[Opéra pour les nuls] La Flûte Enchantée, le chant d’une mère vénère

Dans Ch'est bieau, Culturons-nous, Lille
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Ce samedi, dans quatre lieux de la métropole, la version très personnelle de Roméo Castellucci de la Flûte Enchantée de Mozart sera diffusée en live, pendant qu’elle se joue à l’opéra à de Lille. Pour que vous vous y retrouviez un peu, on s’est dit qu’on allait vous résumer l’histoire très alambiquée de l’un des opéras les plus connus au monde.

Permettons-nous en guise d’introduction générale de vous préciser que si Mozart est le génie qui se cache derrière la composition musicale de la Flûte Enchantée, on doit l’histoire oufifiante à l’acteur et auteur Emanuel Schikaneder. Le monsieur était directeur de théâtre à Vienne. Ça, c’est dit, on peut passer à l’histoire. Entendez bien que l’histoire est fantastique. Prenez la comme un genre de conte où tout n’est pas hyper logique. Mais comme on vous le disait, Mozart, ce génie, en a fait un genre de chef d’œuvre.

Tout démarre lorsque le beau Tamino se retrouve totalement paumé dans un pays inconnu. Le gentleman est bien sûr un prince, et on suppose d’emblée qu’il s’est perdu parce qu’il était à la recherche d’aventures savoureuses et héroïques à raconter à sa cour à son retour. Et ça commence d’ailleurs comme ça : le prince se fait attaquer par un serpent. Vous pensez qu’il va fendre le crâne du reptile dans un geste désinvolte et courageux ? Que dalle, il s’évanouit. Ce sont trois dames qui font fuir le serpent, pendant que Tamino fait toujours dodo (#GirlPower). Pas tout à fait insensibles devant le côté beau garçon de Tamino, les trois dames se chamaillent pour savoir qui restera avec lui pendant qu’elles vont prévenir leur reine. Elles finissent par y aller toutes les trois. Comme ça, pas de jalouse.

C’est là que débarque Papageno (prononcez Papaguéno), alors que Tamino se réveille enfin. Papageno, c’est un oiseleur qui joue de la flûte de pan. Il est assez vantard, et raconte que c’est lui qui a sauvé Tamino du serpent. Les trois dames, qui sont revenues entre temps, se permettent de le prendre un peu mal. Elles lui clouent le bec, littéralement, en y plaçant un cadenas d’or. Radical.

Une fois cet incident réglé, les trois dames racontent à Tamino que Pamina, la fille de la reine de la nuit, a été enlevée. A la vue de la photo de profil de Pamina, Tamino tombe raide dingue de la princesse, et décide de la libérer. Quand soudain tout à coup, la reine de la nuit herself apparaît dans un grondement de tonnerre. La dame est bien vénère et désespérée. Elle supplie Tamino de lui ramener sa fille, et lui promet même qu’ils pourront se marier s’il réussit.

Voilà que Tamino et Papageno (libéré de son cadenas) partent donc à la recherche de Pamina. La reine de la nuit les a bien armés pour cette aventure : Tamino a une flûte enchantée, Papageno a un carillon magique. Voilà, c’est tout. Pas d’AK-47, ça aurait été trop facile, et on reste dans un conte grand public. Les voilà donc qui partent vers Pamina.

#MeToo

Voyez-vous, Pamina a été enlevée par Sarastro. Elle est gardée par un serviteur un peu zélé, voire carrément lourd dans le rôle du méchant, Monostatos. Alors qu’il essaie clairement de soumettre Pamina à sa volonté, Papageno débarque et lui fait peur. Monostatos quitte la scène, laissant la princesse et l’oiseleur en face to face. Il lui raconte qu’un prince raide d’elle vient pour la libérer. Pamina s’en réjouit, et Papageno, en bonne cinquième roue, se plaint de n’avoir pas trouvé de Papagena rien qu’à lui.

Pendant ce temps, Tamino s’est fait choper par des génies qui l’invitent gentiment à se cogner des épreuves dans les temples de la sagesse, de la raison et de la nature. Les deux premiers lui restent fermés, et dans le troisième, il rencontre un genre de prêtre qui lui explique que Sarastro n’est pas le grand méchant que la reine de la nuit lui a décrit, mais plus une espèce de grand sage. Là, une cérémonie a lieu. Tamino décide d’accompagner les chants avec sa flûte enchantée. Tout le monde est content, et des bêtes sauvages viennent même s’allonger à ses pieds. Papageno entend la mélodie de loin, et lui répond de sa flûte de pan. Chelou, un peu WTF, pas tout à fait clair dans la narration, mais beau, promis.

N’empêche que Papageno et Pamina essaient quand même d’échapper au relou Monostatos. Raté, les deux loustics se font choper. Mais Papageno dégaine son carillon magique, et tout le monde se retire en dansant. Ils ont à peine le temps de souffler que le patron du lieu, Sarastro en personne, débarque. Il exige légitimement une explication.

Pamina décide alors de lui dire la vérité : les avances lourdes de Monostatos, Tamino qu’elle aime déjà sans le connaître, tout ça. Sarastro appelle donc le vil Monostatos, qui arrive avec Tamino, capturé au passage. Ça ne loupe pas : quand Tamino et Pamina se voient, ils se courent dans les bras comme de vieux amants égarés. Sarastro, au lieu de féliciter son serviteur, le condamne à quelques coups de fouet. Soixante-dix-sept, pour être précis. Puis il ordonne que Pamina et Tamino filent au temple des épreuves. Fin du premier acte. Oui, on en est qu’à la moitié de l’article.

Lumière VS Obscurité

Sarastro n’est pas du tout contre l’idée que Pamina et Tamino soient mariés. Mais ils doivent passer des épreuves pour y arriver. Objectif : le Temple de la Lumière, qui leur permettra de renier définitivement la reine de la nuit, qui représente, subtilité extrême, l’obscurité. Voilà donc Tamino et Papageno seuls dans une pièce. Tout ce qu’ils ont à faire est de garder le silence, quoi qu’il arrive. Lorsque les trois dames de la reine de la nuit viennent les tenter, Tamino ne moufte pas, mais Papageno raconte son compte sans hésiter. Gros fail pour l’oiseleur.

Pendant cette épreuve, Pamina se pique un petit roupillon dans un jardin. Monostatos essaie à nouveau de la forcer à se soumettre à ses pulsions, quand la reine de la nuit, qui a donc des super-pouvoirs, débarque à nouveau dans un grondement de tonnerre. Elle est toujours aussi vénère. Elle ordonne à sa fille de tuer Sarastro fissa et de revenir à la maison avant dîner. [Petit aparté technique : dans ce chant, la reine de la nuit, obligatoirement soprano, atteint l’une des notes les plus difficiles à placer quand on est chanteuse lyrique : un contre-fa bien violent, pas facile à faire, mais de toute beauté.]

Pamina ne le prend pas hyper bien, parce qu’elle a réalisé que Sarastro, en fait, ce n’est pas un mauvais mec. Sa mère, en revanche, est légèrement rétrograde et possessive. La reine de la nuit disparaît, Monostatos recommence ses avances, se fait chasser par Sarastro et finit par passer à l’ennemi.

Coeur brisé et Papagena

Dans le temple des épreuves, Tamino et Papageno sont toujours sommés de garder le silence. Si bien que lorsque Pamina vient discuter avec son nouvel amoureux, elle se prend vent sur vent, et en déduit qu’il ne l’aime plus. Elle se sauve, le cœur en miettes d’avoir été ghostée. Elle pense même au suicide, c’est vous dire.

Bon, voilà, Tamino a enfin réussi toutes les épreuves, il peut enfin être avec Pamina, qui est bien rassurée de voir qu’elle n’a pas été abandonnée. Papageno, lui, a jacté tout le long des épreuves, mais les prêtres, pas méchants, lui accordent un vœu. Il pense d’abord à demander un verre de pinard avant de finalement demander une épouse. Une vieille dame lui est alors envoyée, qui finit par se transformer en belle jeune femme. Evidemment.

Et si vous croyez que la reine de la nuit va laisser passer ça, vous avez oublié que vous êtes dans un opéra. Toujours vénère, en profitant de la nuit, elle débarque avec ses trois dames et Monostatos. Mais, miracle, la voilà inondée de lumière, ce qui la fait fuir, vu qu’elle n’aime pas des masses ça. L’opéra se termine sur un chant avec Tamino et les prêtres qui se réjouissent de voir que la force, la beauté et la sagesse ont triomphé. C’est beau, ça prend aux tripes et ça fait vibrer toute la cage thoracique.

Vous connaissez l’histoire, maintenant. Vous serez donc au taquet ce samedi pour regarder ce live canon dans quatre lieux de la métropole : le palais de la Bourse, la Maison Folie Wazemmes, le Tripostal et la salle des fêtes de Fives. L’entrée est gratuite, pas besoin de réserver. Et le rendez-vous est donné à 19 h 30. On vous met un lien vers le site de l’opéra là.