[Flashback] Jean Perrin, le grand physicien lillois qui a décroché un prix Nobel

Dans Flashback, Lille
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Il y a 150 naissait à Lille l’un des plus grands savants du XXe siècle. Tellement grand, que Jean Perrin sera prix Nobel de physique en 1926, secrétaire d’Etat à la Recherche sous le Front Populaire et panthéonisé dès 1948. On ne pouvait que vous raconter sa vie à travers un Flashback.

On avoue : on n’avait encore jamais entendu parler de Jean Perrin avant de lire un article de La Voix du Nord lui étant consacré il y a quelques semaines. Et pourtant, un Lillois détenteur d’un prix Nobel de physique, ça ne court pas les rues pavées du Vieux-Lille. Mais on a checké, et il a quand même une rue à son nom chez nous même si elle est bien loin du centre ville et de celles de Faidherbe, Pierre Mauroy ou encore Louis XIV.

Jean sans père

C’est donc à Lille que le petit Jean pousse ses premiers cris, le 30 septembre 1870. Son père, soldat d’infanterie, est originaire des Vosges et sa mère est de Boulogne-sur-Mer. Jean est le dernier de la fratrie puisque deux frangines sont nées avant lui : Eugénie et Marie-Rose.

La famille est plutôt modeste mais le patriarche, Jean-Baptiste, monte vite les échelons dans l’infanterie jusqu’à devenir capitaine, avant d’être capturé lors de la guerre contre la Prusse. Quand il revient en 1871, on lui file carrément le titre de chevalier de la Légion d’honneur et il peut se mettre à la retraite trois ans après.

Et là, le jeune retraité embarque toute la famille Perrin pour aller s’installer à Lyon. Jean a quatre ans et va donc passer toute son enfance là-bas. L’argent ne coule pas à flot mais la vie est plutôt douce… jusqu’à la mort prématurée du père en 1880. D’un coup, ça se corse niveau budget et Jean va devenir boursier de la IIIe république pour mener à bien ses études.

A star is born

Des études qu’il survole : il sait lire les titres de journaux à seulement deux ans, excelle aussi bien à l’école dans les science que dans les lettres, clairement, le petit est surdoué. Une fois les bacs en poche (oui il a un bac de lettres de sciences, pourquoi choisir ?), il file à la capitale pour préparer les concours à l’Ecole Normale Supérieure. Et s’il a un temps hésité entre les deux voies, c’est bien vers les sciences qu’il se dirige.

Et là, tenez vous bien. Il est agrégé, entre à l’ENS à seulement 21 ans et, à peine quatre ans plus tard, il connaît son premier grand succès scientifique avec son pote Paul Langevin : ils vont être les premiers à apporter un preuve directe de l’existence des électrons grâce à une expérience historique (à base de rayons cathodiques, qui étaient son sujet de thèse).

Jean Perrin est désormais un nom connu dans le monde des sciences. Il va continuer à bosser sur sa thèse et à écrire plusieurs papiers scientifiques qui vont contribuer à asseoir sont statut de graine de star scientifique. En 1910, on lui offre d’enseigner la physique-chimie à la Sorbonne, ce qui est quand même bien la classe. Il va bien évidemment continuer ses recherches, enchaîner les prix en sciences et il a maintenant une nouvelle target : l’atome.

Le monde est stone moléculaire

Oui, c’est lui, l’atome. Enfin, lui qui en découvre la réalité. Car si pour nous, l’existence de l’atome est une chose ultra logique et réelle, ce n’est pas du tout le cas au début du XXe. En 1913, il publie “Les Atomes”, qui va totalement balayer les derniers doutes sur l’existence moléculaire. C’est une véritable révolution dans le monde de la physique-chimie.

Bon en revanche, en 1914, vous savez ce qui se passe. La Grande Guerre va mettre un frein à la recherche scientifique mondiale. Jean Perrin est maintenant quadragénaire et avec d’autres scientifiques, il va se mettre au service de l’armée pour améliorer ses outils techniques. Alors en revanche on vous arrête de suite : Perrin est un pacifiste. Du coup, ce qu’il crée, ce ne sont pas des armes, mais il bosse sur des outils comme de l’équipement acoustique ou un meilleur système de détection des sous-marins.

Lorsqu’il peut reprendre ses recherches à la fin de la guerre, ce ne sera plus sans avoir un arrière pensée politique. Car pour Jean Perrin, la France doit se doter d’une politique de recherche car il est persuadé que la science peut apporter beaucoup à l’Homme et à son pays. En attendant, il est élu à l’Académie des sciences en 1923 et obtient finalement la distinction ultime en 1926 : le prix Nobel de Physique.

Yep, cest en suédois.

Lumière VS obscurantisme

Autant vous dire qu’après ça, Jean Perrin n’a plus rien à prouver à personne. Mais il ne va pas se reposer sur ses lauriers. C’est à ce moment là que sa carrière va réellement se teinter de politique. Avec la montée des extrêmes en Europe, le scientifique, pacifiste et socialiste, n’arrive pas à rester les bras croisés derrières ses expériences. En 1936, il rejoint le gouvernement du Front populaire de Léon Blum en tant que secrétaire d’Etat. Son ministère est bien évidemment celui de la Recherche.

Vous voyez le CNRS ? Et bien c’est sous son impulsion que le centre est créé. Et comme il est persuadé que les découvertes scientifiques ne doivent pas rester dans un cercle fermé, mais au contraire diffusées, il va aussi contribuer à faire sortir de terre le Palais de la Découverte en 1937.

Terrifié par le fascisme, il va très vite se positionner contre et pour la France Libre lors les nazis envahissent le pays (en taclant bien Pétain au passage). Mais Jean Perrin a alors près de 70 ans et ne peut que reculer face à l’avancée allemande. Avec l’équipe du CNRS qu’il vient de fonder, il se retire à Lyon, puis à Alger avant de carrément traverser l’Atlantique pour rejoindre les Etats-Unis.

Il ne reverra pas son pays libéré de l’oppression nazie. C’est en scientifique exilé qu’il s’éteint à New-York, le 17 avril 1942. Son corps sera rapatrié en 1948 et il aura droit à des funérailles nationales qui le conduiront jusqu’au Panthéon. Il y entrera le même jour que son ami Paul Langevin, mort en 1946.

Reproduction @LaVoixDuNord

Voilà. Vous savez tout de l’histoire de ce petit Lillois, devenu prix Nobel, et mort à New-York avant d’être panthéonisé.

Pour écrire cet article, on s’est basé sur plusieurs sources :