[Flashback] Christiane Lecocq, la Tourquennoise pionnière du naturisme en France

Dans Flashback, Lille

@Repro La Voix du Nord

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Il caille alors on va parler soleil et été en ce week-end de Saint-Valentin, histoire de vous réchauffer un peu. Peut-être même de quoi vous donner envie d’enlever quelques couches de vêtements malgré le froid. Aujourd’hui on vous raconte la vie de Christiane Lecocq, la Tourquennoise qui a fondé, avec son mari Albert, la célèbre Fédération nationale de naturisme.

Comme tout le monde, Christiane est née toute nue. Elle, c’était à Tourcoing, le 6 avril 1911. Sa famille est modeste et Christiane va très vite entrer dans le monde du travail pour devenir ouvrière dans une lainerie, toujours à Tourcoing. En 1932, la jeune femme a 21 ans et se rend au dancing avec sa cousine comme c’est de coutume à l’époque. C’est un samedi soir d’août, la salle est comble et les cousines ne trouvent pas de place pour s’asseoir.

Comment fait-on par chez nous dans une telle situation ? Et bien on va gentiment demander à des gens déjà attablés si on peut squatter leur table avec eux. Christiane tente auprès d’un couple et ça marche. Forcément ça papote, ça fait connaissance et avant que tout le monde ne rentre chez soi, le mari propose aux cousines de venir avec eux le lendemain (ou le week-end d’après selon les versions) pour une virée au Club Gymnique du Nord au fort de Seclin.

Les deux jeunes femmes sont ravies : à l’époque, ces lieux et ces loisirs sont réservés à une classe au-dessus de la leur. Elles ne se font donc pas prier et les voilà le dimanche, près du grand théâtre de Lille, à attendre le car pour filer à Seclin.

Porter ou ne pas porter la culotte

Une fois sur place, elles trouvent bel et bien des gens en train de faire du sport. Sauf qu’ils sont nus. Tous et toutes. En 1932, on n’a pas trop l’habitude et on est encore loin de l’apparition du bikini. Mais une fois la surprise passée, Christiane fait elle aussi tomber les vêtements. “Moi, ça a été facile : je n’avais pas grand-chose, une petite robe et une culotte et j’adorais le sport. Ça ne m’a pas choquée, je ne me posais pas de question“, explique-t-elle dans une interview au quotidien Sud-Ouest en 2010. Elle dira encore au même journal :

J’avoue que je n’ai pas réfléchi, et je l’ai fait, mais bizarrement, ça ne m’a pas du tout choquée et je me suis sentie très à l’aise pour jouer au ballon dans le plus simple appareil. Moi qui n’avais jamais vu d’homme tout nu !

Bien entendu, ce club naturiste est clandestin. Christiane s’inscrit quand même : “Il fallait un certificat de bonnes mœurs, un extrait de casier judiciaire et un certificat médical, vous vous rendez-compte…“. Elle le fait en revanche sans rien dire à ses parents, surtout que sa mère est ultra catholique. Mais cette dernière va vite découvrir ce que fait sa fille chaque week-end : la jeune femme avait oublié que son inscription au club lui donnait aussi droit à un abonnement automatique à une revue naturiste, “Vivre d’abord”. Avec plein de jolies photos à l’intérieur, bien évidemment. Et elle arrive où la revue ? Chez les parents de Christiane.

Imaginez un peu la tête de maman quand elle est tombée dessus. Surtout que Christiane est alors à peine majeure (c’était 21 ans à l’époque). Elle se serait écriée : “C’est pêché tout ça !” Le père, lui, ne trouve rien à redire. Du coup pas d’interdiction mais bizarrement juste une recommandation de sa mère : “Si tu y vas, mets au moins une culotte“.

Mouvement d’utilité publique

Christiane ne portera jamais la culotte au fort de Seclin. Par contre elle va s’y faire passer la bague au doigt. C’est là qu’elle rencontre Albert Lecocq : il est originaire d’Arras, il est journaliste, militant naturiste et, surtout, le créateur de ce fameux Club Gymnique du Nord. Ils se marient dès l’année suivante, le 28 octobre 1933, et ne rêvent plus que d’une chose : “sortir le naturisme de son ghetto.”

@CHM de Montalivet

Ce n’est pas uniquement pour le plaisir d’être nu qu’ils font ça : dans le plus simple appareil, les classes sociales tombent. Ouvrier, bourgeois ou patron sont sur le même pied d’égalité en tout simplicité. Et en 1936, le naturisme franchit un cap : le mouvement est reconnu officiellement comme étant “d’utilité publique” par Léo Lagrange (premier sous-secrétaire d’État aux Sports et Loisirs pendant le Front Populaire), alors proches des époux Lecocq.

Sauf que la Seconde Guerre mondiale éclate et ne va pas aider le mouvement. Vers la fin du conflit, Christiane et Albert fondent quand même clandestinement le premier Club du Soleil dans les Yvelines avant de chercher quelques années plus tard un nouvel endroit, mais proche de la mer cette fois-ci. Les voilà en Gironde, pour la création du tout premier camping naturiste de France : le Centre héliomarin de Montalivet.

Un art de vivre

Ils en profitent aussi pour fonder la même année la Fédération Française du Naturisme, puis la Fédération Naturiste Internationale en 1953. Albert mourra en 1969 mais Christiane lui survivra de nombreuses années en étant toujours une fervente militante du naturisme. Elle a continué de travailler au sein de la Fédération et a également été à la tête de la revue “La Vie au soleil”.

Pour elle, le naturisme était un art de vivre : “On ne fait de mal à personne, ce n’est pas honteux, et puis c’est si bon de profiter de la lumière, d’être libre. Pour moi, c’est une thérapie“, expliquait-t-elle en interview. Elle a pu profiter de la lumière jusqu’à ses 103 ans : elle est décédée dans Yvelines le 24 décembre 2015.

A l’annonce de sa mort, le président de la Fédération dira que “si la France est aujourd’hui la première destination naturiste mondiale, avec 3,5 millions de pratiquant.e.s, dont plus de 1,5 million de Français, elle ne peut nier que c’est notamment grâce à elle !

Pour vous écrire cet article, on s’est basé sur plusieurs sources, à savoir :