[Flashback] Ces Braderies qui ne se sont pas (du tout) passées comme prévu

Dans Braderie de Lille, Flashback, Lille
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Tous les ans, on se dit qu’on va cer­tai­ne­ment encore vivre une Bra­de­rie mémo­rable. Parce qu’il fai­sait beau, parce qu’on a chi­né un truc génial pour l’ap­part’ ou que le same­di soir a été un pur moment de fête. Et puis il y a ces Bra­de­ries qui ont lais­sé une marque indé­lé­bile dans les annales sim­ple­ment à cause d’un gros “hic”.

1945 : Plus de guerre, plus de moules

Lille a été pri­vée de Bra­de­rie pen­dant les deux Guerres mon­diales. Le cœur n’é­tait pas à vendre, sur­tout quand tous les vête­ments, den­rées ou loge­ments sont réqui­si­tion­nés… Mais à peine les armis­tices signées, les Lil­lois se sont à chaque fois remis direct à bra­der.

En sep­tembre 1945, à peine quatre mois après la fin offi­cielle de la Seconde Guerre mon­diale donc, la Bra­de­rie fait son come-back. Et hors de ques­tion de faire l’im­passe sur les incon­tour­nables de l’é­vé­ne­ment, comme les moules.

Sauf qu’en trou­ver à la fin de l’é­té 45, c’est tout sim­ple­ment mis­sion impos­sible. La France est encore ration­née alors se faire une bonne assiette de moules est un luxe que les côtes fran­çaises ne peuvent pas satis­faire.

Qu’im­porte : Lille va car­ré­ment les faire impor­ter de Hol­lande. Quatre tonnes de moules débarquent alors par trains, début sep­tembre, à Lille-Flandres. Mais aucun Lil­lois n’au­ra le plai­sir d’y goû­ter. Les ser­vices d’hy­giène déboulent en gare devant les mol­lusques et les jugent impropres à la consom­ma­tion. Elles n’ont même pas eu le temps d’al­ler faire un tour en ville : les moules sont direc­te­ment jetées à la pou­belles.

Après, les frites c’est bon aus­si…

1996 : Il est le mort le lundi de Braderie

1996 n’est clai­re­ment pas une super année dans l’es­prit des Lil­lois. Si vous avez des parents, oncles ou tantes qui sont des bra­deux invé­té­rés, ils ont cer­tai­ne­ment dû vous racon­ter le doux temps où la Bra­de­rie ne démar­rait pas le same­di mais le dimanche soir.

Oui, la grosse fies­ta dans des rues noires de monde, c’é­tait dans la nuit de dimanche à lun­di. Et, sur­tout, on bra­dait en mode noc­turne. Tout le monde s’en accom­mo­dait bien puisque la plu­part des employés lil­lois avait un congé excep­tion­nel pour le lun­di de Bra­de­rie. On devait sim­ple­ment tout rem­bal­ler avant 13h30 ce jour-là.

Faire la fête et de bonnes affaires une veille de début de semaine était une excep­tion que Lille ché­ris­sait. Sauf que les autres bra­deux, ceux des contrées voi­sines, fai­saient un peu la tronche : eux, n’a­vaient que leur week-end “tra­di­tion­nel” pour bra­der.

En 1996, le maire Pierre Mau­roy bous­cule tout ça. Désor­mais, on démarre les fes­ti­vi­tés juste après le semi-mara­thon, on brade beau­coup moins la nuit et on finit tout ça le dimanche soir avant que le soleil ne se couche. A l’é­poque, cette déci­sion est sur­tout prise par rap­port à la vague d’at­ten­tats ter­ro­ristes à Paris en 1995 et donc au ren­for­ce­ment de la sécu­ri­té avec Vigi­pi­rate.

Mais bon, pas mal de Lil­lois ont per­du un jour de congé au pas­sage.

2011 : Suspension et déluge

Cer­tains d’entre vous l’ont vécue, cette fameuse Bra­de­rie. Tout démar­rait super bien pour­tant ce 3 sep­tembre 2011. Il fai­sait chaud, très chaud. Tout le monde pro­fi­tait d’une joyeuse bra­de­rie esti­vale et la tra­di­tion­nelle nuit du same­di s’an­non­çait belle. Et puis là… “Braoum !” Un coup de ton­nerre s’a­bat en début de soi­rée. Le pre­mier vient de Météo France qui sonne l’a­lerte : des pluies dilu­viennes ne vont pas tar­der à débou­ler sur la capi­tale des Flandres. Elles seront accom­pa­gnées d’un vent assez cos­taud qui s’ap­prête à souf­fler à 90km/h.

La pré­fec­ture prend les devants et “sus­pend” la Bra­de­rie à 22 heures. C’est inédit. Du coup, c’est la déban­dade. Les bra­deux rem­ballent leurs stands dans la panique, les fêtards (qui se sont clai­re­ment dit qu’un orage n’al­lait pas les arrê­ter) courent par­tout à la recherche d’un abri ou d’un pote per­du pen­dant le déluge.

Après une bonne douche noc­turne, Lille s’est fina­le­ment réveillée grog­gy, mouillée mais prête à (re)brader. La météo, de nou­veau sym­pa­thique, a per­mis de chi­ner comme si de rien n’é­tait le dimanche.

2016 : L’annulation

Si vous avez bien lu l’ar­ticle jus­qu’i­ci, vous êtes donc au cou­rant que seuls les conflits mon­diaux avaient jus­qu’a­lors eu rai­son de la Bra­de­rie. Jus­qu’en 2016.

Alors que la France se remet à peine des atten­tats de Paris de novembre 2015, Nice est frap­pée le 14 juillet 2016 par l’hor­reur. Le choc se dif­fuse dans toute la France, jus­qu’à Lille.

Le 5 août 2016, Mar­tine Aubry convoque la presse et pro­nonce ces mots qui en ont fait pleu­rer ou bon­dir plus d’un : “Nous avons vrai­ment tout fait pour [main­te­nir la bra­de­rie], mais il y a des risques que nous n’arrivons pas à réduire. C’est une déci­sion dou­lou­reuse”.

Il y aura quand même eu quelques moules ser­vies et d’ir­ré­duc­tibles bra­deux dans les rues. Mais bon, on touche clai­re­ment du bois, du maroilles, de la moule… bref tout ce qui peut aider à ce que ça ne se repro­duise plus. Jamais.

Pour sour­cer tout ça, on s’est fié à Elo­die De Vreyer qui a écrit en 2014 “La Bra­de­rie, une his­toire lil­loise”. Et aus­si à notre mémoire pour ce qui est de 2001 et 2016.