[Flashback] Le Général de Gaulle, le petit Lillois de Paris

Dans Culturons-nous, Flashback, Lille
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En 2020, on célé­bre­ra les 130 ans de la nais­sance du géné­ral, les 80 ans de l’ap­pel du 18 juin et les 50 ans de sa mort. Ça en fait des anni­ver­saires. Du coup 2020, c’est un peu l’an­née De Gaulle. On va en pro­fi­ter pour vous racon­ter, à la mode Vozer, la vie de cet ancien pré­sident né dans le Vieux-Lille.

Le Géné­ral de Gaulle, vous en avez for­cé­ment déjà enten­du par­ler dans vos cours d’his­toire. Oui, quand même. Pen­dant la Seconde Guerre mon­diale, il a été le chef de la France libre après avoir pro­non­cé un dis­cours mémo­rable à la radio( le fameux appel du 18 juin), et il est deve­nu le pre­mier pré­sident de la Ve Répu­blique. Rien que ça. Mais ce que vous ne savez peut-être pas, c’est que l’an­cien pré­sident a des rap­ports très étroits avec notre belle région…

Born in Vieux-Lille

Il était une fois, le Géné­ral de Gaulle. Mais avant d’être géné­ral, on parle du petit Charles, troi­sième enfant de Jeanne et Hen­ri de Gaulle. Il est né le 22 novembre 1890 à Lille, au 9 de la rue Prin­cesse, dans la mai­son de ses grand-parents mater­nels (A.K.A. les Maillot). On ne sait pas vous, mais nous on trouve ça plu­tôt mignon qu’un des diri­geants les plus connus de l’his­toire fran­çaise, qui mesu­rait tout de même 1,96 mètre, soit né rue… Prin­cesse.

On a eu chaud quand même. On aurait presque pu ne pas avoir de pré­sident lil­lois puisque les parents de Charles n’ha­bi­tait pas le coin en fait. On ne sait pas trop pour­quoi, mais Jeanne s’est dit qu’ac­cou­cher à Lille serait plu­tôt cool pour deux de ses cinq enfants, dont le fameux futur géné­ral.

L’en­droit est aujourd’­hui deve­nu un musée ouvert au public en 1983. En somme, vous pou­vez main­te­nant voir le lieu qui a accueilli les vacances de Charles de Gaulle, y décou­vrir des sou­ve­nirs fami­liaux, des objets ayant appar­te­nu au géné­ral him­self et des anec­dotes plu­tôt fun­ky, comme le fait que Charles était tel­le­ment grand, et son lit tel­le­ment petit, qu’il était obli­gé de dor­mir assis. On a fait plus confor­table. Bon, on vous dit “main­te­nant”, mais la mai­son natale de Charles de Gaulle est actuel­le­ment fer­mée pour tra­vaux jus­qu’au 22 novembre pro­chain. #Mau­vais­Ti­ming

Lille, Arras, Calais…

Entre de Gaulle et les Hauts-de-France, on part plu­tôt sur une belle his­toire d’a­mour. Il a beau avoir vécu à Paris une bonne grosse par­tie de sa vie, le pre­mier pré­sident de la Ve répu­blique s’est tou­jours vu comme un “petit Lil­lois de Paris”, comme il l’a écrit dans son livre Les Mémoires de guerre.

Pen­dant son enfance, il a pas­sé masse de temps chez ses grand-parents dans le Vieux-Lille. Tel­le­ment qu’il est tom­bé amou­reux des gaufres de chez Méert (en même temps, com­ment le blâ­mer ?). Quand il était p’tit, il se bala­dait tou­jours avec un franc pour s’en payer une. D’ailleurs, même grand et pré­sident de la Répu­blique, Charles n’a pas oublié Méert. Il conti­nuait à se faire régu­liè­re­ment livrer les cultis­simes gaufres à la vanille à l’É­ly­sée.

Bon reve­nons en à sa life. Il est encore jeune quand il décide de deve­nir mili­taire, il fait Saint-Cyr et il est envoyé à Arras (#62RPZ) pour tâter le ter­rain en tant qu’é­lève offi­cier au 33e régi­ment d’in­fan­te­rie, sous les ordres d’un cer­tain Pétain. Oui, celui-là même que vous connais­sez. Ensuite, le jeune Charles finit ses études à Saint-Cyr et retourne à Arras en 1912. Vient ensuite la fameuse guerre 14–18 : le lieu­te­nant de Gaulle rejoint les armées fran­çaises. Il est bles­sé trois fois, est fait pri­son­nier par les Alle­mands en 1916, tente de s’é­chap­per sans grand suc­cès, et sera fina­le­ment libé­ré en 1918, après l’ar­mis­tice.

La guerre à peine ter­mi­née, le voi­là envoyé en Pologne pour for­mer une nou­velle armée, en charge de lut­ter contre l’ar­mée rouge. Une fois ce job ter­mi­né, il revient dans notre région et épouse en 1921 à Calais Yvonne Ven­droux, une Calai­sienne avec qui il a trois enfants : Phi­lippe, Éli­sa­beth et Anne. Il pour­suit sa car­rière mili­taire entre les deux guerres et il gra­vit vite fait bien fait les éche­lons mili­taires.

WWII

Bon, on ne vous apprend rien quand on vous dit qu’il n’a pas vécu en mode tran­quille très long­temps. En 1939, la guerre fait son retour et Charles de Gaulle brille par ses exploits. Entre le 27 et le 30 mai, alors qu’il est com­man­dant par inté­rim des chars de la 5e Armée, il stoppe les Alle­mands à Abbe­ville, dans la Somme. Encore chez nous, donc. Quand on vous dit que de Gaulle et les Hauts-de-France, c’est tout une his­toire.

Ensuite, ça se gâte. Le Maré­chal Pétain demande l’ar­mis­tice et Charles de Gaulle n’est pas d’ac­cord avec cette déci­sion. Mais vrai­ment pas. Donc il se barre à Londres pour appe­ler à la résis­tance et à pour­suivre les com­bats. S’en suit son fameux appel du 18 juin 1940 où, gros­so modo, il invite les offi­ciers et mili­taires fran­çais et ceux qui s’y connaissent en armes et qui sont sur le ter­ri­toire bri­tan­nique à le contac­ter pour se battre ensemble.

La guerre conti­nue et fina­le­ment la France est libé­rée pro­gres­si­ve­ment à par­tir du D‑Day, le 6 juin 1944. Charles de Gaulle y est quand même pour beau­coup, on ne va pas se men­tir, grâce notam­ment aux Forces fran­çaises libres.

Après Paris, c’est au tour de Lille de se libé­rer entre le 2 et le 4 sep­tembre 1944. Le géné­ral de Gaulle fait son come-back dans sa ville natale le 30 sep­tembre, et les Lil­lois lui font sa fête, plu­tôt fier de l’en­fant de leur ville. D’ailleurs, dès octobre 1944, le nou­veau maire de Lille Denis Cor­don­nier et la muni­ci­pa­li­té décident de lui rendre un hom­mage, en se disant qu’il a fait un sacré bon bou­lot. La Grand-Place devient offi­ciel­le­ment la place du Géné­ral de Gaulle. Bon, même si offi­cieu­se­ment on conti­nue de l’ap­pe­ler la Grand-Place, ça claque pas mal d’a­voir don­né son nom à l’en­droit le plus célèbre de la ville, non ?

Le président lillois

Fai­sons un p’tit bond dans le temps. Après une mini-pause, de Gaulle revient en poli­tique et devient en 1958 le der­nier pré­sident du Conseil de la IVe Répu­blique. Boum, il pro­pose de mettre en place la Ve Répu­blique, et il se rend à Lille pour pré­sen­ter le pro­jet de Consti­tu­tion. Le maire lil­lois de l’é­poque, Augus­tin Laurent, en pro­fite pour le faire citoyen d’hon­neur de Lille et lui décer­ner la médaille de la ville. Parce que bon, fau­drait pas oublier que ce grand homme est d’i­ci. Atta­ché à la ville, il revient (encore) à Lille en 1959 pour inau­gu­rer le mémo­rial dépar­te­men­tal de la Résis­tance et de la Dépor­ta­tion, lieu de mémoire en hom­mage aux dépor­tés.

Après la pro­po­si­tion du Géné­ral, les Fran­çais votent en sep­tembre à 79,2% pour cette nou­velle Consti­tu­tion et le Géné­ral de Gaulle devient le pre­mier pré­sident de la Ve Répu­blique après son élec­tion au suf­frage uni­ver­sel. Il com­mence sa nou­velle vie à l’É­ly­sée, tout en graillant plein de gaufres de chez Méert. Il reste au pou­voir jus­qu’en 1969, date à laquelle il démis­sionne, après l’é­chec de son réfé­ren­dum sur la réforme du Sénat. Il avait pré­ve­nu : si sa réforme ne pas­sait pas, il se bar­rait. C’est exac­te­ment ce qu’il a fait.

Pour sa (courte) retraite, l’ex-pré­sident n’est pas reve­nu dans sa ville natale. Il s’est reti­ré dans sa mai­son de Colom­bey-les-deux-Églises, dans la Haute-Marne, qu’il avait ache­tée en 1934. Le 9 novembre 1970, il décède à l’âge de 79 ans et il est ensuite enter­ré le 12 novembre au cime­tière de Colom­bey-les-deux-Églises dans une céré­mo­nie plu­tôt simple, comme il en avait fait la demande.

Pour écrire cet article, on s’est basé sur le site de la fon­da­tion Charles de Gaulle, sur les archives de la ville de Lille, sur le site du conseil régio­nal et sur le livre De Gaulle, la Résis­tance et l’é­co­no­mie du Nord-Pas-de-Calais de Michel-Pierre Ché­li­ni.