Mais qu’est ce qu’un budget climatique ?

Dans C'est green, Lille, Politique

©Philippe Pauchet / La Voix du Nord

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Ça fait quelques temps que la MEL en parle. Dès l’an­née 2021, elle va se doter d’un bud­get cli­ma­tique. Et lors du der­nier conseil métro­po­li­tain, en octobre, les élus se sont mis d’ac­cord sur la méthode.

  • C’est quoi un bud­get cli­ma­tique ?

Avec un nom pareil, on pour­rait pen­ser qu’un bud­get cli­ma­tique, c’est de l’argent qui sera uti­li­sé de façon directe et concrète en faveur du cli­mat. Bon, disons que c’est en réa­li­té plus “sub­til” que ça. Ce ne sera pas de l’argent qui sera inves­ti, par exemple, dans les éoliennes, les pan­neaux solaires ou on ne sait pas quoi d’autre qui pour­rait faire du bien à la pla­nète.

En fait, ce que la MEL appelle “bud­get cli­ma­tique”, c’est l’é­va­lua­tion de son bud­get, ligne par ligne, en fonc­tions d’in­di­ca­teurs qui disent si, oui ou non, ladite ligne du bud­get et ce qu’elle englobe est favo­rable au cli­mat ou pas.

D’ailleurs, ce bud­get clim’ s’ins­crit dans le Plan cli­mat-air-éner­gie ter­ri­to­rial, A.K.A. le PCAET, de la MEL. Il y en a un qui est en place depuis 2013, mais le nou­veau plan sera voté en ce mois de décembre. “Le PCAET reprend les objec­tifs que la MEL se donne dans les dif­fé­rents indi­ca­teurs cli­ma­tiques : gaz à effet de serre, consom­ma­tion éner­gé­tique, la part d’éner­gie renou­ve­lable... avec à chaque fois un objec­tif que l’on se donne”, explique Alain Ber­nard, vice-pré­sident à la MEL en charge du bud­get.

Pour rendre le bud­get cli­ma­tique plus concret, ima­gi­nez que la MEL décide d’a­che­ter des bus. À côté de cette ligne sur le bud­get, un indi­ca­teur dira si, par rap­port au plan cli­mat, cette dépense est :

  • favo­rable sur le long terme à l’at­teinte des objec­tifs
  • favo­rable à l’at­teinte des objec­tifs
  • neutre pour l’at­teinte des objec­tifs
  • néces­si­tant des axes de pro­grès pour l’at­teinte des objec­tifs

Là, la MEL pour­ra prendre sa déci­sion en toute connais­sance de cause.

  • Mais à quoi ça va ser­vir ?

Le bud­get cli­ma­tique va per­mettre à la MEL de choi­sir les actions qu’elle veut inté­grer en prio­ri­té dans son bud­get.Ce qu’on pro­pose c’est d’a­voir une aide à la déci­sion. C’est un peu un guide que l’on se donne pour atteindre les objec­tifs qu’on s’est fixés en matière de gaz à effet de serre, de car­bone…”, indique Alain Ber­nard. Pour vous la faire simple, si le bud­get est ser­ré et que la MEL doit choi­sir entre deux actions, elle choi­si­ra en prio­ri­té les pro­jets favo­rables au cli­mat.

La mai­rie de Lille envi­sage, elle aus­si, de créer un bud­get cli­ma­tique pour l’an­née 2021. Là encore, il ne s’a­gi­ra pas d’argent dédié à la cause, mais d’é­va­luer les impacts des déci­sions poli­tiques sur le cli­mat : “Ça va ser­vir à orien­ter les poli­tiques publiques, pré­cise Domi­nique Picault, adjointe délé­guée aux finances à la mai­rie de Lille. Pour la ville de Lille, l’en­jeu est de res­ter sur la tra­jec­toire de dimi­nu­tion des gaz à effet de serre. Mais l’ob­jec­tif du bud­get cli­ma­tique va au-delà de ça. Une déci­sion qui pour­rait être défa­vo­rable pour l’en­vi­ron­ne­ment doit être com­pen­sée par une déci­sion plus favo­rable pour res­ter sur la bonne tra­jec­toire.” Voi­là.

  • Elle vient d’où cette méthode ?

Pour réa­li­ser leur bud­get cli­ma­tique, la MEL et la ville de Lille vont toutes les deux bos­ser avec l’Ins­ti­tute For Cli­mate Eco­no­mics (I4CE). Eux, ils n’ap­pellent pas ça un bud­get cli­ma­tique, mais une “éva­lua­tion du bud­get d’un point de vue cli­ma­tique.

Éva­lua­tion, ça paraît logique comme nom, puis­qu’on vous le rap­pelle, chaque ligne du bud­get est notée en fonc­tion de son impact sur le cli­mat. D’ailleurs, l’I4CE vient d’u­ti­li­ser sa méthode pour éva­luer l’im­pact du bud­get de l’É­tat fran­çais sur le cli­mat, donc ils savent de quoi ils parlent. “L’ou­til per­met, pen­dant les prises de déci­sion en rap­port avec le bud­get, de mettre sur la table l’im­pact sur le cli­mat des déci­sions qui sont prises”, explique Mor­gane Nicol, direc­trice en charge des ter­ri­toires pour l’I4CE.

  • Ça vient d’où cette envie de faire un bud­get cli­ma­tique ?

Déjà, le bud­get 2020 de la MEL aura une pre­mière petite par­tie en mode “bud­get clim’ ” sur les déci­sions en rap­port avec la voi­rie. Et au fil des années, elle va cou­vrir de plus en plus de sec­teurs de son bud­get.Si on veut quelque chose de cré­dible, de bien adap­té, il faut se don­ner le temps. Mais, pas trop long­temps non plus parce que l’ur­gence cli­ma­tique est là, insiste Alain Ber­nard. Ce n’est pas un arti­fice, c’est vrai­ment un outil d’aide à la déci­sion.

Pour la ville de Lille, qui a décré­té en octobre l’ur­gence cli­ma­tique, on est plu­tôt dans la logique de réduc­tion des gaz à effet de serre. Lille s’est enga­gée à réduire de 40% ses émis­sions de gaz à effet de serre en 2030 par rap­port à 1990. Donc, pour y arri­ver, il va bien fal­loir éva­luer le bud­get et limi­ter au max’ les trucs qui sont trop nocifs pour l’en­vi­ron­ne­ment.

Pour les deux enti­tés, le bud­get cli­ma­tique, c’est un nou­veau moyen de faire gaffe à son impact sur la pla­nète, qu’il fau­dra cou­pler avec d’autres actions.