[Flashback] Quand Louis Pasteur était doyen de la fac de sciences de Lille… et bossait sur la bière

Dans Bière, Flashback, Lille
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En ce moment, on parle beaucoup plus de l’Institut Pasteur que d’habitude à Lille. Les tests virologiques et la recherche d’un vaccin contre le covid-19 battent leur plein là-bas et on s’est dit que c’était finalement l’occasion de vous raconter ce bout d’histoire que Louis Pasteur a partagé avec Lille, sa fac et ses brasseries.

Trois ans. C’est la durée de la bouillonnante relation entre le célèbre créateur du vaccin contre la rage et la capitale des Flandres. Elle donnera naissance à de grandes découvertes en microbiologie, et tout ça grâce à l’étude de la bière. Si, si, on vous jure.

Allez, arrêtons un peu de mettre la charrue avant les bœufs le houblon avant le malt et repartons d’abord dans la jeunesse de notre Louis national.

Petit Louis deviendra brillant

Louis n’est donc pas Lillois mais Jurassien. Il est né à Dole le 27 décembre 1822 dans une famille où le père, ex-sergent de l’armée napoléonienne, exerce le métier de tanneur. C’est un petit garçon tout à fait banal qui étudie tranquillement jusqu’au collège à Arbois, nouveau lieu de résidence des Pasteur dans les années 1830. A l’époque, le jeune Louis n’a pas forcément de prédispositions à faire de grandes études scientifiques, c’est plutôt pour ses talents artistiques qu’on lui fait des compliments…

En 1839, on l’envoie au collège royal de Besançon pour y passer son bac. S’il obtient celui de lettres dès l’année suivante , il faudra attendre 1842 pour qu’il obtienne celui des sciences mathématiques. Oui, Pasteur a redoublé son bac S. Comme quoi, les échecs dans le parcours scolaire ne déterminent pas une carrière.

A l’époque, il n’y a pas Parcours Sup pour lui dire où aller faire ses études. Donc Louis continue son petit bonhomme de chemin universitaire en suivant des cours et des leçons par-ci par là, notamment en chimie. En 1843, il se met en tête de tenter le concours de l’Ecole Normale Supérieure… qu”il obtient avec la 4e place s’il vous plaît.

Mariage et légion d’honneur

C’est vraiment là qu’il va commencer à bosser clairement la chimie et la physique. Et la cristallographie A.K.A. la science des cristaux à l’échelle atomique. Il est désormais un élève brillant et soutient sa thèse en 1847 easy peasy. Son sujet ? L’activité optique pour la lumière polarisée de cristaux d’acide tartrique et de tartrate dérivé de la fermentation du vin. Ne nous demandez pas de quoi ça traite, on a juste compris les trois derniers mots.

Bref, maintenant qu’il est docteur en sciences, il va pouvoir poursuivre ses recherches tout en enseignant. On l’envoie à la fac de Dijon puis à celle de Strasbourg où il épouse en 1849 Marie Laurent. La jeune femme n’est autre que la fille du recteur de la fac strasbourgeoise. Emile Roux, grand bactériologiste lui aussi et collègue de Pasteur, dira que Marie aura été sa meilleure collaboratrice. Elle écrit sous sa dictée, réalise des revues de presse pour lui, l’assiste dans ses recherches… mais ça ne va pas plus loin car :

  • ils vont avoir cinq enfants
  • les femmes et les études, à l’époque, ce n’est pas vraiment un combo gagnant

Bref, tout va bien dans la petite vie de Louis qui enseigne mais aime surtout chercher. Et il trouve. Du coup, il enchaîne les travaux et découvertes, ce qui lui vaut en 1853 la légion d”honneur à 31 ans. Oui, ça fout la pression, on sait.

Il va continuer a briller et décroche le premier poste de doyen de la toute nouvelle fac de sciences de Lille l’année suivante. Doyen à 32 ans, qui dit mieux ?

From wine to beer

Quand on dit “nouvelle” fac, on veut surtout dire “première fac”. Car à Lille, avant le milieu du XIXe, il n’y avait pas d’Université, simplement des sociétés savantes qui distillaient leur savoir comme elles pouvaient. Leurs efforts sont récompensés puisqu’un décret impérial crée donc la faculté des Sciences de Lille en 1854. Elle était située au coin de la rue des Arts et du boulevard Carnot, dans l’ex-couvent des Recollets puis ancien lycée Faidherbe, aujourd’hui tous les deux disparus. Pour ce qui est des Lettres, de la Médecine ou encore du Droit, il faudra encore attendre. Ou aller à l’Université de Douai.

Si Pasteur est venu à Lille, ce n’est pas que pour jouer au doyen : à la demande des brasseurs de bière de la région, il va commencer à bosser sérieusement sur la fermentation alcoolique. D’autres industriels du coin lui font de l’œil, dont Louis Bigo, ex-maire de Lille (c’est lui qui a inauguré la colonne de la Déesse qui a d’ailleurs les traits de sa femme) qui possède des mines mais aussi une distillerie de betteraves à sucre du côté d’Esquermes.

Pourquoi ont-ils tous besoin de notre jeune doyen ? Mais parce que rien ne va plus : on perd du rendement pour des raisons inexplicables, et la bière est tellement instable qu’on a dû mal à la conserver. Bonjour la mauvaise réput’.

Louis ne vas pas se forcer à se pencher sur la question car pour lui, la théorie et la pratique sont un duo indissociable et la fac lilloise va donc très vite se modeler sur ce schéma tout en nouant des liens avec les problèmes industriels de la région.

Trois ans après son arrivée, Pasteur présente son Mémoire sur la fermentation appelée lactique dans lequel on va retrouver des observations fondamentales sur les fermentations alcooliques. Mais surtout, c’est par là qu’il va découvrir le rôle des germes dans les infections et donc faire naître la microbiologie. Une avancée dans le monde de la médecine et tout ça grâce à la bière (bon OK, surtout à Pasteur).

La plaque est encore visible du côté d’Esquermes.

Retour à Paris

Mais toutes les bonnes choses ont une fin. En 1857, il est nommé administrateur chargé de la direction des études à l’École Normale Supérieure et quitte donc le Nord dans la foulée.

De son passage à la fac de Lille, on retiendra beaucoup de bonnes choses comme l’introduction des TP, la création de la formation continue et des brevets d’études spécifiques ou encore la tenue de conférences publiques… Clairement un bon doyen. Sauf pour les étudiantes, puisqu’il leur refuse l’accès à sa fac. Il aurait sorti comme argument que ça en aurait dégradé la qualité. Sympa.

Il va aussi délaisser l’étude de la bière pour celle du vin et de ses maladies à la demande de l’empereur Napoléon III.

On va maintenant faire une grosse ellipse sur les années qui suivent loin de Lille. Il a bien sûr pendant ce temps-là poursuivit de nombreuses recherches en microbiologie et mit au point plusieurs vaccins dont celui contre la rage. Mais son histoire avec Lille va reprendre à la fin du XIXe siècle.

Il a forcément pris un peu de l’âge aussi.

L’Institut Pasteur version lilloise

En 1885, il crée l’Institut Pasteur à Paris. Si on en a aussi un à Lille, totalement indépendant du parisien, c’est pour une raison bien précise : au début des années 1890, une épidémie de diphtérie est en train de s’abattre sur toute la région. Paniqué, le maire de Lille envoie une délégation à l’Institut Pasteur de Paris : il a eu vent que Louis Pasteur et Emile Roux ont découvert la fameuse toxine responsable de la maladie.

Pasteur ne débarque pas lui-même dans le Nord mais il préconise de créer carrément un laboratoire d’hygiène au cœur même de la capitale des Flandres. Il lui donnera son nom of course mais ne compte pas le diriger lui-même. Il file la présidence à un certain Albert Calmette. Un homme à la hauteur et qui le prouvera puisqu’il bossera avec succès sur la vaccination contre la tuberculose, en 1921 avec son collègue Camille Guérin.

Bref, on vote la construction de l’Institut Pasteur en 1894 et les travaux démarrent en 1895. Mais comme on ne va pas laisser crever les gens en attendant que tout ça se construise, un premier labo temporaire est installé à la Halle aux Sucres du Vieux-Lille pour produire le sérum antidiphtérique.

Et on a bien fait de ne pas attendre car l’Institut Pasteur de Lille ne sera inauguré qu’en avril 1899. Il y avait du beau monde ce jour là mais pas Louis Pasteur, mort en 1895. On en a aussi profité pour lui ériger une statue Place-Philippe-le-Bon.

Vous n’aviez jamais capté que c’était Pasteur ? Nous, non plus, on pensait que c’était Philippe le Bon en fait.

Pour écrire cet article, on s’est appuyé sur plusieurs sources :