Friche Saint-Sauveur : on (re)fait le point avant le jugement de la mi-octobre

Dans Lille, Politique

© SPL euralille

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C’est un feuilleton qui s’apprête (peut-être) à connaître un ultime rebondissement d’ici le 14 octobre prochain. C’est à cette date que le tribunal administratif de Lille rendra son jugement sur le recours de deux assos contre le projet d’aménagement de la MEL et de la ville de Lille sur l’ancienne friche ferroviaire.

Les études urbaines sur le devenir de la friche Saint-Sauveur ont été lancées… en 2012. Ça date et on est aujourd’hui, quasi dix ans plus tard, à l’aube d’un possible revirement d’ampleur pour ce grand projet d’aménagement bloqué depuis trois ans par des recours au tribunal administratifs.

Mais revenons d’abord sur ce qui est envisagé sur la friche et ce qui coince pour certaines assos citoyennes.

Projets et recours

On parle ici d’un espace de 23 hectares au total. Dessus, la ville y a déjà aménagé la fameuse gare Saint-So et son bistrot, le cours Saint-So et, plus récemment, le Bazaar Saint-So. Sur le reste de la friche, la ville souhaiterait construire :

  • entre 2 300 et 2 500 logements (dont 35% de logements sociaux) dans des îlots nordiques
  • 35 000 m² de bureaux
  • 20 000 m² de commerces et autres activités (dont le fameux Bazaar)
  • une piscine olympique avec bassin extérieur et fosse de plongée (ça c’est le projet de la MEL)
  • un parc de la Vallée de 3,4 hectares (au total la mairie annonce 8 hectares d’espaces verts en comptant ce nouveau parc, le square de Cambrai et les autres endroits végétalisés du secteur hors parc J.B.-Lebas.)

C’est après que la MEL a déclaré le projet Saint-Sauveur d’intérêt général en 2018 qu’est née l’association P.A.R.C. (pour Protection, Aménagement, Réappropriation Collective) de Saint-Sauveur. Avec ASPI (Association pour la suppression des pollutions industrielles), elle a très vite déposé un premier recours au tribunal administratif de Lille.

Pour ces deux assos, la population n’a pas été suffisamment informée sur ce projet. Surtout, elles pointent les lacunes des études d’impact autant sur la piscine que sur la qualité de l’air.Saint-Sauveur, c’est aussi la dernière opportunité d’avoir un véritable espace de nature dans ce quartier“, argue Bénédicte Vidaillet, co-présidente de P.A.R.C.

La MEL avait alors lancé une enquête publique complémentaire où plus de 1000 contributions de citoyens et citoyennes sont enregistrées (et c’est beaucoup). Lorsque le rapport sort en mars 2019,  plus de 60% étaient contre le projet et un peu plus de 24% étaient pour. Le rapporteur public, quant à lui, rend un avis global favorable mais pointe toujours les deux gros points noirs qui persistent : la piscine olympique et la pollution de l’air. On vous passe quelques étapes intermédiaires dont un rapport d’experts de l’Institut Pasteur (sur la fameuse piscine) décrié par les deux mêmes assos en juin 2019.

©Rabot Dutilleul Construction / Spie Batignolles / Aueur Weber Architectes

Mais la MEL redélibère dans la foulée et déclare une nouvelle fois à l’été 2019 que le projet Saint-Sauveur d’intérêt général. Les assos redéposent un recours et le Covid a finalement mis en stand by les différents rendez-vous judiciaires. Jusqu’à ce 23 septembre 2021.

Bilan de l’audience

Lors de cette audience, le rapporteur public est venu rendre son argumentaire et son avis sur le projet. Et là, autant vous dire que les deux associations ont de quoi espérer : il recommande l’annulation des deux délibérations de la MEL (celles de 2018 et 2019 donc) qui déclarent le projet d’intérêt général, pour des vices de procédure. Il demande aussi un sursis à statuer sur le dossier “loi sur l’eau”, en amont de ces délibérations (en gros il y a un troisième recours en rapport avec cette loi).

Il faut savoir que dans la très grande majorité des cas, le juge du tribunal administratif suit les recommandations du rapporteur public. “Notre avocate estime à 5% les chances que la décision du juge ne suive pas l’avis du rapporteur. Donc on est confiant mais on reste quoi qu’il arrive prudents“, confie la co-présidente de P.A.R.C.

Le jugement est attendu pour le 14 octobre 2021 au plus tard. Contactées, la MEL et la ville ne souhaitent pas s’exprimer sur le sujet avant que le jugement ne soit rendu. La maire de Lille, Martine Aubry, a néanmoins évoqué le sujet lors de sa conf’ de presse de rentrée ce 4 octobre. Elle retient surtout que le rapporteur public a “reconnu l’intérêt général du projet“. Le problème serait pour elle la forme plutôt que le fond : “On va répondre aux problèmes de procédure“, a-t-elle indiqué.

Et après ?

Que se passera-t-il si le tribunal administratif de Lille donne raison aux associations ? Forcément, ces dernières espèrent un retrait du projet dans sa globalité pour que le reste de la friche soit entièrement consacré à des espaces de nature. “Mais est-ce qu’ils vont vraiment s’arrêter ?, questionne Bénédicte Vidaillet. Si on nous donne raison, il faudrait qu’ils repartent de zéro en refaisant une étude d’impact et une enquête publique. Ça prendrait encore des années mais ils en sont capables.

Les assos annoncent déjà que quoi qu’il arrive, elles non plus ne lâcheront rien.