d’avis avant d’envoyer ce qui aurait pu tuer dans l’œuf l’idée même de Paris-Roubaix. Comme quoi, ça tient à peu de choses, la vie.

Voilà donc que la course se tient le 19 avril 1896. Une centaine de participants se sont inscrits, mais seulement une cinquantaine se pointe dès potron minet à la Porte Maillot, à Paris. C’est Paul Rousseau, le patron de Vélo qui donne le top départ. Cinquante et un coureurs s’élancent sur une course qu’ils estiment fastoche à côté de Bordeaux-Paris. Tous apprennent leur erreur au fur et à mesure que leurs bicyclettes cahotent sur les pavés. A l’époque, le parcours est le suivant : Beauvais – Amiens, Doullens – Arras – Hénin – Seclin -Lesquin – Hem – Roubaix. Cette première course est gagnée par l’allemand Josef Fischer, qui faire son tour de piste du vélodrome plus de neuf heures après son départ de Paris.

Josef Fischer, vainqueur du premier Paris-Roubaix.

Et voilà, la course a ensuite eu lieu tous les ans – sauf pendant les années des deux Guerres Mondiales, difficile de faire arriver une course dans une ville occupée par l’ennemi -, avec plus ou moins de succès. Mais au fil des ans, elle s’est imposée comme une grande course cycliste, de celles qu’il importe de faire au moins une fois quand on est pro. Les deux secteurs les plus emblématiques du parcours, la travée de Wallers-Aremberg et le Carrefour de l’Arbre ont été ajoutés dans l’après-guerre, lorsque les pavés sont remplacés par de l’asphalte bien lisse. Le parcours est alors orienté vers les petites routes secondaires qui sont restées pavées. C’eut été trop facile, et la course aurait perdu son titre d’Enfer du Nord.

Voilà, sinon, pour la petite histoire et ceux qui ne sont pas familiers de cette course, le vainqueur, en plus de gagner le respect éternel de ses pairs, reçoit un vrai pavé en guise de trophée.

Si vous voulez assister au Paris-Roubaix 2019, on vous conseille de vous rendre sur le site de la course pour savoir à quelle heure présumée les coureurs passeront par chez vous.

Pour écrire cet article, on s’est appuyés sur différents articles des internets mondiaux : un du Courrier International, un tiré de l’encyclopédie Larousse, La Voix du Nord, et on a aussi glané des infos sur le site du Paris-Roubaix. Et y’a pas à dire, Wikipédia, ça fait pas tout, mais ça peut aider.