[Flashback] La Citadelle de Lille, fierté de Vauban, le “monsieur siège” de Louis XIV

Dans Flashback, Lille
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Vous en connaissez beaucoup, vous, des gens si brillants qu’à à peine 34 ans, ils sortent de leur chapeau des chefs d’oeuvres d’architecture militaire, après avoir déjà passé une décennie à se démarquer par des faits d’armes épatants ? C’est ce qu’a fait Sébastien le Prestre, marquis de Vauban. Et ça se passe à Lille, en 1667.

Le point de départ de cette histoire se situe à Paris, en 1660. Louis XIV est au pouvoir depuis un peu moins de 10 ans, et a déjà bien guerroyé (c’était son dada, la guerre : 50 ans de conflit pour 64 années de règne, gros bilan). C’est surtout contre l’Espagne que la France est fâchée. En 1660, pour tenter un rabibochage, Louis épouse Marie-Thérèse d’Espagne, et impose une grosse dot au passage. Sept ans plus tard, après la mort du roi d’Espagne, Louis va revendiquer les Pays-Bas espagnols au nom de son épouse. Ce que l’Espagne va refuser, vous pensez bien. Du coup, Louis envoie 35 000 hommes prendre d’affilée Douai, Tournai, puis Lille. Cette dernière, après un siège de neuf jours, tombe aux mains des Français (on vous raconte l’histoire du hold de Louis XIV sur Lille juste ici). Bon, voilà, ça c’est pour le contexte. L’histoire de la Citadelle, maintenant.

Bête de combat, ingénieur de génie

Tout tient au génie d’un homme : Sébastien Le Prestre, marquis de Vauban. On le connaît aujourd’hui pour toutes les citadelles qui a créées en France, mais à l’époque, on le connaît surtout pour sa bravoure au combat. Il a démarré comme cadet d’infanterie à 17 ans et, pendant toute sa vingtaine, n’a de cesse de se faire remarquer pour ses faits d’armes. Il est de toutes les batailles, de tous les sièges. Il est blessé un nombre incalculable de fois, mais rien ne l’empêche jamais de retourner sur le champ de bataille. Souvent, un fier guerrier prompt à se battre en première ligne n’est pas forcément un génie militaire, un stratège hors pair ou encore un ingénieur brillant. Seb Vauban, lui, est tout ça. Et précoce, en plus : lorsqu’en 1655, il est nommé ingénieur militaire du roi chargé des fortifications, il a à peine 22 ans.

Sébastien Le Preste de Vauban, représenté ici avec à la joue l’une de ses nombreuses blessures de guerre.

Quant, en 1667, Lille devient française, Louis XIV se met au travail : il accorde aux Lillois le droit de garder leur privilèges, il ne fait pas appliquer l’édit de Nantes, et, en bon roi guerrier et prévoyant, décide de fortifier la citadelle existante. Le chantier est d’abord confié au chevalier de Clerville, alors commissaire général des fortifications. Mais il présente des plans qui n’emballent pas le roi Soleil. Figurez-vous qu’il se trouve que Vauban passait par là, pile poil à ce moment. Il montre, mine de rien, des plans de citadelle à Louvois, le secrétaire d’Etat à la guerre de Louis XIV. Le roi dit banco : le marquis de Vauban est alors nommé gouverneur de la citadelle de Lille et a pour mission de la construire fissa. Comme quoi, la vie, ça tient à peu de choses.

Illustration de Romane Lefebvre, à retrouver dans notre livre “Flashback – Les petites histoires dans la grande histoire de Lille” (lire au cul du papier).

Simon Volant aux manettes

Le traité d’Aix-la-Chapelle – qui donne officiellement la ville à la France, en 1668- n’est même pas encore écrit que les travaux de la Citadelle démarrent. Vauban sait que les Lillois sont majoritairement fidèles à la couronne d’Espagne et sont donc dég’ de passer sous le joug français. Pour faire preuve de bonne volonté, l’ingénieur décide de faire appel à un maître-maçon lillois, Simon Volant, pour construire sa citadelle (on lui devra, plus tard, la Porte de Paris). Ensemble, ils engagent le chantier. Quatre cents Lillois sont employés pour creuser les fossés de cette citadelle en forme d’étoile. Plus de 1 400 ouvriers travaillent à la construction des bâtiments. Attention, on a d’autres chiffres : il aura fallu 60 millions de briques, 3 millions de blocs de pierre et 70 000 pieds de grès pour construire la “reine des citadelles”, comme son créateurs aimait à l’appeler.

Les travaux durent trois ans. En 1670, la citadelle est achevée. Elle a fière allure, et Louis XIV est content, ce qui arrange les affaires de Vauban. Le marquis incluait cette citadelle dans un vaste de plan de fortification visant à protéger le Nord de ses voisins belliqueux, sur une ligne allant de Dunkerque à Maubeuge. Bon voilà, l’histoire pourrait se terminer là. Vauban aurait pu continuer son œuvre ailleurs, laissant Lille et le Nord derrière lui. Mais non.

Vauban est après tout un homme comme les autres : il n’a pas pu résister au charme indéniable de la capitale des Flandres (#chauvinisme). Voyez plutôt ce qu’il déclarera au maire de Lille en 1705 : “J’aime la ville de Lille et je voudrais pouvoir lui procurer tous les biens qui pourraient dépendre de moi sans même en prétendre le moindre remerciement.” Il aime tellement la ville qu’il y passera beaucoup de temps, jusqu’à sa mort en 1707.

Le quartier Saint-André, idée de Vauban

Non content d’avoir construit la citadelle, véritable ville dans la ville, il décide ensuite de s’attaquer au quartier Saint-André. Imaginé autour de deux axes majeurs, la rue Royale et la rue Saint-Pierre-Neuve (aujourd’hui la rue Saint-André), le quartier accueille des hôtels particuliers et des demeures de maître de toute beauté qu’on peut encore admirer aujourd’hui. Vaste de 64 ha, Saint-andré augmente d’un tiers la superficie de la ville, rien que ça.

Sur un plan plus littéraire, c’est à Lille que Sébastien Le Prestre écrit l’un de ses essais les plus connus, son Mémoire sur la conduite des sièges. Aujourd’hui, la citadelle de Lille est toujours une place militaire puisqu’elle abrite le quartier général du corps de réaction rapide France. Elle est classée aux monuments historiques, mais pas à l’Unesco (les explications ici).

Pour écrire ce pavé cet article, on s’est appuyé sur différentes sources :

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