[Flashback] Les congés payés ? C’est à Jean-Baptiste Lebas, maire de Roubaix, qu’on les doit

Dans Flashback, Lille
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Aujourd’hui, J.-B. Lebas évoque une avenue ou un parc aux grilles rouges. Sauf que ce monsieur était avant tout maire de Roubaix, député du nord, ministre du Travail et résistant. Une vie engagée et héroïque qu’on vous narre avant les grands départs en vacances (qu’on lui doit).

Repartons tout d’abord à l’automne 1878. Cette année-là, le 24 octobre, le petit Jean-Baptiste pousse ses premiers cris dans une maison de la rue de Denain à Roubaix. A l’époque, la ville est encore la grande capitale de l’industrie textile et c’est dans une famille ouvrière que grandit le petit J.-B.

Chez lui, on est plutôt de gauche. Même carrément. L’adolescent roubaisien va donc très vite se mettre à lire du Marx ou à écouter Jules Guesde en conférence. Lorsqu’il a 15 ans et qu’il bosse déjà en tant qu’ouvrier tisserand comme son patriarche, il prend la parole lors d’une réunion syndicale en mode mini Jules Guesde. Bilan ? Il est renvoyé fissa et il adhère au POF (Parti ouvrier français) dès qu’il a 18 piges.

Baron noir socialiste

En 1902, Jean-Baptiste épouse Angèle Hennion, une couturière roubaisienne. Ils vivent toujours dans la ville qui les a vus naître et le jeune socialiste va continuer à s’impliquer dans la vie politique de Roubaix puisqu’il devient secrétaire de la toute jeune fédération socialiste du Nord.

Six ans plus tard, il devient conseiller municipal puis conseiller général. Jean-Baptise Lebas commence à peser dans le game de la politique. Si bien qu’en 1912, il décide carrément de se présenter aux municipales. A tout juste 34 ans, il remporte les suffrages face à l’ancien maire, Eugène Motte (plutôt branché industriel) et devient maire de Roubaix. Il va le rester pendant 29 ans.

Si vous prenez deux minutes pour faite un petit calcul : 1912 + 29 = 1941. Ce qui signifie qu’on part quand même sur deux guerres mondiales pendant le mandat de maire de Lebas. #TeasingDeDingue

De la prison au Front Pop’

Pendant la Grande Guerre, les Allemands sont plus ou moins bien installés à Roubaix. En 1915, ils vont demander à Lebas de leur filer la liste des jeunes Roubaisiens qu’ils peuvent déporter outre-Rhin pour y bosser. Le jeune maire refuse catégoriquement. Et c’est donc lui qui va être envoyé et emprisonné en Allemagne jusqu’en 1916.

Une fois l’Armisitice signé, il reprend les rênes de la mairie et va se concentrer sur les problèmes de santé de la ville et sur ses jeunes. Il fait construire des HBM (habitats à bon marché, ancêtres des HLM) mais surtout des cantines, de nouveaux spots pour faire du sports et des bains municipaux qui abritent en partie aujourd’hui les œuvres d’art du musée de la Piscine.

Le maire ne fait pas que dépenser des sous dans les briques et la pierre. Il s’attaque aussi a un bon nombre de chantiers sociaux : chômage, repos hedbo, travail nocturne des enfants… Lebas est sur pas mal de fronts.

Tant qu’on parle de front : après avoir réussi a devenir député en 1919, il connaît quand même un petit passage à vide pendant les années 20 au niveau national. Le communisme a le vent en poupe à cette époque en France du côté de la gauche et ce n’est pas franchement la came de notre maire de Roubaix. Mais il revient peser dans la balance en 1932 où il est de nouveau élu député.

Il passe au niveau au-dessus en rejoignant le gouvernement du Front Populaire de Léon Blum. On est en 1936 et celui qu’on appelle maintenant plus simplement Jean Lebas est nommé ministre du Travail.

Prendre congé

Là, il va juste falloir vous remémorer vos cours d’histoire du collège sur le Front Populaire et tous les acquis sociaux qu’il a instaurés. En tant que ministre du Travail, c’est logiquement à Lebas que va incomber la tâche de traiter la plupart des dossiers. Et il n’y va pas main de morte puisqu’il va mettre à peine deux semaines à faire passer les premiers et va enchaîner les autres dans l’année. Jean Lebas quittera le ministère du Travail en ayant juste instauré :

  • la semaine de quarante heures,
  • les premiers congés payés (de deux semaines)
  • la généralisation des assurances sociales
  • les conventions collectives

Et ce ne sont que les plus “gros” chantiers. Tous réalisés en à peine un an : en juin 37, le gouvernement Blum est renversé et J.-B. reste ministre mais part aux PTT (postes, télégraphes et téléphone). Quand arrive la Seconde Guerre mondiale, il n’est plus ministre et va prendre le même chemin qu’en 14-18 ans : celui de la Résistance.

Il est libre Max J.-B.

Déchu de ses droits civiques par Vichy, le maire ne va pas revenir tranquillement accueillir les Allemands derrière son bureau à Roubaix. Il préfère fonder l’un des premiers réseaux de Résistance dès l’été 40 : l’Homme libre. Il va être arrêté quelques mois plus tard, le 21 mars 1941, avec son fils Raymond et sa nièce, et déporté dans la foulée. A son procès, il ne cherche pas à plaire et plaide coupable. Ce qui lui vaut d’être condamné à trois ans et demi de travaux forcés dans un bagne polonais, à Sonnenburg.

Sauf qu’il n’est plus le fringuant jeune maire de Roubaix de 1912. Le résistant affiche désormais 63 printemps au compteur et ses conditions de détention sont loin d’être adaptées à son âge. Il travaille dans une ficellerie dès 6 h 30, chaque jour, pendant plus de 10 heures. Il ne mange pas à sa faim, ne dort pas assez. Son moral ne faiblit pas à la même vitesse que son corps. Sauf que ça ne suffira pas.

En mars 1944, il tombe malade. Une sale bronchite accompagnée de fièvre. Lors d’un retour en cellule, il trébuche et sort (forcément) des rangs. L’un de ses geôliers le frappe alors violemment au visage, histoire de lui faire passer l’envie de tomber. Très bonne stratégie puisque le prisonnier Lebas tombe bel et bien cette fois-ci tout en en heurtant un escalier, tête la première, au passage.

Le lendemain, il est contraint de sortir dans le froid de l’hiver polonais pour la traditionnelle promenade. Le 10 mars, le jour suivant, il est retrouvé mort dans sa cellule. Aujourd’hui encore, on ignore si c’est la bronchite, l’épuisement ou ce coup du gardien qui aura mis fin à la vie de ce grand homme.

Funérailles roubaisiennes

Il ne reviendra chez lui, à Roubaix, qu’en 1951 soit sept ans plus tard. De grandes funérailles sont alors organisées pour lui et sept autres résistants roubaisiens morts en déportation. Il y a son fils Raymond, des ouvriers, des bourgeois, un curé… Tous reçoivent les hommages qu’ils méritent avant d’être enterrés dans le cimetière de la ville. L’année dernière, les archives de la mairie ont retrouvé des lettres de l’ancien maire en déportation envoyées à sa femme. On peut les lire en ligne juste ici.

Voilà, maintenant, on vous laisse raconter ce flashback sur la route des vacances et ne pas l’oublier quand vous irez à la terrasse d’un bar lillois à J.-B. Lebas.

Pour sourcer tout ça, on s’est basé sur plusieurs articles de La Voix du Nord :
– “Jean-Baptiste Lebas : Socialiste, patriote et homme libre” (janvier 2013)
– “Il y a 65 ans, les Roubaisiens enterraient leur maire le plus emblématique” (septembre 2016)
– “Jean Lebas, le député qui incarne le mieux Roubaix” (juillet 2017)