Le projet de salle lilloise de consommation à moindre risque est dans l’impasse

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Photo d'archives Voix du Nord / @PATRICK KOVARIK/AFP

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Dans l’idéal, la mairie de Lille envisageait d’ouvrir sa première salle de consommation à moindre risque (SCMR) fin octobre au Faubourg de Béthune. Sauf que l’Etat n’est pas d’accord sur l’emplacement et que l’autre lieu qu’il propose est inenvisageable pour la ville. Bilan : le projet est actuellement au point mort.

C’est à la fois “un vrai feuilleton politique” et “un énorme gâchis” selon les mots de Martine Aubry. Lors d’une conférence de presse, ce mardi, la mairie de Lille a refait tout l’historique du projet d’implantation de la salle de consommation à moindre risque (SCMR) boulevard de Metz, au Faubourg de Béthune.

Tout part d’une loi de 2016 qui autorise l’expérimentation de ces salles. Pour rappel, une salle de consommation à moindre risque, c’est un espace où la loi autorise la consommation de drogues par intraveineuse (souvent de l’héroïne). Elle l’autorise, mais la prise doit être faite dans un cadre bien strict et supervisée par du personnel qualifié. L’objectif est d’éviter les overdoses et surtout les contaminations et infections liées aux seringues. Dans ce lieu, le but n’est pas de “moraliser” les personnes toxicomanes mais de limiter les mauvaises pratiques, inciter au dépistage et également éviter la consommation en pleine rue et donc la prolifération des seringues usagées dans l’espace public.

Paris et Strasbourg sont donc les deux premières grandes villes françaises à se lancer. A Lille, Martine Aubry s’y dit “favorable” mais encore faut-il trouver un lieu adéquat et répondant au cahier des charges demandé par l’Etat via cette loi. Confortée par les premières études qui reviennent sur les deux premières salles françaises, la mairie commence à mobiliser les acteurs lillois pour trouver le fameux lieu courant 2019.

Boulevard de Metz

C’est finalement le CHU de Lille qui aurait proposé à la ville et aux CAARUD (centres d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques des usagers de drogues) d’implanter cette future SMCR au numéro 57 du boulevard de Metz : l’endroit cocherait tous les critères du cahier des charges, possède une cour intérieur pour accueillir les consommateurs et consommatrices qui n’auront pas à attendre en pleine rue et, surtout, le centre d’addictologie du CHU s’y trouve aussi.

Tout semble rouler. Un comité de suivi et une équipe de 12 personnes doivent être constitués, des préfabriqués sont construits, des rendez-vous avec la procureure sont pris… La maire de Lille assure que des consultations de riverain·e·s ont été faites en parallèle et que le ministère de la santé est, à ce moment là, favorable à ce projet, au Faubourg de Béthune.

Mais le coup d’arrêt viendra d’un autre ministère. Car fin juin, Gérald Darmanin vient donner son avis sur le dossier en arguant que “la drogue doit être combattue, pas accompagnée“. La mairie poursuit tout de même son projet en s’appuyant sur la loi de 2016.

Loi, dispositif et passe d’armes

Mais c’est finalement sur le choix du lieu que toute la machine va s’enrayer. Car depuis quelques mois, Gérald Darmanin a lancé son dispositif de “quartiers témoins” où une grosse présence des forces de l’ordre et des moyens de vidéoprotection sont déployés pour lutter contre le trafic de drogue. Le Faubourg de Béthune fait justement partie de ce dispositif. Et, dans un courrier reçu par Martine Aubry ce lundi soir, le Premier ministre indique qu’implanter au même endroit une SCMR “porterait préjudice au bon déploiement de l’opération ‘quartier témoin’ portée par le ministère de l’Intérieur […] qui obtient de premiers résultats très positifs“.

Si on a eu accès à ce courrier, c’est que la maire de Lille l’a lu en conférence de presse et en a même fourni une copie. Si cette dernière ne dit pas être contre cette opération, elle reste “estomaquée” devant la proposition faite à la fin du courrier : envisager d’installer le future SCMR lilloise à titre provisoire “au sud de la zone Saint-Sauveur”.

On ne va pas vous refaire une énième fois le couplet judiciaire sur la Friche Saint-Sauveur. Mais le fait est que cette option ne paraît pas envisageable non plus, juridiquement parlant. “J’ai cru à un gag“, fulmine l’élue. Surtout que ce n’est pas le premier lieu qu’on lui a proposé en substitution au boulevard de Metz : depuis septembre, le préfet lui a proposé dans un premier temps la rue Verte, à Hellemmes puis le belvédère de Saint-Sauveur. Deux lieux inenvisageables pour la maire.

Et du coup ? Du coup rien. Le projet en reste là pour l’instant. Martine Aubry reste persuadée que le seul lieu qui vaille reste celui du boulevard de Metz mais que Gérald Darmanin est tout simplement contre une salle SCMR à Lille. “Sauf que notre projet est dans les clous de la loi. […] Comment un ministre peut-il ne pas appliquer la loi ?“. On a pourtant du mal à imaginer un revirement de l’Etat sur la question. Surtout à l’aube d’une campagne présidentielle.

Et qu’en pensent les autres ?

L’implantation d’une salle de consommation à moindre risque était une promesse de campagne de Martine Aubry. Le CHU et les différents CAARUD (centres d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques des usagers de drogues) de la ville ont milité aussi pour. Mais ce n’est pas forcément le cas de tout le monde à Lille.

On vous laisse un aperçu en tweets des différentes réactions politiques (pour et contre) qui ont suivi ce dernier épisode :