Des étudiants veulent rebaptiser une rue du nom du “Mozart noir” de Lille

Dans Culturons-nous, Lille

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Il était un vir­tuose de la musique. Un escri­meur hors pair. Un défen­seur de la Répu­blique. Un huma­niste. Il a fait sa car­rière mili­taire à Lille. Et pour­tant per­sonne ne sou­vient de lui, ici. Voi­ci le Che­va­lier de Saint-George, le grand oublié de l’his­toire auquel sept étu­diants de la fac Lille 2 et leur pro­fes­seur d’his­toire, veulent rendre hom­mage.

Son vrai nom, c’est Joseph Bologne, mais à Lille 2, “on pré­fère l’ap­pe­ler « l’illustre incon­nu », explique Lucas, l’un des étu­diants du mas­ter d’his­toire du droit qui sou­haite qu’une rue lil­loise soit rebap­ti­sée en son nom. Il était très connu au XVIIIe siècle pour ses mul­tiples talents et exploits, mais aujourd’­hui, plus per­sonne ne sait qui c’est.”

Joseph est né en Gua­de­loupe au début du XVIIIe siècle où son père, ori­gi­naire du Nord de la France était gou­ver­neur des colo­nies. Sa mère est une femme séné­ga­laise réduite en escla­vage. De retour en France, il reçoit une (très) bonne édu­ca­tion aris­to­cra­tique et se révèle être un sacré petit génie. Escri­meur de talent, il est aus­si un fabu­leux vio­lo­niste, com­po­si­teur et chef d’or­chestre, ce qui lui vaut les titres hono­ri­fiques de “Mozart Noir” ou “Vol­taire de la musique”.

Un virtuose critiqué pour sa couleur de peau

Mais tout n’é­tait pas rose dans la vie du pro­dige. “En paral­lèle, on l’ap­pe­lait aus­si « le mulâtre » vis-à- vis de son métis­sage”, raconte Daph­né, une autre étu­diante en charge du pro­jet. Can­di­dat pour diri­ger l’A­ca­dé­mie Royale de Musique, il est même évin­cé par des per­sonnes refu­sant d’a­voir à obéir à ses ordres. “On est une petite pro­mo­tion et cer­tains d’entre nous sont noirs et métis­sés. Le Che­va­lier de Saint-George nous inté­resse pour son aspect his­to­rique et l’i­dée qu’il doit se faire connaître à Lille mais aus­si parce qu’il fait par­tie de ses per­sonnes de cou­leurs oubliées de l’his­toire.”

Son nom dans la ville ?

Si au départ, le groupe d’é­tu­diants et leur pro­fes­seur d’his­toire sou­hai­taient voir le nom du Che­va­lier de Saint-George appa­raître sur la place Déliot, la demande s’é­tend aujourd’­hui à toute la ville. “Il y a un pro­fond atta­che­ment aux frères Déliot qui ont créé la pre­mière école du quar­tier Mou­lins en 1840, donc on cherche ailleurs”, explique Lucas. Et ce pro­jet est bien par­ti pour deve­nir une réa­li­té. “On est sou­te­nu par la maire Mar­tine Aubry et par le doyen de l’u­ni­ver­si­té. On a aus­si ren­con­tré le direc­teur de l’Or­chestre Natio­nal de Lille pour qu’on puisse faire rejouer un de ses orchestres”. De quoi faire oublier, on l’es­père, son sur­nom d’illustre incon­nu.

Pour connaître quelques anec­dotes du Che­va­lier de Saint-George, on vous recom­mande d’al­ler voir sur le compte Twit­ter créé par la pro­mo étu­diante.