[Flashback] Gentil-Muiron, ce maire qui acheta lui-même de quoi nourrir les Lillois

Dans Flashback, Lille
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Le second tour des municipales arrive à grands pas. Au lieu de vous parler du/de la futur.e maire de Lille, on va vous raconter la vie des anciens. Ceux qui ont laissé une trace dans la vie lilloise, voire nationale. On vous parle aujourd’hui de Nicolas Gentil-Muiron, maire de Lille en 1800. Il est connu pour avoir acheté du blé… avec son propre blé pour nourrir les Lillois.

C’est en se baladant dans Lille qu’on est tombé sur la place Gentil Muiron. Au départ, on a juste trouvé ça drôle qu’un homme se prénomme “Gentil”. Et puis en cherchant sur Internet pour savoir qui était cet homme qui avait été assez connu à Lille pour avoir une place à son nom, on est tombé sur la photo de Nicolas-Joseph Gentil, né à Lille le 2 novembre 1748. Gentil était donc son nom de naissance, pas son prénom. C’est lors de son mariage qu’il a décidé de coller le nom de sa femme au sien pour devenir Gentil-Muiron. On a continué à chercher et on a découvert qu’il avait été maire de Lille au tout début du XIXe siècle.

Lille, la Révolution et la faim

On vous a rarement parlé de Lille pendant la Révolution. La ville est française seulement depuis 1667, après le siège de Louis XIV, et voilà qu’un siècle et demi après, couic, plus de roi en France. Les Lillois ne vivront pas la même révolution que les Parisiens mais il y aura des émeutes et surtout : les Lillois ont faim.

Car les temps sont durs dans la capitale des Flandres. Les faillites dans l’industrie textile s’enchaînent. Il faut dire que le traité commercial signé en 1786 avec l’Angleterre n’a clairement pas arrangé les affaires dans la métropole lilloise. Et pour en rajouter une couche, l’hiver 1788-1789, qu’on appelle le “méchant hiver”, a accentué la misère ambiante en rajoutant une disette.

Autant vous dire que les Lillois ont de quoi écrire dans leur cahier de doléances. Et c’est la bourgeoisie lilloise qui prend les devants pour peser dans les décisions municipales. Car avant 1789, l’assemblée municipale était présidée par un mayeur, élu chaque année à la Toussaint. Pas élu par l’ensemble des Lillois bien évidemment. Il l’était par les autres membres de l’assemblée qui étaient issus pour au moins un quart d’entre eux (il n’y a pas de femmes, on le précise quand même) de la haute bourgeoisie et noblesse lilloise.

De mayeur à maire

En 1790, bye bye le mayeur. La bourgeoisie libérale lilloise arrive sur le devant la scène et met en place le premier conseil municipal lillois. Le premier maire de Lille est Louis Bonaventure Vanhoenacker, grand négociant lillois. C’est maintenant qu’on voit aussi débarquer Nicolas Gentil-Muiron dans la vie politique locale.

Négociant lillois lui aussi, il va devenir assesseur de juge de paix avant de passer notable communal, officier de la commune et président de l’administration municipale. Il va faire une petite pause entre 1792 et 1794 (on est en pleine Terreur et ça ne rigole pas trop). Il se contente pendant cette période de gérer les hospices de la ville.

Quand on retrouve sa trace en 1800, c’est parce qu’il est devenu le maire de Lille. A l”époque, les maires ne restent pas pour six ans (minimum) : ça change très souvent et depuis 1790, on en compte déjà une dizaine passés par le siège de maire à Lille.

Portrait de Nicolas Gentil-Muiron par Célestin Cellier (palais des Beaux-Arts de Lille)

Du blé de sa poche

Nicolas Gentil-Muiron, lui, va rester maire quatre ans. S’il a une place à son nom à Lille, c’est pour son acte salué par tous lors des événements de 1802. Les habitants de Lille crèvent alors de faim et les caisses de la ville sont vides. Selon les sources, le maire aurait alors puisé dans sa fortune perso pour aller acheter quelques 400 quintaux de froment pour nourrir ses administrés. Ça lui aurait coûté près de 104 000 francs de l’époque (et ça fait au moins 263 000€ #JeanMichelAPeuPrès)

L’histoire ne dit pas si la ville lui a remboursé tout ça après. Ce qu’elle dit en revanche, c’est qu’au moment où Gentil-Muiron raccroche son écharpe de maire en 1804, le conseil municipal lui offre l’une des trois médailles d’or que la ville avait frappées lors du passage de Bonaparte (Napoléon de son prénom) à Lille. Ce dernier, qui vient alors tout juste de se sacrer empereur, va aussi lui offrir une superbe tabatière.

L’ancien maire de Lille ne va pas quitter la vie politique définitivement puisqu’il siégera ensuite au conseil départemental du Nord. Il mourut à Lille le 10 mai 1828 et l’un de ses deux fils prendra sa suite en intégrant lui aussi le conseil municipal de la ville. Mais sans aller jusqu’à devenir maire.

Pour vous raconter tout ça, on s’est appuyé sur différentes sources, à savoir :
les archives historiques et littéraires du nord de la France, et du midi de la Belgique
un article de 2014 de La Voix du Nord
– le livre “Cinquante maisons de Lille” de Charles Liagre

– un peu de Wiki pour le contexte : Histoire de Lille et Liste des maires de Lille