[Flashback] Les six jours où Buffalo Bill et son cirque géant ont squatté Lille et Roubaix

Dans Festival, Lille, WTF
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Oui. Buffalo Bill à Lille et Roubaix. Ça ferait un excellent Kamoulox, mais c’est la pure vérité. Buffalo Bill, en plus d’être l’un des cowboys les plus connus des Etats-Unis, a aussi été à la tête d’un spectacle monumental qui a fait trois tournées Europe. Et est donc passé par Lille.

Vous savez comment on aime les histoires de cowboy, chez Vozer. On en a une nouvelle à vous raconter, et elle n’est pas piquée des hannetons (oui, on assume l’expression de boomer, on est dans une rubrique d’histoire locale, après tout). Démarrons par le démarrage. En 1846 nait William Frederick Cody à LeClaire, Iowa. Fils d’un Canadien anti-esclavagiste, le petit Bill est un enfant courageux et casse-cou. En vrai on en sait rien, mais on suppose qu’on ne devient pas Buffalo Bill en cueillant des pâquerettes dans sa tendre enfance. Bref.

Ses parents meurent tôt, et Bill se retrouve, adolescent, à devoir s’occuper de lui comme un grand. En 1860, il devient le plus jeune cavalier du Pony Express, un service postal à poney cheval dans le grand Ouest américain. Bill kiffe sa life, son indépendance, tout ça. En 1864, à 18 ans, il s’enrôle en tant que soldat dans la Seventh Kansas Cavalry et part combattre dans la guerre de Sécession. Le garçon est donc déjà bien badass. Mais vous n’avez encore rien vu lu. Pendant les guerres indiennes, il devient éclaireur et le reste jusqu’à devenir le chef des éclaireurs (ça se dit scout en anglais, pour votre gouverne. Il était donc chef scout) pour la Cinquième Cavalerie.

Serial chasseur de bisons

Puis en 1867, il accepte le taf plutôt original de chasseur de bisons pour le compte de la Kansas Pacific Railway. Son job est de nourrir les ouvriers qui bossent sur la construction de la ligne de chemin de fer. A l’époque, les bisons sont légion sur ce territoire. Bill se découvre une passion pour la chasse. Pendant cette période, il tuera à lui tout seul près de 4 280 bisons, et participera donc grandement à leur extinction sur le continent américain.

Un jour, il fait un pari avec un pote, Bill Comstock, et tue 69 bisons en une journée, quand l’autre Bill n’en tue “que” 49. On n’a pas dit que c’était un ami des animaux. Si vous avez suivi, vous avez logiquement deviné qu’il tire son surnom de cette période sanglante. Buffalo Bill est né. Un écrivain, Ned Buntline, s’éprend de lui, et décide d’en faire le personnage de nombreuses histoires. Trois paragraphes et toujours pas de Lille. On sait, deux secondes, faut qu’on plante le contexte sinon vous n’allez rien comprendre.

En 1872, Buffalo Bill est une star dans son pays. Tellement qu’il découvre un peu par hasard que des petites troupes de théâtre jouent sur scène ses exploits. Le truc, c’est que Bill sait voir les bons filons. Il se dit qu’il pourrait lui-même monter sur scène pour tenir son propre rôle et raconter à sa sauce l’histoire de sa vie. Il monte une petite troupe de théâtre et crée un pestacle, Scouts of the prairie, où il joue, en toute décontraction, son propre rôle héroïque.

Ce n’est pas de très bonne facture, c’est naïf et à l’eau de rose, mais les gens sont beaucoup trop contents de voir le vrai Buffalo Bill, la star des prairies du grand Ouest américain, déclamer maladroitement un texte sur scène. Et lui se prend au jeu. Il kiffe la scène, les applaudissements, le spectacle. Et décide d’upgrader un peu la troupe. Mais d’abord, il reprend brièvement les armes pour aller combattre les Indiens après la lourde défaire de Little Big Horn (les Indiens menés par Sitting Bull ont mis une fessée aux Ricains). L’affaire réglée, il se remet tranquillement à son projet de show. C’était une autre époque.

Sitting Bull guest star

En 1882, il créé un spectacle avec beaucoup de figurants et d’artistes, beaucoup de chevaux et de bisons qu’il se retiendra tant bien que mal d’abattre – l’habitude -, et entame une tournée nationale. C’est un succès terrible. A tel point qu’il convainc Sitting Bull (le même qu’à Little Big Horn, oui), pendant quatre mois en 1885, de participer au spectacle. Buffalo Bill’s Wild West Show est le premier grand show à l’américaine de l’histoire.

Madonna et Britney n’ont rien inventé : Buffalo Bill était une superstar et ses représentations étaient absolument démentes, avec grosses campagnes d’affichage avant, boutique souvenirs, goodies, visites de la ménagerie… En 1887, il met toute sa troupe dans des bateaux et s’en va à Londres montrer qui c’est Raoul. Là aussi, succès retentissant.

Si bien qu’il est de retour en Europe en 1889 pour trois ans de tournée. Et en 1902, pour quatre ans de tournée. C’est cette dernière qui nous intéresse. A Paris, il fait jouer sa troupe au pied de la tour Eiffel. Trois millions de spectateurs y assistent. Il entame un tour de France qui le fera voir 110 villes, dont… Arras, Douai, Roubaix et Lille (aaah, on y est).

Le Wild West Show s’arrête à Roubaix les 29 et 30 juin 1905 avant de filer à Lille pour des représentations les 1er, 2, 3 et 4 juillet. Le Journal de Roubaix raconte l’épopée. Tenez vous bien, ça donne le tournis : quatre trains de vingt wagons chacun transportant 800 hommes, femmes et enfants, et 500 chevaux. Chaque jour, ils ont besoin de 600 kg de viande, 400 kg de pommes de terre, 300 kg de pain. Le vin et les autres alcools sont prohibés. Ils vivent sous une dizaine de tentes immenses. A Roubaix, le terrain Maufait est investi par l’armée d’artistes.

Winchester, casaques et Pony Express

Quant au show… Deux heures de représentation, des scènes pittoresques représentant le grand Ouest américain, des combats, des courses, des rodéos. On raconte aux spectateurs la vie des pionniers, la chasse au bison, l’histoire du Pony Express, des bandits attaquent une diligence, des Indiens (des vrais de vrais, du jamais vu pour tous et toutes) attaquent un camp de colons…

C’est rythmé, ça tire à la winchester, les Indiens crient, les cowboys font des acrobaties sur leurs chevaux. Vous vouliez savoir comment est né le mythe du Far West dans la tête des Européen.e.s ? Vous avez la réponse.

Les Roubaisien.ne.s ont donc le cirque pour eux pendant deux jours, assez pour qu’une bonne partie des chevaux de la troupe chope une sale maladie, délicatement appelée la morve. Quatre chevaux seront abattus et la maladie se répandra dans la population chevaline comme une trainée de poudre à canon, si bien que la représentation prévue plus tard à Cambrai sera annulée.

Après les deux pestacles de Roubaix, la troupe remballe tout en deux heures et part pour Lille. Là, quatre jours d’affilée, les Américains émerveillent les pestateur.trice.s. Une grande parade bonus voit défiler des soldats du monde entier : des zouaves, des cosaques, des hongrois, des bédouins, des vaqueros, et même des membres de la cavalerie légère française. Buffalo Bill profite de son passage à Lille pour aller faire un tour chez Méert (qui existait déjà oui), et commande pour 80 kilos de thé, que la maison rebaptisera le thé des pionniers (toujours en vente aujourd’hui) en son honneur.

Voilà pour le show dans le Nord. Après cette tournée, les gens se désintéressent peu à peu du spectacle : le cinéma est arrivé, et fascine les foules. Le Wild West Show décline gentiment jusqu’à sa mort, en 1913. Après ça, Bill tourne avec une autre troupe, le Sets-Floto Circus, mais il n’est plus tout jeune (pour l’époque), et arrête les apparitions en 1915.

Il meurt en 1917 d’une pneumonie, à Denver, dans le Colorado. Mais son Wild West Show l’a fait entrer dans le panthéon des figures américaines. Et il aura donc foulé les pavés de Lille. Comme quoi, tout arrive.

Pour écrire cet article, on a trouvé un tas de sources, c’était pas compliqué :